Luigi Meroni, retour sur la vie de Calimero

C’est en publiant la revue de presse comme chaque matin que mon attention s’est portée sur une interview exclusive au sujet de Gigi Meroni. En effet, un certain Roberto Campini, supporter du Torino devenu par la suite médecin du club, permet au lecteur de replonger 51 ans après dans l’accident de la route tragique qui coûta la vie à Meroni, l’ailier droit talentueux et charismatique des granata. Et ce tout juste 18 ans après un autre drame, celui de Superga qui rappelons-le décima quasiment toute la Squadra Azzurra.

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« J’ai vu mourir Meroni »

Mais avant de nous pencher sur cette interview poignante, rappelons qui sont les protagonistes de cette histoire et les événements.

Les personnages principaux

Luigi « Gigi » Meroni que l’on surnommait « la farfalla granata » aurait aujourd’hui 75 ans. Né et formé à Côme, en compagnie de son frère Celestino, le jeune Gigi s’engage à seulement 19 ans au Genoa en 1962. Il y restera 2 saisons à l’issue desquelles il sera appelé en Italie B. Passé au Torino alors guidé par Nereo Rocco l’homme qui érigea le catenaccio au rang d’art, malgré la gronde des tifosi grifoni, l’ailier avec le numéro 7 est tout de suite adopté par les supporters du Torino. Il faut dire que ses dribbles incessants et ses buts (24 en 2 saisons) ainsi que son look de rebelle l’aident bien.

Amateur de peinture, Gigi peignait aussi bien qu’il ne pouvait écrire des poèmes. Il avait également une passion : la musique avec notamment les Beatles et le jazz. Meroni était également anticonformiste et vivait avec une femme pas encore tout à fait divorcée du nom de Cristiana Uderstadt, il était apprécié de ses coéquipiers car on pouvait compter sur lui pour être un élément fondamental d’un groupe soudé.

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Meroni ici à gauche dégustant un peu de raisin aux côtés de Nereo Rocco son entraîneur de l’époque

Ne désirant pas tirer les pénaltys, il régala notamment son coéquipier Nestor Combin en offrant passes décisives sur passes décisives à ce dernier qui avait été viré par la Juventus puis Varese. Appelé par Edmondo Fabbri en Nazionale, il refusa la convocation car le sélectionneur lui demanda de se couper les cheveux. Quand on sait que Meroni dessinait les vêtements qu’il portait en s’inspirant de ceux des Beatles, s’est promené à Côme avec une poule tenue en laisse et s’est déguisé en journaliste pour demander aux gens ce qu’ils pensaient de Gigi Meroni, ça vous pose un homme.

Arrêtons nous désormais sur le cas d’Orfeo Pinaelli le président du dernier Scudetto (1976) du Torino. Né en 1920, il acheta le Toro en 1962 et offrit le fameux coach Rocco et l’étoile montante du foot italien Meroni aux tifosi granata.

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Orfeo Pinaelli 

L’entrepreneur lombard reçut de la part de la Juventus de Gianni Agnelli une offre d’un demi milliard de lires à laquelle il fallait ajouter 50 millions de lires par an pendant 5 ans pour s’attacher les services de Meroni. La contestation des tifosi granata et une première page du journal La Stampa firent le reste et Gigi resta au Torino. Passé le drame du 15 octobre 1967, Pinaelli vécut le Scudetto de son club près de 9 ans plus tard puis le lent déclin jusqu’à quitter le Torino en 1982 pour laisser la place à Sergio Rossi. Accusé de banqueroute frauduleuse, il fût arrêté puis traîné en justice avant d’être libéré et innocenté car la crise du club démarra suite à un paiement adressé aux ravisseurs de son petit fils. Souffrant, il mourut en 2005.

Un président nous menant à un autre président : Attilio Romero. Né à Turin le 19 avril 1948, l’entrepreneur et dirigeant a été le dernier président du Torino Calcio avant la banqueroute du club en 2005. Supporter des grenats, il est un des protagonistes de la tragédie qui coûta la vie à Meroni car en rentrant du match Torino – Sampdoria, il renversa l’ailier et frôla un autre joueur, Fabrizio Poletti, à bord de sa Fiat 124 Coupé. Se présentant spontanément au commissariat, il fût interrogé jusqu’à tard le soir avant de rentrer chez lui, Cours Umberto, là où quelques heures plutôt l’accident fatidique avait eu lieu.

