Faux neuf, vraie solution pour la Nazionale ?

Déjà sept rencontres, trois rassemblements depuis la prise de fonction de Roberto Mancini. Le commissaire technique italien reconstruit sur les ruines d’un barrage traumatisant face à la Suède.

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Alors que Buffon, Barzagli et De Rossi ont quitté la Nazionale, une colonne vertébrale se dégage. Donnarumma est déjà propulsé comme le successeur de Buffon au détriment de Sirigu, 33 ans, et Perin, qui ne joue pas à la Juve.

Bonucci et Chiellini, qui se sont retrouvés chez les bianconeri, forment un axe expérimenté, en attendant les éclosions espérées de Romagnoli, Caldara et Rugani. Jorginho, autrefois snobé par Ventura, a reçu la clé du jeu des Azzurri. Le seul à avoir débuté les sept parties sous Mancio. Six fois en regista dans un 4-3-3 où il a ses repères, une fois dans un 4-4-2, pour une défaite au Portugal. Ce n’est pas le Jorginho made in Sarri. À sa décharge, l’environnement autour de lui bouge. Gagliardini, Pellegrini, Bonaventura… et depuis deux matches Verratti et Barella. D’ailleurs, il était mieux avec ces deux acolytes, réalisant, dimanche, sa meilleure partition en Nazionale.

Reprenons l’épine dorsale : Donnarumma, Bonucci, Chiellini, Jorginho et, et ? Et pas d’avant-centre. Mancini avait imaginé Mario Balotelli dans ce rôle. Le seul avec un réel vécu international. Plutôt convaincant en mai (premier buteur contre l’Arabie saoudite), Super Mario est retombé dans ses travers en septembre. Hors de forme et peu concerné contre la Pologne. Sorti sous les sifflets à Bologne, il était en tribunes au Portugal. Et pas convoqué pour le rassemblement d’octobre. Comme Belotti, pourtant vice de Balo au départ. Il avait même disputé les cinq premiers matches, dont quatre en entrant en cours de jeu, pour un but. « Il Gallo » n’a jamais convaincu en Nazionale (5 buts en 20 sélections). Ciro Immobile, très efficace avec la Lazio depuis plus de deux ans, ne parvient pas davantage à s’imposer dès qu’il enfile ce maillot azzurro (7 buts en 33 sélections). Patrick Cutrone est jeune et remplaçant à Milan, Simone Zaza est irrégulier. Les deux se sont blessés en plus avant le dernier rassemblement.  Bref, c’est un dossier compliqué, presque désespéré.

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Insigne, la solution ?

Alors, Mancini a sorti de son chapeau Lorenzo Insigne, trop souvent neutre sur l’aile gauche en sélection. Il l’a placé en faux neuf contre l’Ukraine. Merci Carlo pour l’idée. Ancelotti a en effet décidé de recentrer son ailier en ce début de saison au Napoli. Seulement, il évolue derrière Mertens ou Milik au sein d’un 4-4-2. Là, Mancini l’associe aux Federico, Chiesa et Bernardeschi, dans un 4-3-3 où les trois attaquants permutent, se cherchent.

Insigne a (déjà) 27 ans et seulement 4 buts en 29 sélections. Dans ce nouveau rôle de « falso nueve« , le Napolitain pourrait devenir plus « tueur ». Son but de la victoire à la dernière minute contre Liverpool en Ligue des Champions (1-0) va dans ce sens (et six réalisations en Serie A cette saison).

« Insigne sait tout faire. Au début je l’ai imaginé en 10, puis je l’ai mis ailier. C’est ça qui est génial avec Insigne, maintenant il doit continuer à jouer sans pression, il a identifié le problème, à lui de prendre le contrôle », a jugé Maurizio Sarri dans le Corriere dello Sport, le classant comme le « meilleur joueur italien ». « Après Insigne, je dirais Federico Bernardeschi qui est en route pour devenir un joueur de classe mondiale. Puis Federico Chiesa, talent pur, généreux, dynamique. Il a ce qu’il faut pour réussir, il doit juste travailler et épurer son jeu. »

