Mancini, l’éloge du prestige au détriment de la vision ?

Un match nul contre l’Ukraine c’est un match de plus sans victoire pour la Nazionale de Mancini qui cherche à guérir du traumatisme suédois privant les Italiens d’une participation à la Coupe du Monde. Une situation toujours aussi compliquée pour une sélection qui tout au long de son histoire trustait les premières places mondiales et les victoires de prestige. Pire encore, jamais l’Italie n’avait enchaîné 5 rencontres sans gagner à domicile, c’est désormais chose faite. Remettre en question Mancini pour les résultats actuels serait simplement dû à la culture l’instant, pourtant c’est ce que nous allons faire ici, mais pour une raison bien différente.

mancini nn

En débauchant, assez facilement Mancini, la sélection italienne fit le pari de miser sur un nom clinquant afin de faire oublier le triste règne de Gian Piero Ventura, modeste entraîneur et tacticien reconnu qui ne fut pas à la hauteur des attentes. Pourtant, là où d’autres noms ronflant auraient fait quasiment l’unanimité (Ancelotti ou Conte pour ne citer qu’eux) Mancini lui divise. Pour certains, il fait partie de ces grands entraîneurs au CV alléchant, pour d’autres il s’agit là d’un bon manager ou gestionnaire plus que d’un bon coach ou pur entiché de tactique voire pire pour les plus extrêmes estimant que Mancini était celui qui auparavant était au bon endroit au bon moment et que sa chance s’en est allée.

Ici, j’avouerais que oui Mancini n’est pas le plus grand tacticien sur le marché ni le plus grand tacticien italien en activité, mais que non il n’était pas simplement accompagné par la chance. Rendons à César ce qui appartient à César : Mancini a gagné. Et tous les arguments du monde ne pourront lui enlever ses titres, notamment celui de Premier League arraché dans les tous derniers instants dans un moment de pure dramaturgie. Cependant depuis, la sauce ou méthode Mancini ne prend plus comme lors de son époque dorée de la fin des années 2000 – début 2010. On peut alors légitimement se demander : la fédération n’a-t-elle pas privilégiée un choix plus communicationnel que fonctionnel ? Un choix (trop) facile et rassurant plutôt qu’un choix risqué (entendez-là un nom effectivement moins célèbre) où la vision de ce qu’est et doit-être l’Italie aurait primée ?

Car aujourd’hui un autre débat peut diviser, l’Italie doit-elle revenir à sa source en acceptant un talent moindre et pratiquant un football plus fermé, rude et propre aux besogneux, football que certains qualifieraient « d’obsolète » où doit-elle entrer dans l’ère moderne d’un sport qui privilégie bien souvent la verticalité, le jeu offensif qui se voudrait être selon la majorité la façon de jouer la plus attrayante ? Je n’ai évidemment pas la prétention de pouvoir régler cet éternel débat souvent teinté de subjectivité, cependant je peux déplorer le fait que l’Italie ne se décide pas à trancher entre l’un et l’autre, quitte à se tromper. Concernant cette question, choisir Mancini c’est ne rien choisir. Où plutôt, c’est attendre un nouvel effet Conte, un Deux ex machina qui viendrait mettre du baume au cœur des tifosi mais qui ne laisserait, en cas de réussite, aucune trace, aucun aspect sur lequel construire, aucun vestige à la suite du départ de Mancini.

Oui ce dernier compte « utiliser les jeunes » mais cette phrase bateau qui veut que Mancini viendrait assurer la transition entre les dernières reliques d’une génération de champions et de celle qui plus ou moins moyenne doit lui succéder n’est pas là une vision. N’importe quel sélectionneur qui aurait été choisi aurait dû affronter les départs de Buffon, Barzagli ainsi que les prochains (Chiellini en pôle). C’est une réalité qu’ils subissent et non un choix fort. Mais comment valoriser cette nouvelle génération, comment la faire évoluer ? On peut nommer de nombreux coachs aux accomplissements bien inférieurs à ceux de Mancini (mais également supérieurs) qui auraient peut-être été plus intéressants pour une Nazionale qui doit affronter l’une des pires crises générationnelles de son histoire. Simone Inzaghi, Ranieri, Allegri, Gasperini, Sarri, De Zerbi, Conte, Di Francesco, Ancelotti : tous ces coachs ont des visions et conceptions du football bien distinctes mais surtout bien claires dans leurs esprits et perceptibles par toutes et tous.

Bien évidemment tous n’étaient pas libres ou intéressés. Mais tous auraient pu apporter une vision claire de la Nazionale de demain. Une Nazionale conservatrice, une sélection innovatrice, peu importe tant que le plan est clair dans l’esprit du chef. Aujourd’hui Mancini semble prendre les rendez-vous les uns après les autres, tente quelques choses, modifie, gomme, mais effectue aussi des choix qui implicitement dévoilent un manque de vision, je pense là notamment au retour d’un Giovinco qui n’est plus dans la forme de sa vie après ses saisons exceptionnelles en MLS où l’appel en septembre d’un Balotelli en surpoids ayant déserté la reprise de l’entraînement du côté de Nice. Bien sûr Mancini n’est ni le coupable du réservoir italien ni des choix de la fédération, il est simplement coupable de ne pas forcément être l’homme juste, c’est aujourd’hui son seul tort, et il n’est pas de son fait.

La fédération doit élargir sa focale, regarder ce qui se fait de mieux partout ailleurs et surtout trancher. Car l’Italie ne montrera un nouveau visage qu’avec des choix forts, des idées directrices adoptées par tous. L’Italie doit avancer sous peine de connaître encore de terribles désillusions et parfois, seulement parfois, de bien maigres consolations

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