Milan-Inter, sur le chemin des cieux perdus ?

Acteurs incontournables d’une Serie A dépendante de leur puissance, les deux grands clubs de Milan semblent enfin sur le retour après de longues années de déclin passés dans l’anonymat et la médiocrité. Même si ces retours ne sont pas encore arrivés à terme, les signes précurseurs de ce dit retour en force sont de plus en plus nombreux malgré des faiblesses indiscutables qui pourraient leur coûter cher si elles ne sont pas vaincues. Alors, la fameuse Triade du Nord (Juventus, Milan, Inter) va-t-elle se reformer ou assiste-t-on à des non événements ?

De l’enfer au purgatoire

C’est désormais une vérité historique qui n’a échappée à personne, la période de sept ans que nous venons de traverser et qui a vu la Juventus exercer une hégémonie sans partage sur le championnat italien a également vu l’effondrement économique, structurel et sportif des deux grands clubs milanais : l’AC Milan et l’Internazionale. Les deux gloires d’antan d’un football transalpin qui orgueilleusement toisait une Europe du football qu’elle dominait quasiment sans partage. Mais la crise économique de 2008 et la montée en puissance de la Premier League ainsi que de la Liga a permis une redistribution des cartes dont les Italiens et plus encore les deux Milan, furent les grands perdants.

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Massimo Moratti à gauche et Silvio Berlusconi à droite

Les deux clubs lombards connurent en effet un triptyque composé d’un désinvestissement massif de mécènes (Massimo Moratti à l’Inter et Silvio Berlusconi à Milan) épuisés par plusieurs décennies de gouvernance et souhaitant sauver leurs billes en vue de la crise à venir, puis d’une régression sportive accompagnant logiquement ce désinvestissement, et enfin d’une crise de gouvernance frappant les deux clubs après leurs ventes en 2016. Sorte de dieux déchus de l’Olympe footballistique, les deux frères ruminaient leur aigreur et se ressassaient leur grandeur passée dans les bas fond des faubourgs du football européen. Cependant, une restructuration opérée par étapes dans les deux clubs, permis à ces derniers de revenir au plus haut niveau, la saison passée pour l’Inter avec une qualification pour la prestigieuse Ligue des Champions, et Milan avec une saison prometteuse et l’arrivée d’un joueur de classe mondiale comme Gonzalo Higuain.

Les signes du retour

Vus dès la saison passée, les observateurs de la Serie A s’accordaient pourtant quasiment tous d’une même voix à dire que ces signes de retour ne devaient pas être sur-interprétés. Pourtant, ils étaient bien réels ! Tout d’abord sur le marché des transferts, où après des années de désinvestissement, les deux frères ennemis ouvraient enfin le cordon de la bourse pour s’offrir des joueurs de grande classe, l’Inter avec des signatures telles que Stefan de Vrij ou Radja Nainggolan, Milan avec Gonzalo Higuain, et se positionnaient même sur des jeunes joueurs de grand talent promis à un avenir solide comme Milan Škriniar ou Lautaro Martinez côté Inter ainsi que Mattia Caldara et Hakan Çalhanoğlu pour Milan.

Les milanais se montraient mieux armés et s’offrirent des séries de victoires qui leur assura un retour dans le sommet du classement synonyme de place européenne (Ligue des champions pour l’Inter et Europa League pour Milan). Ces compétitions furent alors l’occasion de démontrer qu’ils comptaient bien rejouer un rôle dans le concert des puissances du football européen, comme le démontrèrent les victoires contre Tottenham et le PSV Eindhoven pour l’Inter, et la première place de leur groupe en Europa League pour Milan. Autre signe d’un retour en force qui fut la cause des deux précédents : une restructuration complète de l’appareil directif qui vit l’arrivée au pouvoir d’hommes forts et compétents capable de mener à bien ce projet de retour. Le couple Piero Ausilio – Dario Baccin à l’Inter et Leonardo – Paolo Maldini à Milan assurèrent alors à leurs clubs respectifs une armature solide et une boussole en état de marche pointant droit vers la direction des cieux tant recherchés malgré des limites gênant leur domaine d’action.

 

 

L’assignation à l’austérité comme boulet

Si comme on l’a vu, les deux clubs montrent à nouveau des signes de puissance, et qu’on pourrait parler d’une revanche des deux anciennes gloires, des faiblesses structurelles sont encore présentes et risquent – à court terme pour le meilleur des scénarios – de gêner leur retour au premier plan. Parmi ces faiblesses, la plus évidente est que les nouvelles équipes dirigeantes sont largement tributaires des errements passés, ce qui se ressent durement sur les comptes financiers des deux clubs. En effet, les rodomontades – parfois brutales – de l’UEFA dans le cadre du fair-play financier illustrent l’immense fragilité économique des lombards qui ont vu leurs comptes lourdement impactés par les déficits, les dettes et la contraction financière qu’ils ont connus du fait de leur longue absence aux compétitions européennes ainsi que de l’absence de développement du merchandising.

Cette faiblesse fut par exemple démontrée par les plus de 300 millions d’euros de dettes laissées par Silvio Berlusconi, ou lorsque l’Inter dû reculer sur le dossier Luka Modric malgré un intérêt non démenti de la star du Real Madrid pour le club italien dont les comptes furent gérés auparavant de façon désastreuse. Les clubs milanais sont comme ces frères Dalton de la bande-dessinée Lucky Luke, qui, échappés de leur pénitencier, doivent, avant de retrouver leur pleine liberté, se débarrasser de leur chaîne-boulet à la cheville. Cette assignation à l’austérité pourrait – si elle n’est pas combattu par un développement merchandising ambitieux, gêner la progression des clubs en les empêchant d’investir plus d’argent dans le marché des transferts, leur fermant ainsi la porte au marché d’or des joueurs de classe mondiale, l’autre grande faiblesse de nos chers milanais.

Un nécessaire retour des dream teams d’antan

La disparition de ce que les anglo-saxons appellent les tops players, fut l’incarnation la plus ultime de l’effondrement des deux Milan. Ces joueurs, indispensables pour gagner de grands trophées internationaux sont aujourd’hui ô combien absents des effectifs milanais ; hormis Higuain, il n’y en a pas le moindre à Milan, quant à l’Inter, aucun d’entre eux ne peut – pour l’instant – prétendre à ce titre ! Tributaires comme pour le financier du passé, les nouvelles équipes dirigeantes durent, à leur arrivée, faire avec des effectifs composés des joueurs corrects pour bien figurer, mais bien trop limités pour viser le sommet, et doivent désormais opérer à une refonte majeure des effectifs pour retrouver leur trône sur l’Olympe. Car s’ils purent montrer des signes de santé sportive retrouvée, ils ont désormais atteint un plafond de verre qu’il sera très difficile de crever sans l’arrivée de joueurs de très gros calibre qu’il faudra attirer d’une façon ou d’une autre.

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