Gasperini, l’Italie lui dira merci

La Nazionale pourrait avoir une ossature « Gasperinienne » dans quelques années. Rappelez-vous de cette jeunesse italienne flamboyante de la première saison de Gian Piero Gasperini à l’Atalanta : Caldara en défense, Conti et Spinazzola sur les côtés, Gagliardini et Cristante au milieu, Petagna devant. Tous ont été convoqués en Squadra Azzurra en étant bergamasques.

Une saison 2016-2017 historique pour la Dea. Quatrième de Serie A avec 72 points, record du club. A un an près, l’Atalanta aurait eu un ticket pour la Champions League. Il s’offrira un honorable parcours en Europa League (16 èmes de finale en battant et devançant Lyon et Everton en phase de poules) ainsi qu’une septième position en championnat en 2017-2018. Et après douze journées, les Nerazzurri sont huitièmes cette saison, dans la course aux places européennes.

Pourtant, à chaque mercato, les éléments les plus cotés sont cédés, offrant des plus-values intéressantes aux comptes bergamasques. En janvier 2017, Roberto Gagliardini a quitté le club pour 28 millions, direction l’Inter (prêt avec option d’achat) ; en juillet 2017, Andrea Conti pour 24 millions et Franck Kessie contre 28 millions ont rejoint Milan ; en juillet 2018 Mattia Caldara contre 25 millions à la Juventus (opération en janvier 2017 mais il est resté en prêt un an et demi de plus. Il a été vendu à Milan cet été pour 35 M€) et Bryan Cristante pour 20 millions (+10 de bonus) à la Roma. Leonardo Spinazzola, prêté de 2016 à 2018 par la Juve, s’est révélé (évalué actuellement à 12 millions). Pour eux, entre blessure et concurrence, l’herbe est pour l’instant moins verte loin de Bergame. Chez les internationaux italiens, seul Gagliardini est du rassemblement de novembre.

Alessandro Bastoni n’a pas eu le temps de se révéler sous les ordres de Gasperini. Le jeune défenseur a rejoint l’Inter pour 31 millions, un jeu d’écriture comptable avec d’autres jeunes transférés entre les deux clubs amis… Et il commence à se montrer à Parme où il est prêté cette saison. Au point où une convocation chez les Azzurri est évoquée pour un futur proche. Dans un processus de découverte déjà utilisé pour Zaniolo ou Tonali.

(Caldara, Petagna, Spinazzola et Conti en 2017 en Nazionale. Photo Atalanta)

L’Atalanta, un puits sans fonds ?

Des départs conséquents et forcément inquiétants pour la viabilité de l’équipe dans le premier tiers du classement. Cet été, après une élimination en barrage d’Europa League contre Copenhague et une entame de championnat mitigée, la question d’un affaiblissement trop important ou d’une usure du style Gasperini pouvait se poser.

Seulement, la machine est repartie de plus belle. Hateboer et Gosens ont fait oublier le couple Conti/Spinazzola sur les côtés. De Roon est un milieu d’une « régularité exceptionnelle » selon le technicien. Freuler est un travailleur infatigable. Les trequartisti Ilicic – « un grand champion s’il le veut » – et le capitaine Papu Gomez portent le projet offensif. Duvan Zapata, acquisition phare de l’été et la plus coûteuse de l’histoire (12 millions de prêt et 14 d’option d’achat) prend ses marques en pointe. « S’il décolle, l’Atalanta volera », image Gasperini.

En sus, le puits des jeunes talents n’est pas épuisé. Gianluca Mancini (22 ans) flambe en ce moment en défense et vient d’être convoqué en Nazionale pour le match amical contre les USA. Musa Barrow (20 ans) a plus de mal à confirmer en attaque mais les qualités du Gambien sont indéniables. Pierluigi Gollini (23 ans) concurrence Berisha dans le but. Et l’entraîneur annonce Kulusevski, un milieu né en 2000, comme prochain possible joyau.

Du coup, la Dea refleurit en cet automne. Quatre succès de suite avec en conclusion la victoire 4-1 face à l’Inter qui a marqué les esprits. Même lors du début de l’exercice où l’Atalanta a enchaîné sept matches sans victoire, elle a ramené un nul de la Roma (3-3, 27 août) et de Milan (2-2, 23 septembre). Sans avoir la tête dans les étoiles, Mister Gasp n’écarte pas le rêve d’une quatrième place au sein d’un championnat « très équilibré derrière la Juve ».

