De l’ONU au clip de rap : Les 1001 vies de Kevin Prince Boateng

Si Sassuolo est la sensation du moment, elle le doit en partie à l’une de ses recrues star Kevin Prince Boateng. Le Germano-Ghanéen qui a débarqué cet été en Émilie-Romagne prouve qu’il n’est pas venu pour faire de la figuration et démontre qu’à 31 ans, il est encore capable de rendre quelques services à l’ambitieuse équipe neroverde. Retour sur la carrière d’un homme … indescriptible.

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Le caméléon

Né à Berlin mais originaire du Ghana, pays qu’il a choisi de représenter en sélection, ‘KPB’ est un personnage haut en couleur. Celui que son grand frère surnomme le caméléon, pour sa capacité à s’adapter à tous les environnements, a vécu une carrière à son image : haute en rebondissement. Formé au Herta Berlin puis passé à Tottenham, Dortmund et Portsmouth, le demi-frère de Jérôme Boateng, connaît un début de carrière fulgurant. Mais passons les détails, et avançons directement à l’année 2010. Nouvelle recrue du Milan et quart de finaliste de la Coupe du Monde avec le Ghana, Boateng est alors une star planétaire et une icône pour beaucoup d’africains. Même Nelson Mandela veut rencontrer celui que certains surnomment alors ‘David Black-ham’.

Une rencontre que le joueur de Sassuolo retrace dans une interview au Guardian : « Il m’a attiré vers lui et m’a dit « Ma fille veut vous épouser ». J’ai répondu « Désolé j’ai déjà une petite amie ». Il a dit « Non, non mais j’en ai d’autres, encore plus jolies ». Tout le monde a rigolé. » De son passage à Milan les tifosi rossoneri se souviennent sans aucun doute de son triplé face à Lecce, alors que Milan était mené 3-0, qui permettra finalement aux milanais de s’imposer ou de son splendide but face au FC Barcelone en Ligue des Champions. Mais voilà, avec Boateng, c’est toujours la même chose, on se souvient de quelques coups d’éclats, de quelques gestes fantastiques, mais le reste tombe vite dans l’oubli.

Ange et démon

Malheureusement, les coups d’éclats de Boateng peuvent aussi se transformer en coups de sang. Lors de la Coupe du Monde 2014, il est renvoyé de la sélection du Ghana pour une embrouille avec James Appiah, l’entraineur des Black Stars. Depuis, KPB n’a plus jamais porté le maillot de sa sélection, dont il est pourtant l’un des joueurs les plus talentueux. Renvoyé aussi de Schalke 04, qui le suspend ainsi que Sydney Sam en mai 2015 pour leur manque d’implication dans l’équipe. Le directeur sportif du club de la Ruhr, Horst Heldt, explique « Il n’y a plus de relation de confiance » entre le club et le joueur. Après 6 mois sans jouer, son contrat avec Schalke est finalement rompu et Boateng est libre de rejoindre le Milan avec qui il s’entraînait depuis déjà quelques mois. Ses 6 mois au Milan ressemblent plus à un jubilé d’adieu pour fan nostalgique, qu’à un vrai retour au football. Hors forme après une demi saison hors de terrains, il ne pèse pas vraiment sur les performances des rossoneri qui échouent à une place de l’Europa League derrière … Sassuolo. Il s’engage par la suite avec Las Palmas où il est l’un des hommes clés de la bande à Quique Setién qui surprend tout le monde en Liga, en développant l’un des footballs les plus plaisants de la péninsule ibérique.

