Le plan de Steven Zhang pour ramener l’Inter « sur le toit du monde »

Un retour réussi à l’Olimpico pour l’Inter et son nouveau président. Steven Zhang a vécu son premier match dans les habits de numéro 1 de l’Internazionale ce lundi soir à Rome face à la Lazio (0-3). Là où les nerazzurri avaient validé sur le fil leur qualification pour la Champions League le 20 mai dernier dépassant au classement ce même adversaire (2-3). Une victoire, déterminante pour le développement du club, décrochée en conclusion d’une saison à émotion et d’une soirée complètement folle. Steven Zhang était même en larmes sur la pelouse ce soir là. « C’était spécial de revenir dans ce stade cinq mois après », a t-il convenu lundi soir.

Depuis ce dimanche printanier, sa vie a changé. Fils du propriétaire chinois de l’Inter, Zhang Jindong, il a succédé, vendredi, à Erick Thohir.

Steven Zhang, jeune et ambitieux

Diplômé en sciences de l’économie aux Etats-Unis, Steven Zhang avait intégré le conseil d’administration lors de depuis l’été 2016, après avoir été directeur pour l’international de Suning, géant chinois de l’électronique. Le groupe, détenu par Zhang Jindong, a racheté 70% des parts de l’Inter en 2016. Erick Thohir, président depuis 2013, lorsqu’il avait racheté 70% des parts du club à Massimo Moratti, s’éclipse sans avoir remporté le moindre titre (le premier président de l’Inter dans ce cas depuis 1928) mais en ayant entamé la restructuration financière. L’Indonésien a encore 30% du club mais il devrait les vendre à Suning, désireux de prendre le contrôle intégralement du dernier vainqueur italien de la Ligue des Champions (2010).

Il est devenu le plus jeune président de l’histoire de l’Inter. Mais aussi le plus jeune des présidents actuels de Serie A et des grands clubs européens. « Aujourd’hui je démarre une nouvelle ère pour notre club. Cela fait presque deux ans que je travaille ici à l’Inter, et depuis le début nos intentions ont toujours été claires, devenir un des clubs les plus prestigieux du monde », a-t-il assuré vendredi.

Steven Zhang n’est pas parachuté comme « le fils de » à qui l’ont confit un jouet. Son poids au sein du club n’a cessé de croître au fil de son intégration à un environnement qu’il semble adorer. Il vit en plein centre de Milan, prend des cours d’Italien, aime la nourriture et la mode made in Italy, est fan de Ferrari. Il communique même parfois dans la langue de Dante sur les réseaux sociaux pour féliciter l’équipe. Un président jeune, bien dans son époque. Il a été classé parmi les 40 entrepreneurs âgés de moins de 40 ans les plus influents du monde par Fortune.

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Mastodonte en Asie, Suning souhaite devenir un acteur majeur du marché mondial. L’Inter peut être une belle vitrine de son savoir faire. D’où la prise de pouvoir directe et le rachat à venir des 30% pour être seul à, bord. Zhang Jindong est le 13e homme le plus riche de Chine avec un patrimoine estimé à 14 milliards de dollars. « Nous avons maintenus notre volonté. Les premiers résultats obtenus du club d’un point de vue sportif, commercial et financier en sont la preuve. Notre objectif est celui de reconstruire l’Inter sur des fondamentaux solides, maintenir les valeur et l’ADN de cette équipe, grande héritière de la famille Moratti. Maintenant nous avons tous les outils pour accélérer cette croissance », a-t-il expliqué.

Présentation de la caisse à outil du 21e président de l’Inter.

Augmenter les recettes commerciales

Steven Zhang compte s’appuyer sur les 346 millions de fans dans le monde et poursuivre l’accroissement des revenus, notamment en Asie, qui ont permis à l’Internazionale de passer de 2016 à 2018 du 27e au 13e rang des clubs les plus riches selon Brand Finance avec 297 millions d’euros de chiffre d’affaires (+ 43%), encore loin du Real avec 751 millions mais aussi de la Juve et ses 411 millions. La première cible est justement la Vieille Dame, modèle de développement et qui écrase la Serie A depuis plus de sept ans. « La Juve est devant nous. Andrea Agnelli, que j’estime et qui a pris la présidence du club en étant jeune (32 ans en 2010), l’a porté au sommet en presque dix ans. Je veux le faire en un temps plus bref », a dit le natif de Nanjing qui aura 27 ans le 21 décembre, l’objectif est d’atteindre les 400 millions en trois ans.

Depuis son arrivée, en juin 2016,  le groupe Suning a investi 474 millions d’euros entre augmentations de capital (142M au départ puis 105M) et prêts (227M). Il y a aussi le sponsoring du centre sportif de la Pinetina et des tenues d’entraînements pour 38 millions depuis la saison passée. On peut ajouter les liens indirects avec d’autres sociétés asiatiques qui ont apporté 62 millions d’euros en 2017-2018. Soit une explosion des recettes commerciales à 137 millions, plus que la Juve (126) ou Milan (62). Le malade interiste va mieux. 18 millions de pertes en 2017-2018, contre 140 millions en 2014-2015.

