Federico Bernardeschi, l’homme en plus de la Juventus

Avec les arrivées de Mattia Perin, Joao Cancelo, Emre Can, Cristiano Ronaldo, ainsi que les retours de Leonardo Bonucci et Leonardo Spinazzola dans les rangs bianconeri, le mercato de la Juventus a été remarquable.  Pourtant, l’apparente arme en plus que semble avoir en sa possession Massimiliano Allegri cette saison se nomme Federico Bernardeschi. Le joueur de 24 ans originaire de Carrara est aujourd’hui arrivé à maturité. Physiquement, tactiquement, techniquement, il a touché en ce début de saison son plus haut niveau depuis qu’il est à la Juve, et très probablement depuis qu’il est professionnel.

Première saison dans le Piémont

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Recruté par les dirigeants turinois pour une somme de 40 millions d’euros, son transfert en terre bianconera avait suscité beaucoup d’enthousiasme à l’été 2016. Pourtant, sa première année sous les couleurs de la Vieille Dame a laissé un goût d’inachevé : d’abord sous-utilisé par un Massimiliano Allegri habitué à intégrer très progressivement ses recrues, des pépins physiques l’ont également empêché d’être à 100% durant la saison. Des hauts et des bas donc, mais une mentalité absolument irréprochable pour l’ancien florentin.

Une première année qui aura cependant été plus bénéfique que ce que peuvent laisser entendre les chiffres. Avec seulement 22 rencontres disputées en Serie A et 5 en Ligue des Champions,  un maigre total de cinq buts toutes compétitions confondues et quelques difficultés à rendre bénéfiques ses bouts de matches, il était difficile d’imaginer la transformation qui s’accomplissait doucement chez le garçon de Carrara. Bien que relégué sur le banc, l’ancien joueur de la Fiorentina semble prendre peu à peu conscience qu’il est en train de changer de dimension. Auteur de son tout premier but en Champions League face à l’Olympiakos, vainqueur des deux premiers trophées de sa carrière – la Coupe d’Italie et le Scudetto – Federico Bernardeschi ronge patiemment son frein en attendant d’être sous le feu des projecteurs.

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Pendant ce temps, le joueur observe, apprend, comprend. Il comprend qu’il est à la Juventus, comprend que les attentes ne sont plus les mêmes et que la concurrence offensive est féroce. Le fait qu’il était très nettement au-dessus du lot à la Viola ne veut dorénavant plus rien dire et, sans travail, il ne sera que de passage à la Juve. Cette culture du travail et de l’effort s’installe en lui toujours plus fortement, notamment grâce au fait qu’il côtoie quotidiennement des monstres sacrés comme Giorgio Chiellini, Gianluigi Buffon ou Andrea Barzagli. Des joueurs dont l’envie de s’améliorer ne s’atténue pas avec les années. Alors, Federico prend ce qu’on lui donne et grandit sportivement et humainement. Ce que Massimiliano Allegri ne manque pas de remarquer.

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Le concept à maîtriser pour comprendre l’évolution de Berna, c’est d’entendre comment un tacticien comme Massimiliano Allegri œuvre pour mettre ses joueurs au service de l’équipe et du collectif. Ce fut le cas avec Alex Sandro lors de son arrivée dans le Piémont, ainsi que pour Paulo Dybala lorsqu’il fut transféré de Palerme. Tous sont logés à la même enseigne : peu importe le talent dont tu disposes, l’important est que tu puisses t’intégrer progressivement dans les rouages de l’équipe et dans sa globalité. Un raisonnement qui semble porter systématiquement ses fruits et qui fait de plusieurs individualités une entité unique.