 

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Attilio Romero ici au premier plan

Condamné pour homicide involontaire, Romero continua ses études en sciences politiques et entra à la Fiat où il occupa notamment le rôle de porte parole de Gianni Agnelli. Il quitta le groupe Fiat en 2000 pour devenir président de son club de cœur, fonction qu’il occupa 5 années durant. Ne pouvant éviter la banqueroute du club, exclu de Serie A en 2005, Romero demanda pardon publiquement en première page de Tuttosport. Condamné pour escroquerie et malversations aux dépens de la FIGC, il passa un accord avec la justice pour purger 2 ans et demi de prison en 2008.

Les faits

15 octobre 1967. Un dimanche comme un autre serait-on tenté de dire. Le Torino avait renversé la Sampdoria sur le score de 4-2 mais Meroni avait été exclu pour la petite histoire. De quoi convaincre le coach de laisser quartier libre aux joueurs le soir, une exception qui coûtera cher. Gigi Meroni ainsi que son ami et coéquipier Fabrizio Poletti chopent la balle au bond et filent en ville à la « Mansarda di Pazza Vittorio« . La nuit tombe sur Turin et Meroni ne pense qu’à retrouver sa chère et tendre Cristiana.

à 21h30 les 2 amis traversent l’agité Cours Umberto pour se diriger vers un glacier. Une voiture folle va pour faucher les deux hommes qui pour l’éviter reculent d’un pas avant d’être frappé de plein fouet par un autre véhicule qu’ils ne pouvaient voir, celui d’Attilio Romero. Projeté sur le pare brise de la Fiat 124 Coupé de ce dernier, Meroni retombera au sol et sera de nouveau percuté par une tierce voiture, une Lancia Appia, avant de terminer sa course inconscient une cinquantaine de mètres plus loin.

La voiture d’un passant le prend en charge mais la course folle vers l’hôpital Maurizio est vaine, juste le temps pour le médecin de noter l’heure du décès : 22h40. Sa fiancée Cristiana, ses coéquipiers et amis assistent impuissants à la perte de leur être cher.

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Nestor Combin rendant un dernier hommage à son ami Gigi Meroni.

Le diocèse turinois s’opposera à des obsèques religieuses en raison de sa vie en concubinage avec Cristiana Understadt quand celle-ci n’avait pas terminé d’annuler son premier mariage. Las, l’aumônier du Torino célébra les funérailles devant des dizaines de milliers de personnes.

Le Derby della Mole eût lieu le dimanche suivant dans un silence de cathédrale. Le Torino écrasera la Juventus 4-0, chose qui ne s’est plus jamais reproduite, avec notamment un triplé de l’un de ses compères en attaque Combin malgré les 39°C de fièvre qu’il traînait. Ironie de l’histoire, encore une, le numéro 7 de Meroni marqua par l’intermédiaire de Carelli car oui le numéro du défunt fût réattribué. Gigi était quand même présent ce jour-là, des fleurs ayant été lâchées d’un hélicoptère sur le côté droit du terrain là où il martyrisa tant de défenses adverse.

Aujourd’hui

Un nouveau témoignage est donc sorti, celui de Roberto Campini, au sujet de la « Farfalla Granata ». Il rappelle à quel point Meroni est rapidement devenu une idole pour chaque tifoso granata se respectant. Son style de beatnik a grandement contribué à la fascination qu’il inspirait même si ce sont ses qualités balle au pied qui primaient au demeurant. Sa passion pour la peinture s’exprimait chez lui mais aussi sur les terrains, par les actions de jeu qu’il créait sans arrêt. Roberto Campini raconte comment il a vécu les derniers instants de Meroni.

« Le 15 octobre 1957, nous n’avions jamais été aussi près l’un de l’autre. C’était la première fois que je l’approchais, quelques instants avant sa mort. Et d’un coup, il semblait si loin et moi j’étais pétrifié par l’horreur. Nous étions dans l’obscurité, la lumière des lampadaires état trouble. Je le fixais, je cherchais surtout son regard : celui du grand Meroni, serein, tranquille et souriant. Mais il ne lui restait plus qu’une minute à vivre, peut-être moins. Il est passé près de moi en me dépassant. Je ne l’ai pas lâché des yeux, je l’ai regardé traverser la route. Et en un instant j’ai vu Meroni s’envoler. Je ne me souviens pas clairement comment c’est arrivé, juste que son corps a dessiné un arc dans l’air et mes yeux sont restés paralysés en suivant ce corps qui volait tel un mannequin »

Il est possible encore aujourd’hui à Turin de venir se recueillir devant la pierre tombale de Gigino, pour ne jamais oublier le joueur et l’homme qu’il était.

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Ici quelques photos de Gigi Meroni

 

 

 

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