L’échec à l’Inter

S’il a autant de qualités, une question peut se poser : pourquoi le natif de Grugliasco, à 60 ans, n’est pas dans un plus grand club ?

En fait, Gian Piero Gasperini a raté le virage il y a sept ans. L’Inter post-Triplete a utilisé deux entraîneurs, Benitez et Leonardo et fini deuxième de Serie A. En juin 2011, Moratti décide de tenter le pari Gasperini, qui a fait renaître le Genoa. Après de bons débuts de technicien à Crotone, cet ancien milieu sans référence a pris l’équipe ligurienne en Serie B en 2006. Il l’a fait remonter tout de suite (derrière la Juve et le Napoli) et l’a stabilisé en Serie A avec une 5 ème place en 2008-2009, synonyme de Ligue Europa, après 18 années sans compétitions européennes. Le début de saison 2010 est délicat (11 points en 10 matches) et Gasp est remercié par Preziosi.

Seulement, son passage sur le banc de la Beneamata fut cataclysmique. Une défaite en Supercoppa face au voisin pour lancer la saison, un nul et trois défaites en Serie A ainsi qu’un revers en Champions League à San Siro contre Trabzonspor. Il est écarté dès le 20 septembre. Seul entraîneur de l’histoire de l’Inter à ne pas avoir remporté le moindre match (avec Verdelli, intérimaire en 2003).

« Le club n’était pas structuré pour gagner, estime-t-il encore aujourd’hui. J’ai revu Moratti pour la première fois en tribune lors d’Inter – Barça. On s’est salué cordialement, comme avec de nombreux autres intéristes. Je n’ai pas de rancœur. »

Un coup d’arrêt dans sa carrière. Il repartira un an plus tard en bas de la Serie A, à Palerme, où il fut joueur (1978-1983). Il arrive en septembre 2012, avec une clause anti-licenciement dans son contrat. Il est tout de même écarté le 4 février 2013, rappelé le 24 février et finalement viré le 11 mars pour être remplacé par Sannino, qui avait débuté la saison… Du grand Zamparini.

Gasp retrouvera de la stabilité au Genoa. Il s’installe sur le banc en septembre 2013, assure le maintien (13e), puis emmène les Rossoblu à la 6e place, sans coupe d’Europe, faute de licence UEFA. Une dernière saison tranquille (10e) et il accepte le défi de l’Atalanta en 2016. Et cette fois, la Lombardie avec des Nerazzurri lui réussit.

Le 3-4-3, une philosophie

Gasperini n’est pas « médiatique ». Il ne cherche pas à faire parler de lui et ne court après les reconnaissances. Il a terminé deuxième de la « Panchina d’Oro » en 2017 (trophée décerné par l’association des entraîneurs italiens) derrière Allegri et n’était pas sur le podium cette année. Il ne s’en offusque pas, retenant que le trophée « va habituellement au champion » (Sarri l’a eu en 2016 et Guidolin en 2011). Pourtant, il est intéressant à écouter, parle généralement avec franchise. Surtout, il marque le calcio actuel de son empreinte. Cet admirateur de Sacchi (qui le couvre de louanges réciproquement) et de son pressing en zone n’a pas suivi la mode du 4-4-2 du Milan des années 90. Au début, le technicien a une tendresse pour le 4-3-3 lorsqu’il s’occupe des jeunes de la Juventus.

« J’ai observé l’Ajax (de van Gaal, 1991 à 1997) en 3-4-3. C’était fantastique, les joueurs dansaient », racontait-il en 2014 à la Gazzetta dello Sport.

Dès la Serie C à Crotone (2003), il tente cette organisation, en insistant sur l’agressivité collective. « Les deux attaquants adverses ne voyaient plus la balle. La défense à 3 m’a aussi permis de davantage construire le jeu depuis l’arrière », ajoutait-il. Il n’hésite pas à faire glisser au moins un ancien latéral dans le trio défensif pour améliorer la relance et bien occuper la largeur.