L’Asie, l’Amérique mais aussi le marché intérieur. A la fois « Brothers of the world » et « Made of Milano » pour reprendre des slogans. Pirelli, partenaire majeur de l’Inter depuis 1995, s’affichera sur les maillots jusqu’en 2020. Il verse 10,5 millions par saison et 6 de bonus pour la Champions League. Avec d’autres clauses de résultats, le maximum est de 22 millions d’euros. Et après ? Pirelli devra hausser le curseur pour rester sur la tunique nerazzurra. Jeep verse a minima 18 millions à la Juve (et Cygames 7 millions), Fly Emirates 16 millions à l’AC Milan. Pour l’équipementier, l’échéance est plus lointaine. Nike est sous contrat jusqu’en 2024 et paie 17,7 millions par saison (Adidas : 23 millions à la Juve).

San Siro, en faire un atout financier

San Siro, un stade mythique, de près de 80 000 places, que l’Inter remplit très bien. Le club trône en tête des affluences de la Serie A depuis 2015 avec une pente ascendante. 47000 en 2016-2017, contre 57529 spectateurs de moyenne la saison passée. Et 61600 en ce début de championnat. En conséquence, les caisses se remplissent : 5 millions de recettes contre Milan, un chiffre comparable attendu lors de la réception du Barça en Champions League. Deux rencontre sold out. Ce sera aussi le cas contre la Juve.

INTER-MILAN

Seulement, l’Inter partage le Giuseppe Meazza avec l’AC Milan. Une enceinte qui appartient à la municipalité, qui s’occupe certes de l’entretien mais contre un loyer (environ 5 millions pour chaque club). Des travaux de modernisation sont en discussion. Facture : 300 millions d’euros à partager entre la ville (qui a déjà voté 15 millions) et les locataires.

D’ici la fin de l’année, le numéro 1 interiste souhaite régler la question du stade avec la commune. Devenir propriétaire, avec ou sans l’AC Milan. Dans les faits, il s’agirait d’une concession de 99 ans de San Siro. Le maire, Giuseppe Sala est favorable à cette solution. Un accord qui pourrait rapporter gros. La plupart des grands clubs européens sont propriétaires. La Juve, a inauguré son enceinte en 2011 et affiche la 4 ème affluence de Serie A avec près de 40 000 spectateurs de moyenne à cause de la capacité limitée de l’Allianz Stadium (41570 places). Soit 95 % de taux de remplissage. Et oui, ce qui est rare est cher. 57 millions de recettes issues du « match day » soit 14% des revenus des bianconeri selon une étude du cabinet Deloitte en 2017. L’Inter malgré une meilleure fréquentation n’en tire « que » 28 millions (11% de ses recettes).

Le musée et la visite de San Siro rapportent 2,5 millions d’euros à M-I Stadio SRL (gérée par les deux clubs). Le Barça empoche 20 millions par an avec la visite du Camp Nou. Billetterie, hospitalité, visites, événements… Les axes de gains financiers sont nombreux.

Sportif : Champions League, autofinancement et Marotta

« La Ligue des Champions est vitale » a encore insisté cette semaine Luciano Spalletti. « Une qualification vaut un trophée. » Une présence en C1 assure au moins 50 millions d’euros dans les caisses du club au début de l’exercice entre prime de participation de droits TV. Si les résultats suivent, les 60/70 millions peuvent même être espérés à la fin. De quoi donner le sourire au service comptabilité, obligé à des jeux d’écriture entre des plus-values sur des jeunes de la Primavera et des prêts avec option d’achat (Vrsaljko, Keita, Politano encore l’été dernier) pour rester dans les clous instaurés par l’UEFA. L’Inter va tout juste en finir avec les sanctions du fair play financier (mercato contrôlé, liste réduite en C1).

L’autofinancement est désormais espéré à court terme sur le marché des transferts. Les erreurs de recrutement (Kondogbia, Gabigol ou Joao Mario) ont plombé les comptes ces dernières années. Le nouveau président veut donc réajuster le fonctionnement du club. Le nouveau conseil d’administration élu confirme la mainmise chinoise sur le club.

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L’organigramme de la Beneamata devrait s’étoffer rapidement avec l’expérimenté Giuseppe Marotta, écarté de ses fonctions de directeur général après huit années à épauler Agnelli dans la transformation de la Juventus… Il pourrait occuper un poste comparable chez les nerazzurri. Zhang a assuré qu’il n’avait pas d’accord avec l’expérimenté dirigeant (61 ans) mais qu’il « voulait s’entourer des meilleurs » pour ramener « l’Inter sur le toit du monde ». Marotta viendrait en complément d’Alessandro Antonello, qui garderait sa fonction de directeur général. Et Piero Ausilio, le directeur sportif, conserverait ses prérogatives sur le recrutement. A ce sujet, l’Inter ne devrait pas se tourner vers des grandes stars onéreuses. L’idée, pour continuer à renforcer l’équipe, est de recruter 3 Nainggolan plutôt qu’un joueur à 100 millions. Mais aussi flairer des bons coups en fin de contrat, comme Stefan de Vrij et Kwadwo Asamoah l’été dernier, ou en rupture avec leur club.

Autre axe, se tourner vers des jeunes joueurs à fort potentiel afin de réaliser des plus values. Tonali, le regista de Brescia, est ainsi surveillé. Barella vaut déjà cher mais entrerait aussi dans ce critère. Un plan qui sera activé l’été prochain, une fois les chaînes du fair-play financier desserrées. En janvier, l’Internazionale devrait être sage. Recettes commerciales, stade, mercato… Steven Zhang a ciblé les axes d’amélioration de l’Inter et compte ouvrir les chantiers dès maintenant. Même à 26 ans, il n’a pas le temps d’attendre. Rendez-vous dans trois ans pour un premier bilan.

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