Suso, l’anno buono ?

Il y’a des joueurs comme ça : « Cette année c’est la bonne pour lui » entendons-nous dire. Et si ce n’est pas le cas alors ce sera la prochaine. Certains finissent par sortir cette fameuse bonne année, tandis que d’autres échouent & rétrogradent par des choix de carrière dictés suite à un manque de performance. Longtemps Suso était considéré ainsi : le talent est là, pas la continuité. Pourtant, il semble que quelque chose ait changé. Et si 2018-2019 était son année ?

 

Un joueur stéréotypé

Souvent ce reproche a été formulé par les consultants ainsi que les tifosi du Diavolo. Il faut dire que depuis son arrivée à Milanello, le natif de Cadix a eu du mal à sortir du schéma débordement – crochet pour se mettre sur son pied gauche. Arrivé au sein d’un Milan moribond en janvier 2015 pour un peu plus d’1M d’euros, l’espagnol a roulé sa bosse 6 mois en prêt lors de la saison 2015-2016 auprès de Gian Piero Gasperini au Genoa. Habitué à manger la ligne côté droit, Suso a découvert un rôle de 9 & demi qui lui a appris à se monter plus décisif au cœur des 30 derniers mètres. Auteur de statistiques encourageantes (19 matchs, 6 buts, 2 passes décisives), le soliste espagnol était enfin prêt pour les exigences d’un club à la recherche d’une gloire passée. C’est ce qu’on pensait.

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Il avait quand même promis qu’en cas de doublé il rentrerait du stade à pied.

Cette 1ère saison sous les ordres de Vincenzo Montella le verra remporter la Supercoppa & délivrer 9 passes décisives ainsi que 7 buts (son record sur une saison) en championnat avec notamment un doublé lors du derby aller & une passe décisive au retour qui permit aux rossoneri de remonter 2 buts de retard (mais si la reprise du tibia de Zapata à la 96′). Pas mal sommes nous tenté de constater néanmoins les résultats du derby (2 matchs nuls) sont en harmonie avec le rendu global de Suso : des éclairs de génie avant de passer à côté des victoires. On repassera donc l’année prochaine, l’arrivée de nouveaux propriétaires prêts à investir en masse étant encourageante pour le secteur offensif notamment.

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Les apparences sont parfois trompeuses.

Exit Bacca & Lapadula devant, bienvenue à Kalinic & André Silva notamment ; Çalhanoğlu est aussi arrivé & Suso doit trouver de nouveaux automatismes avec tout ce petit monde. Mais Montella ne l’entend pas de cette oreille & malgré 2 buts & 2 passes décisives face à Cagliari & Crotone en ouverture de la saison, Susinho est baladé sur le front de l’attaque pour une efficacité toute moindre. Il sera même laissé sur le banc tout le match (en compagnie de Bonaventura !) lors de la déroute à domicile face à la Roma (0-2). Malgré des buts face à l’Inter, Sassuolo & le Chievo (auxquelles il faut rajouter 2 assists contre les neroverdi), l’espagnol est encore trimbalé sur le terrain par les errances tactiques de Montella. Seule éclaircie pour lui, sa 1ère convocation avec la Roja en novembre. Montella débarqué, Gattuso appelé au secours, Suso n’y arrive toujours pas & passera complètement à côté de son match à Vérone en manquant un but tout fait en début de match puis en étant exclu dans le temps additionnel (défaite 3-0). Mais la demi de Coppa face à l’Inter (encore) le verra renaître, dans le sillage de toute l’équipe, en offrant un bonbon à Cutrone en prolongations. La bête est (re)lancée & il enchaînera buts & passes décisives jusqu’au mois de mars. Mais le printemps fait grincer des dents pour une équipe fatiguée & Suso trinque. Les espoirs de qualification en Ligue des Champions sont déjà évanouis. Il doit attendre 2 mois avant d’être de nouveau décisif (2 assists contre l’Hellas) & terminera la saison sur un souci musculaire sans gravité.