Frileux avec ses recrues lors des premiers mois, le coach de la Juventus sait pourtant  dans notre cas qu’il a entre les mains un diamant brut. Un joueur qui reste à polir, qu’il faudra adapter à la Juventus, mais qui se révélera forcement utile au cours d’une saison. Lui aussi observe et comprend les qualités de Federico Bernardeschi. Il s’interroge sur son rôle hypothétique dans l’équipe, si ailier ou mezz’ala, et le teste dans plusieurs configurations tactiques et situations de matches. L’entraîneur bianconero couve son joueur durant toute la saison et lui offre des minutes au compte-goutte. L’année se termine en beauté pour le joueur et le coach avec ce doublé Coupe – Championnat. Surtout, les deux hommes semblent prêts à s’entendre footballistiquement : Massimiliano Allegri a compris comment bonifier Bernardeschi, et ce dernier sait dorénavant ce que veut dire évoluer dans un club tel que la Juventus.

L’entame de saison 2018/2019 : le show Bernardeschi

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Après une tournée américaine plus qu’aboutie, le jeune italien débute la saison en tant que douzième homme. Il profite notamment de la méforme de Paulo Dybala pour se placer en tête de liste des joueurs offensifs papables. Entré à la 56ème minute face au Chievo, il sort les bianconeri d’un joli bourbier en inscrivant le but de la victoire à la 93ème minute. Titulaire face à la Lazio, il offre un match plein et réitère sa bonne prestation face à Parme la semaine suivante. Les hiérarchies semblent bousculées dans la tête de Massimiliano Allegri et le match que le numéro 33 fournit à Valence en Ligue des Champions va dans ce sens.

Avant même le début du championnat, le vent semblait en effet tourner en la faveur de Federico Bernardeschi. Le travail de l’ombre de l’ancien de la Fio lors de la saison 2017/2018 s’avère porter ses fruits. Massimiliano Allegri déclarait par exemple en août : « Il a tellement d’enthousiasme et de qualité qu’il peut occuper plusieurs postes : ailier, relayeur, numéro 10… Je compte beaucoup sur lui, il a très envie de bien faire et a énormément progressé. »

Plusieurs points expliquent la nouvelle dimension qu’est en train de prendre Federico Bernardeschi depuis les mots du coach toscan. Le premier, c’est que le joueur a su tirer profit au maximum de sa première saison compliquée sous la tunique blanche et noire. Outre les changements dans le jeu, il semble que l’évolution soit surtout mentale. L’état d’esprit irréprochable du joueur, qui n’a pas fait  de vagues malgré le peu de temps de jeu, n’a pas eu un seul signe de mécontentement au cours de la saison, laisse à penser qu’ il s’est remis en question et a tout fait pour se mettre au service de l’équipe. La victoire et l’efficacité deviennent des idées fixes à la Juventus, et « Berna » est rentré dans le moule.

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C’est ensuite sa transformation physique qui saute aux yeux. Le joueur a pris plusieurs kilos de muscle, est plus bâti, plus puissant physiquement. Ce changement lui permet logiquement d’être beaucoup plus tranchant dans de nombreux compartiments du jeu. L’impact physique qu’a le joueur sur un match n’est plus négligeable, alors qu’il s’agissait auparavant d’un des domaines où il était le moins intéressant. Résultat : plus de duels gagnés, une palette qui s’élargit considérablement et une ultra-présence sur le terrain. Outre l’aspect lié à la masse musculaire du joueur, c’est également sa gestion de l’effort qui a changé. Alors qu’il pouvait être nonchalant à la Fiorentina, ce défaut a été totalement gommé de son jeu. Capable de répéter les courses à haute intensité, de multiplier les allers-retours sur l’aile, beaucoup plus vif et tranchant dans les appels; Federico Bernardeschi semble avoir compris à Turin l’importance d’une condition physique optimale pour exister au plus haut niveau.

Cette nouvelle caractéristique fait de Federico Bernardeschi un joueur plus efficace et concret. En effet, tous les compartiments du jeu sont bonifiés : à la perte du ballon, il est le premier à déclencher le pressing dans sa zone. Il est capable de suivre son adversaire en phase défensive et sait être à la réception des seconds ballons. Offensivement, il est nettement plus disponible, plus mobile, plus présent. Ses courses sont plus variées et ses déplacements moins stéréotypés. De plus, il sait maintenant faire les dix mètres qui lui manquaient auparavant pour se placer dans la surface et être plus décisif, comme nous le démontrent son but face au Chievo et celui face à Frosinone. C’est cette efficacité qui fait à l’heure actuelle de Federico Bernardeschi un titulaire à la Juventus.