Bernardeschi est en forte progression. Il se transforme physiquement et tactiquement. 24 ans, la saison de la maturité ? Ses premiers matches cette saison et les éloges de toutes parts (à la Juve comme des consultants) tendent à lui confier des responsabilités dans cette Squadra. Chiesa est rapide, technique, ose balle au pied (il avait provoqué le penalty contre la Pologne). Seulement, il faut être patient. Il n’aura que 21 ans le 25 octobre. Tout le monde n’est pas mature aussi vite que Mbappé… Le fils d’Enrico sera peut-être un fuoriclasse dans quelques années. Pour l’instant, il en est à 12 buts en 80 matches professionnels avec la Fiorentina et n’a pas encore goûté à la Champions League…

Contre l’Ukraine, mercredi, en amical à Gênes, Bernardeschi a marqué, avec l’aide du gardien. Mais la victoire a fui la Nazionale pour un cinquième match de suite (1-1). Ce dimanche, en Nations League, le onze a été reconduit intégralement, dans le même module. « Les joueurs ont besoin de jouer ensemble, se connaître », avait prévenu le sélectionneur la veille.

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Sous l’impulsion du binôme Verratti-Jorginho à la construction, avec un excellent Barella à leurs côtés, l’Italie a dominé la Pologne (68% de possession, 87% de passes réussies). Elle l’a même étouffée en première période, alors qu’un mois plus tôt à Bologne, la copie avait été terne à l’aller (1-1). Et les trois de devant se sont trouvés et ont été dangereux. Szczesny et la barre ont repoussé les bonnes combinaisons offensives italiennes (17 tirs dont 5 cadrés et 2 poteaux). Puis Biraghi a délivré l’Italie dans le temps additionnel (0-1).

Un air de déjà-vu

Mancini a peut-être trouvé sa formule. Rien de très innovant, cependant. Ces dernières années, Guardiola l’avait fait avec Messi au Barça, Sarri avec Mertens au Napoli, Totti a parfois eu ce rôle à la Roma, les sélections espagnoles et allemandes ont aussi utilisé ce faux neuf au temps de leur domination. Fabregas était entouré d’Iniesta et David Silva lors de la finale de l’Euro 2012 remportée par l’Espagne 4-0 face à… l’Italie de Balotelli et Cassano.

Ces équipes avaient une forte possession, ce faux neuf dézonait, se promenait entre les lignes, créait des espaces. L’Italie est-elle capable d’avoir cette maîtrise technique face à des nations plus fortes que la Pologne ? En plus, ce style qui était à la mode tend à se raréfier au profit d’un jeu plus vertical. Les principales sélections évoluent actuellement sur un « vrai neuf » : Giroud (France), Lukaku (Belgique), Diego Costa ou Morata (Espagne), Werner (Allemagne), André Silva (Portugal), Gabriel Jesus ou Firmino (Brésil), Icardi ou Lautaro (Argentine)… Il y a, bien sûr, des contre-exemples, comme les Pays-Bas, aussi en reconstruction, qui s’appuient avec réussite sur Depay entouré de deux autres ailiers.

Rossi mais aussi Toni et Materazzi

Avant le match en Pologne, Roberto Mancini a reconnu : « Nous avons besoin d’un buteur ». C’est plus facile pour marquer et donc gagner, c’est vrai. Depuis septembre 2017, sur les quinze derniers matches, onze buts inscrits seulement et de onze joueurs différents : Immobile, Chiellini, Candreva, Insigne, Balotelli, Belotti, Bonucci, Zaza, Jorginho, Bernardeschi et Biraghi.

L’Italie a parfois eu besoin d’un attaquant référant lors de ses conquêtes. En 1982, Paolo Rossi a inscrit 6 buts lors du Mondial 82, synonyme de troisième étoile pour le football italien. Le Ballon d’Or 82 n’a marqué « que » 20 buts en Nazionale en 48 sélections, dont 9 en Coupe du monde, un record azzurro détenu avec Roberto Baggio et Christian Vieri. Deux de ses héritiers à la pointe de l’attaque. Baggio avait scoré cinq fois lors du Mondial 94, tous à partir des huitièmes de finale. Seul Dino Baggio a aussi marqué lors des matches à élimination directe. Le tir au but décisif raté par Roberto en finale face au Brésil fut encore plus cruel.

Capture d_écran 2018-10-14 à 18.10.12Des buteurs de haut niveau mais pas une icône constante sur une décennie, comme l’Allemand Miroslav Klose et ses 71 buts en 136 capes par exemple. Ou Muller bien avant lui (68 buts en 62 sélections). La quatrième étoile, en 2006, a été conquise avec dix buteurs différents. Luca Toni et… Marco Materazzi étant les seuls avec deux réalisations. Pas de capocannoniere mais du talent. Avec un but : Totti, Inzaghi, Del Piero, Gilardino, Iaquinta, Pirlo et les latéraux Zambrotta et Grosso.