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Rudes sont les temps.

 

Le tournant de l’été dernier

Prolongé par le tandem Fassone – Mirabelli jusqu’en 2022, l’andalous voit néanmoins son nom apparaître dans la rubrique marché des transferts à l’été 2018. On parle d’un échange avec un autre espagnol jouant au sud de l’Italie, à Naples plus précisément, il s’agit de José Callejón. Non convoqué par Lopetegui pour le Mondial russe (un mal pour un bien certainement), Suso broie du noir & s’interroge sur son avenir sportif. Il y verra plus clair déjà quand le fonds américain Elliott reprendra la contrôle de son employeur situé au 8 Via Aldo Rossi.

Leonardo & son réseau de recrutement débarque, Paolo Maldini revient enfin au bercail & l’UEFA accorde finalement le droit au Milan de jouer en Ligue Europa. S’en suivra l’arrivée notable de Gonzalo Higuaín, son futur « partner in crime ». Et, je sais vous me trouverez fleur bleu, sa compagne attend un heureux événement. De quoi libérer un homme.

« Pas la peine de chercher bien loin la raison de son explosion : il a enfin un véritable numéro 9 à régaler »

Une stat simple (données arrêtées au 09/11/18) : en 14 matchs disputées toutes compétions confondues, Suso a été décisif a 13 reprises avec 8 passes décisives (il fait déjà mieux que la saison dernière) & 5 buts tous inscrits en dehors de la surface. Pour vous donner un ordre d’idée il est 1er ex æquo en Serie A avec Cristiano sur le nombre de buts où il est impliqué, 12 donc. Pas la peine de chercher bien loin la raison de son explosion : il a enfin un véritable numéro 9 à régaler. L’un passe, l’autre transforme & l’axe Suso – Higuaín compte 3 passes décisives de l’espagnol pour 3 buts du Pipita. Et avec l’argentin qui redescend pour gratter des ballons & orienter le jeu, Susito est soulagé d’une bonne partie du travail de création & peut compter sur un grand finisseur dans les 16m.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Luis Enrique le convoque à tous les rassemblements de la Roja depuis la rentrée avec en point d’orgue 2 passes décisives pour Suso en amical face au Pays de Galles en septembre dernier. Et s’il reçoit bien sûr des coups, l’andalous enchaîne les parties en Serie A avec 990 minutes au compteur soit l’intégralité des 11 rencontres de championnat disputées jusqu’à maintenant. Il fait mieux que son capitaine Romagnoli qui manqua la réception du Chievo (3 passes décisives de Suso) sur blessure. Incontournable vous dites ?

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Quand Suso va, tout va.

Quelle marge de progression ?

A bientôt 25 ans (il les aura le 19 novembre), Suso entre dans les meilleures années de sa carrière, celles où un joueur combine physique au top & expérience. Alors qu’une prolongation de contrat est à l’étude, avec une revalorisation salariale à la clé bien sûr mais surtout l’envie du club lombard de supprimer la clause de départ de 38M certes valable seulement à l’étranger mais bien trop basse au vu du marché actuel, Suso ne peut plus attendre avant de se confronter au très haut niveau. Avec un sélectionneur qui semble lui faire confiance mais sans être incontournable non plus avec l’Espagne, Suso doit viser haut & vite. Il semble mettre en tout cas tous les ingrédients de son côté, gommant par ci par là ses petits défauts dans le jeu & travaillant plus intelligemment au pressing collectif imprimé par Gattuso. Une qualification pour la C1, objectif affiché des rossoneri, passe par là.

Si l’on se souvient du joueur fragile & prévisible qu’il était à ses débuts peu après son arrivée à Liverpool, le chemin parcouru est énorme. Néanmoins, lui seul connait ses limites & entouré de joueurs de qualité il s’épanouit comme un poisson dans l’eau. Le Milan semble prêt à lui apporter cela, à lui de ne pas se disperser en continuant de garder sang froid & motivation. Car 2018-2019 semble bien être « l’anno buono » pour Suso.

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