Au passage il inscrit aussi un ciseau retourné magnifique, qui viendra surement alimenter les highlights YouTube de sa carrière. Il devient aussi le 6e joueur de l’histoire à marquer un but dans les 4 grands championnats (Espagne, Italie, Allemagne et Angleterre). Ensuite, un petit passage en Allemagne, à l’Eintracht Francfort, l’occasion d’ajouter une coupe d’Allemagne à son maigre palmarès (1 League Cup avec Tottenham, 1 scudetto et une supercoppa avec le Milan et donc une coupe d’Allemagne avec l’Eintracht). Aujourd’hui à Sassuolo, Kevin Prince s’éclate au sein d’une équipe joueuse et qui se plait à jouer les troubles fêtes parmi les grands du football italien. Un retour en Italie motivé par … les pâtes comme il le raconte au quotidien allemand Bild : « En Italie, il y a les pâtes. De très, très bonnes pâtes. Dernièrement je suis allé dans un restaurant et c’était tellement bon que je suis allé dans la cuisine pour embrasser la chef. Un plat aussi bon, ce n’est pas normal. Mais bon, il faut attention à ne pas grossir. » Positionné dans un rôle de 9 et demi qui lui offre beaucoup de liberté pour décrocher et organiser, Boateng semble s’être intégré comme par magie. De quoi rêver à nouveau d’Europe ?

À 31 ans, Kevin Prince Boateng sait pourtant que sa carrière est sur la pente descendante et que le temps des trophées est certainement derrière lui, de quoi laisser quelques regrets ? « Je sais, sans vouloir être arrogant, que j’aurais pu jouer au Real Madrid. Mais je n’ai pas travaillé assez dur pour ça ». disait-il au Rheinische Post l’année dernière. Comme souvent, son talent naturel et sa facilité balle au pied l’ont poussé à délaisser le travail quotidien, ce qui aurait bien pu lui jouer des tours comme ce jour on son agent lui demande s’il aimerait aller au Milan « J’ai dit : « Tu rigoles ? Vraiment ? Bien sûr que veux ». Je suis allé faire la fête. Le lendemain, il m’appelle à 8 heures, je suis encore fatigué. Il me dit « Monte dans la voiture on doit aller les rencontrer » Où ? Milan. Il me dit « Tu t’es entraîné, non ? » Je réponds « Bien sûr », mais c’était un mensonge : je ne m’entraînais pas, je profitais de mes vacances. Il me répond : « Parfait parce que je leur ai dit que tu étais un animal » Oh mon dieu. » raconte-t-il dans cette interview accordée au Guardian. Pourtant, au moment de faire un premier bilan, Boateng semble plutôt satisfait de sa carrière, comme il le confiait à Bild, il a quelques semaines « Je donnerais un bon 7 à ma carrière. À certains moments je me suis approché du 8, mais je suis aussi descendu en-dessous de 5. »

Racisme, ONU et Clip de Rap

Boateng, si vous ne l’aviez pas encore compris, est loin d’être un simple footballeur, c’est aussi un homme engagé. Le racisme a toujours été l’une des luttes du germano-ghanéen, qui a dénoncé à de multiples reprises l’inaction des instances dirigeantes du football sur cette question. Pour se faire entendre il n’hésite pas à taper du poing sur la table. Comme ce jour où il quitte le terrain lors d’un match amical contre Pro Patria à cause de chants racistes émanant des tribunes. Une décision suivie par son capitaine Massimo Ambrosini, et tous ses coéquipiers milanais qui quittent promptement la pelouse. Un événement qui fait grand bruit dans les médias italiens mais qui aura finalement assez peu de conséquences … Un statut de militant qui le mènera même jusqu’au Palais des Nations de l’ONU à Genève, où il prononce un discours sur le racisme aux côtés de Navanethem Pillay, la Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. Oui, oui vous avez bien entendu, Kevin-Prince Boateng à l’ONU, le même homme que l’on voit quelques années plus tard en t-shirt Gucci, montre en diamant au poignet et collier en or autour du coup, assis sur une Mercedes ou bouteille de ‘Jack’ à la main dans une piscine, pour son tout premier clip de rap. Décidément un homme aux mille facettes, mais ça vous l’aviez compris.

Image associée
Kevin Prince Boateng avec Navanethem Pillay, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme

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