En 2012, Balotelli (3 buts), Cassano, Di Natale et Pirlo (1 but) avaient conduit la Nazionale de Prandelli jusqu’en finale de l’Euro. Mais le vivier offensif commençait à s’assécher. L’Euro 2000, déjà, perdu sur le fil en finale face à la France (2-1 après prolongation) avait montré un collectif en 3-5-2. Neuf buts de sept joueurs différents. Deux pour Totti et Pippo Inzaghi souvent associés en attaque, un pour Del Piero et Delvecchio (titulaire et buteur en finale), leurs alternatives.

En 2016, Antonio Conte avait organisé un bloc en 3-5-2 avec Eder (1 but) et Pellè (2 buts) en duo complémentaire et travailleur devant et Zaza en premier remplaçant. Solide, organisée, solidaire, cette équipe de guerriers avait dominé la Belgique en groupe (2-0), sorti l’Espagne en huitièmes de finale (2-0) et poussé l’Allemagne aux tirs au but en quarts de finale de l’Euro (1-1).

« Jusqu’à ce que nous ayons un style, il nous sera difficile de nous améliorer, avait déclaré au printemps Arrigo Sacchi sur Premium Sport. Nous pouvons gagner avec un esprit de combat et de la tactique n’importe quel soir, mais c’est le style qui vous donne le saut de qualité. »

2016 fut en effet un leurre. De quoi oublier un peu vite les deux Coupes du monde de rang arrêtées au premier tour. Avec Balotelli (1 but en 3 titularisations) ayant, encore et toujours, concentré les espoirs et les critiques en 2014… Ce chemin tracé par Conte n’avait pas été suivi par Ventura, entraîneur et tacticien respectable mais pas un meneur d’hommes. Mancini, au tempérament également différent de l’ancien technicien de la Juve et Chelsea, ambitionne d’imposer un style offensif. Presque une révolution culturelle…

« L’Italie ne fait pas partie des pays de football les plus avancés, a encore estimé Sacchi au festival du sport de Trento ce week-end. Elle a une résistance culturelle au changement, une vision non prévoyante qui l’empêche d’aller vers l’avenir, mais plutôt de se tourner vers le passé. »

Après tout, la France vient bien d’être championne du monde une seconde fois en vingt ans avec un numéro 9 à zéro but et un jeu « à l’italienne ».

Et les autres ?

Le problème de l’attaque ne doit pas se limiter aux trois hommes choisis devant, vrai neuf ou pas. Biraghi a marqué en Pologne, après une déviation d’un vrai neuf Lasagna, invité surprise et entré en jeu. Bonucci et Chiellini le font aussi de la tête. Jorginho a mis le penalty de l’égalisation face à la Pologne à l’aller. Verratti doit aussi passer un cap. Critiqué pour ses absences et ses matches « vides », il doit enfin s’imposer comme un cadre et oser dans le jeu (27 sélections, 1 but). Il semble progresser sur ce point avec Tuchel en ce début de saison. Son match dimanche a été le meilleur depuis bien longtemps en sélection. Barella, Bonaventura ou Pellegrini ont également les qualités pour marquer de loin ou venir se glisser dans la surface pour créer un surnombre.

« Soyons patients avec la Nazionale. Selon moi, l’Italie ne va pas si mal. Il y a de bons joueurs. Bernardeschi, Chiesa, Cristante et Pellegrini me plaisent », a jugé fin septembre le C.T. de 2006 Marcello Lippi à Radio Sportiva.

La partition en Pologne a été la meilleure de l’ère Mancini. La première période contre l’Ukraine avait déjà été satisfaisante. Après 3 nuls et 2 défaites, l’Italie a renoué avec la victoire in-extremis, assuré sa place en division A et même entretenu un mince espoir de se qualifier pour la phase finale de la Nations League. En plus, elle sera tête de série pour les éliminatoires de l’Euro 2020. Le tout avec des sourires et même un brin d’optimisme. Ce trident mouvant est une option concluante qui n’exclut pas le retour d’un vrai neuf. En cours de match ou dès le début, avec Balotelli, Cutrone ou autre. En attendant, les premières briques sont posées. La réception du Portugal le 17 Novembre à San Siro permettra de vérifier l’état du chantier.

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