En 2015, au Genoa (voir la composition ci dessus), il a opéré une modification dans l’esprit, la défense « homme à homme », suite à une « illumination avec Burdisso. La supériorité numérique en défense était un dogme. Face à la Juve, j’avais laissé Burdisso et De Maio contre Tevez et Llorente. Ils ont fait une grande partie (0-1). Je gagnais un homme pour la construction (Roncaglia, le troisième axial). Ce risque valait la peine. Les défenseurs de l’Atalanta qui attaquent et marquent (Caldara, Masiello, Mancini…) viennent de cette intuition, expliquait le 15 novembre l’entraîneur dans la Gazzetta della Sport. Mais parler de défense à 3 n’a plus de sens. Face à un trident, on peut défendre à 4 ou 5 et être configuré à 3. Les principes comptent, pas les modules. C’est la même chose pour les côtés. »

Et d’expliquer que dans son Atalanta actuelle, Gomez et Ilicic, qui ne sont pas des ailiers, se partagent l’axe et la largeur derrière l’avant-centre. D’un bloc bas, le 5-4-1 défensif se mue ainsi en 3-2-4-1 en phase offensive (ci dessous la carte des passes et le positionnement moyen de l’Atalanta contre l’Inter le 11 novembre).

Des préceptes de jeu qu’il n’avait pas eu le temps d’instaurer à l’Internazionale, avec un vestiaire très expérimenté, gavé de titres et moins à l’écoute au changement. Surtout venant d’un entraîneur sans référence et pas vraiment soutenu par sa direction, qui pointait son « dogme » tactique. « Une expérience très dure, des critiques violentes, offensantes » avait-il raconté. « Mon licenciement de l’Inter est l’un des meilleurs moments de ma carrière, a-t-il reconnu avec franchise en 2017 à la radio Deejay. Ça m’a enlevé un poids. » D’ailleurs, il ne regrette pas l’absence de trophée à son palmarès. « Il y a d’autres façons de réussir que de remporter le scudetto. C’est satisfaisant d’atteindre ou de dépasser l’objectif fixé par le club. »

Si Allegri, par exemple, conseille « d’aller au cirque » pour prendre du plaisir, Gasperini a une approche plus divertissante du football :

« J’ai fait 70 points avec le Genoa, 72 avec l’Atalanta, rappelait-il à la Gazzetta. J’aime gagner, mais ce qui compte le plus est de bien jouer. La vraie satisfaction est de voir les supporters en délire, je cherche cette émotion. »

Bien en Italie

Le train des grandes équipes semble passé. A 60 ans, Gian Piero Gasperini s’épanouit à Bergame avec un contrat jusqu’en 2021 à 1 million d’euros par an (9e salaire des entraîneurs de Serie A). Il parle du futur, attend avec impatience la rénovation du stadio Atleti Azzurri d’Italia, qui va se munir de deux nouvelles curve (2019 et 2020), des murs, sur le modèle du Borussia Dortmund. A la Gazzetta, il a même confié :

« Je suis bien en Italie. J’aurais pu aller entraîner en Premier League une équipe qui ne joue pas les premiers rôles. Et je l’aurais bien fait parce que les entraîneurs italiens sont mieux préparés tactiquement. Je ne l’ai pas voulu parce que le problème, c’est qu’il faudrait y vivre du lundi au samedi. A mon âge, je suis encore plus attaché à mes racines. »

Le Piémontais ne sera donc pas le prochain Mancini, Ranieri, Conte ou Sarri à conquérir l’Angleterre. Thiago Motta a confié à la Gazzetta ce mardi : « Gasperini a fait mon bonheur au Genoa (2008-2009) et il fait actuellement briller l’Atalanta. J’espère qu’il aura une autre chance d’entraîner une grande équipe. J’en serais très curieux. »

Et pourquoi pas la Nazionale ? « J’ai été contacté par Lippi (en 2016, qui devait être directeur technique), a t-il raconté à Deejay. Ça a été un grand honneur d’être pris en considération. » Ventura lui avait été préféré. On ne refera pas l’histoire… Seulement, ce train-là pourrait bien repasser dans un ou trois ans. En plus, il n’aurait pas à chercher une ossature…

Gasperini FC.png
(Jeunes joueurs italiens passés ou actuellement à l’Atalanta sous Gasperini)

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