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FB33, c’est également l’assurance d’avoir sur le terrain un joueur aux qualités techniques au-dessus de la moyenne. Considéré comme la relève technique de la Nazionale et du football italien, c’est d’abord pour cette raison qu’il a brillé à la Fiorentina. A la Juventus, une équipe où l’individualité passe après le collectif et où la philosophie de Massimiliano Allegri n’amène pas forcément un joueur à mettre sa technique en avant, il est donc essentiel de trouver un équilibre. Il est important d’avoir une technique supérieure à la moyenne uniquement dans le cas où elle amène à des résultats effectifs, substantiels et tangibles.

C’est ce que Federico Bernardeschi cherche à faire dans son jeu de passes. Avec une précision dans les transmissions supérieure à 88% et grâce à ses deux passes clés par match de moyenne, il montre toujours plus souvent son intelligence de jeu et sa technique dans la distribution. Cette facilité à créer des décalages et des situations dangereuses balle au pied est une denrée rare à la Juventus cette saison, notamment du fait de la méforme relative de Paulo Dybala. Sa très bonne vision du jeu est un argument supplémentaire qui explique l’importance croissante de Federico dans l’équipe turinoise. Il a aujourd’hui les qualités pour mettre son jeu de passes au service de la latéralité si chère à Massimiliano Allegri.

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De plus, depuis le début de saison, il est extrêmement efficace en un contre un. Il est capable d’éliminer plusieurs adversaires sur des dribbles courts et est dans la possibilité de créer par cette facette de son jeu la supériorité numérique. Comme abordé précédemment, les mouvements dans l’horizontalité du terrain sont très importants pour l’entraîneur turinois. Par ses dribbles, Federico tend souvent à rentrer vers l’intérieur du rectangle vert pour rechercher son pied gauche et le renversement de jeu. Un point positif pour le joueur face par exemple à l’extrême verticalité du jeu de Douglas Costa et de Juan Cuadrado. Surtout, lorsqu’il dribble, il le fait pour se mettre dans le sens du but et donc à une fin concrète. Bernardeschi tourne depuis le début de la saison à une moyenne de 2.3 dribbles réussis par match et son impact technique sur les rencontres de Serie A et de Champions League est de plus en plus visible.

Tandis que le gaucher était lors de sa première saison à la Juventus un joueur relativement limité dans les facettes de son jeu, il apparaît à l’heure actuelle comme un joueur mûr tactiquement. Sa polyvalence sur le terrain est un atout supplémentaire faisant de lui un homme phare bianconero en ce début de saison. C’est un profil particulier et unique à la Juventus à l’heure actuelle. Pouvant évoluer au milieu de terrain dans un rôle de mezz’ala, comme ailier gauche ou droit dans un 4-3-3 ainsi que dans un 4-2-3-1, comme trequartista… Le match qu’il a livré à Valence en est la preuve ultime : extrêmement habile techniquement, très créatif, il a d’abord su faire les décalages qu’il fallait pour créer du danger. Super mobile, il n’a aucunement donné aux défenseurs de point de référence pour le contenir. Il a évolué autant le long de la ligne qu’à l’intérieur du jeu, demandant parfois le ballon proche du milieu et parfois par des appels qui étiraient l’équipe adverse. Surtout, il s’est sacrifié en phase défensive lorsque cela a été nécessaire en jouant sur la ligne des milieux. Intelligent au pressing, efficace au marquage, véritable guerrier turinois, il a impressionné par sa polyvalence lors de ce match qui symbolise son début de saison tonitruant.

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Un élément ultérieur à prendre en compte est ce début de « bromance » avec Cristiano Ronaldo. Un élément loin d’être un simple détail et loin d’être anodin. En effet, si l’entente semble excellente en dehors du terrain, elle se construit peu à peu sur le rectangle vert.  On sait que CR7 est un joueur qui tout au long de sa carrière a cherché à avoir un relais significatif sur le terrain. Il s’agissait d’abord de Wayne Rooney à Manchester United puis de Karim Benzema au Real Madrid. A Turin, il se pourrait qu’il s’agisse de Federico Bernardeschi. En effet, l’italien a toutes les qualités nécessaires pour s’entendre tout particulièrement avec Cristiano. Qualités techniques au dessus de la moyenne, jeu en petit périmètre, qualités de débordement et de centre… Ce qui apparaît très nettement depuis le début de saison, c’est la volonté de FB33 de rechercher constamment le buteur portugais. Dans le sens inverse, CR7 pourrait apprendre à Federico Bernardeschi à développer son sens du but et le faire bénéficier de son jeu en remise. Une relation donnant-donnant qu’il faudra suivre attentivement cette saison et que Massimiliano Allegri semble vouloir alimenter et fortifier.

Jusqu’où peut-il aller ?

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C’est une question à laquelle il est très difficile de répondre. Mentalement, le joueur semble absolument prêt à faire partie des meilleurs italiens, et plus si affinité. Il semble déterminé à devenir une figure phare du football européen et cela passera par deux facteurs : son rôle à la Juventus et son rôle dans l’équipe nationale italienne.

Pour ce qui est de la Vieille Dame, l’important sera qu’il confirme son très bon début de saison et qu’il réussisse à maintenir la cadence. Le rythme infernal du calendrier turinois avec une soixantaine de matches à jouer dans la saison fera qu’il aura cette année beaucoup de temps de jeu à disposition pour prouver de quelle étoffe il est fait. Déjà auteur de deux buts en Serie A, il doit continuer à être décisif pour devenir définitivement un titulaire aux yeux de Max Allegri. Ce qui est certain, c’est que dans l’imaginaire collectif de très nombreux supporters bianconeri, Federico Bernardeschi est destiné à devenir une bandiera turinoise et à reprendre le flambeau laissé par Alessandro Del Piero. Italien, talentueux, très apprécié des tifosi, le joueur originaire de Carrara devra démontrer qu’il a les épaules suffisamment larges pour aspirer aux tout premiers rôles d’un club aussi prestigieux que la Juventus. Tout comme Alessandro Del Piero était Pinturicchio aux yeux d’Agnelli père, Federico Bernardeschi pourrait se mimer en Brunelleschi aux yeux d’Agnelli fils et participer à la renaissance du football italien.

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La question est cependant encore plus délicate lorsqu’il s’agit de lui donner un rôle dans cette Nazionale en grand déficit d’idées. Au beau milieu des problèmes structurels que l’on ne connaît que trop bien, il sera du rôle de Federico Bernardeschi et de ses compères azzurri de redonner le sourire et de l’espoir à tout le football italien. L’équipe de Roberto Mancini, plus que morose en terme de jeu et de résultats, a besoin de leaders. Avec ce que le numéro 33 démontre depuis le début du championnat, il est aisé d’imaginer que c’est une tâche qu’il pourrait accomplir lors des prochaines années. Il doit devenir un leader technique dans un premier temps, étant l’un des seuls talents supérieurement intéressants de cette génération italienne, mais également un leader de vestiaire. La culture de la gagne, de l’effort et du groupe doit redevenir la norme pour le football italien. Federico Bernardeschi est dans l’un des clubs où ces valeurs sont le plus présentes et a l’énorme fardeau de réussir à inculquer cet esprit à ses coéquipiers de la Nazionale. C’est un rôle qui ne devrait pas être le sien, mais qui à l’heure actuelle, et dans l’état de la Fédération italienne, le sera forcément s’il devient à la Juventus le seul joueur de nationalité italienne à s’imposer au très, très haut niveau. Ce qu’il semble destiné à faire.

 

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