Silvio Berlusconi : le football au service de la politique

Les négociations en sont aux derniers détails et l’officialisation ne saurait tarder, Silvio Berlusconi devrait devenir, ce vendredi, le nouveau propriétaire de la SS Monza 1912, club de Serie C. Ce rachat marque donc le retour dans le milieu du football de l’un des hommes les plus controversés de la vie publique italienne. À cette occasion j’ai donc décidé de vous parler du lien unique entre le football et la politique qui a rythmé la carrière de Silvio Berlusconi, des terrains de football aux couloirs du Parlement.

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Berlusconi en compagnie de ses meilleurs arguments électoraux

4-0 pour Berlusconi

Un club de football n’est pas seulement une association sportive. C’est aussi une institution sociale, culturelle et surtout politique. En Italie, au royaume du Calcio où le football règne sans partage dans le cœur des italiens depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, un lien étroit s’est créé entre politique et football. Alors même qu’il n’est pas un grand fan de ballon rond, Silvio Berlusconi a très vite compris tout ce que pourrait lui apporter un club de football en termes d’exposition médiatique et politique. Il se lance donc dans l’aventure en 1986 (après avoir essayé sans succès de racheter l’Inter Milan) et saisit une occasion en achetant un monument du football en perdition, l’AC Milan, criblé de dettes qui échappe de justesse à la banqueroute. Cet acquisition fera passer le millionnaire italien d’un simple statut de magnat des médias à celui de véritable personnage public et politique.

En effet, les succès sportifs du Milan au début des années 90 (3 Ligues des Champions et 4 scudetti) vont incontestablement participer à l’immense popularité de celui qui n’a cessé d’utiliser son club de foot pour alimenter son image de self-made man. Son redressement éclair du Milan est un des principaux atouts de communication du nouveau-né Forza Italia. Une stratégie de marketing révolutionnaire et remplie de succès car elle lui permet, en 1994, d’accéder à la présidence du conseil des ministres italiens. Le 18 mai 1994 est un jour crucial pour Silvio Berlusconi, son AC Milan remporte la Ligue des Champions face au FC Barcelone tandis que le Sénat italien lui accorde sa confiance, après un vote qui s’annonçait fortement indécis. Ainsi, le Corriere della Sera, un des principaux quotidiens italiens, écrit dans son édition du lendemain « 4-0 et 159 à 153 (en référence aux nombres de votes remportés par Berlusconi), le Barça de Cruyff et le centre-gauche d’Ochetto ont tous les deux étés écrasés. »

« Ce vote est pour Kaka »

Ainsi, tout au long de son passage à Milan, le rythme de la vie sportive va être dicté par celui de la vie politique italienne, au gré des succès et revers électoraux du cavaliere. Le retour au premier du Milan au début des années 2000, après une courte période de crise, et l’achat de grandes stars du football comme Andrea Pirlo (2001), Rivaldo (2002) ou Rui Costa (2001) coïncide avec le retour en grâce de Berlusconi qui sort grand vainqueur des élections de 2001, et devient Premier Ministre pour la deuxième fois. En 2008, alors que le Milan est de retour sur le toit de l’Europe après la victoire d’Athènes un an plus tôt, Berlusconi lance sa campagne électorale en vue de briguer un troisième mandat à la tête de l’Italie. Il se cache alors à peine d’utiliser la rumeur Ronaldinho, en pleine négociation avec le Milan, comme argument de campagne. La star brésilienne finira bien par signer avec le club lombard en juillet 2008, un mois après que Berlusconi ait retrouvé son siège au Palazzo Chigi, le palais de la présidence du Conseil des Ministres Italiens.

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Silvio Berlusconi avec Leonardo, Ricardo Kaka, Ronaldinho, Alexandre Pato et Dida, lors d’une visite officielle du président brésilien Lula

Mais cette intrusion de la vie publique dans les décisions sportives ne s’arrêtent pas là et va jusqu’à influencer la politique de transferts du club rossonero. En janvier 2009, alors que Ricardo Kaka est en pleine négociation avec Manchester City qui offre 100 millions de livres pour le milieu offensif brésilien, les conseillers politiques de Berlusconi le pressent d’opposer son veto à ce transfert car ils estiment que cela lui coûterait beaucoup de voix en vues des élections européennes qui s’annoncent. D’ailleurs, la vente de Kaka au Real Madrid, qui arrivera six mois plus tard, n’est officialisé que le 8 juin, soit le lendemain de la fermeture des urnes, pour éviter toutes répercussions politiques. Selon certaines rumeurs rapportées par Il Messaggero, Berlusconi aurait commenté à propos de cette vente « elle me coûtera 2% dans les urnes. » D’ailleurs Guido Podestà, candidat de la coalition menée par Berlusconi pour les élections provinciales de Milan qui se tiennent un mois plus tard, voit ses intentions de vote dégringoler dans les sondages après l’officialisation du transfert. Il remportera finalement l’élection, mais plus de 3 000 bulletins de votes furent non-comptabilisés car les supporters milanais, furieux, y avaient inscrit « ce vote est pour Kaka ». Des histoires comme celle-ci, il y en a des dizaines, plus ou moins crédibles, mais elles rendent bien compte du lien unique qui exista entre le Milan et la politique tout au long de la présidence de Berlusconi. Une relation tellement importante que Franco Pavoncello, doyen de l’université John Cabot de Rome déclarait en 2010 à CNN : « Il n’est pas sûr que Berlusconi serait Premier Ministre s’il n’avait pas ce lien avec le Milan. »

Le grand retour du Cavaliere

Grand outil de l’ascension politique fulgurante du Cavaliere, l’AC Milan finira par subir le même déclin que son propriétaire. Entaché par les scandales et balayé par le Partito Democratico (la gauche italienne), Berlusconi se retire peu à peu de la vie politique italienne à partir de 2013, tandis que son club entame une longue période de déclin sportif. Frappé d’inéligibilité, l’ancien président du Conseil des Ministres, montre de moins en moins d’intérêt pour le football et baisse considérablement ses investissements dans le club milanais. Le divorce entre Berlusconi et le Milan est finalement acté à l’été 2017 avec la vente du club à des investisseurs chinois : la fin d’une belle histoire.

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Poignée de main historique entre Silvio Berlusconi et Yonghong Li qui marque la fin de l’ère Berlusconi au Milan

Mais Silvio Berlusconi est loin d’avoir dit son dernier mot. Vendredi il devrait donc officiellement devenir propriétaire de la SS Monza 1912. Le Cavaliere possèdera ainsi la grande majorité des parts du club qui appartenaient auparavant à la famille Colombo. Un retour dans le milieu du football qui coïncide étrangement avec son retour au premier plan de la vie politique italienne. De nouveau éligible depuis mai 2018, après une série de démêlés judiciaires, Berlusconi ne semble pas prêt d’abandonner la politique, lui qui occupe toujours la tête du parti Forza Italia. Si ses intentions politiques ne sont pas encore claires, personne ne doute que Berlusconi se prépare pour une nouvelle bataille électorale et que le club de Monza sera son nouveau cheval de bataille. En effet, l’acquisition d’un club de foot, en plus d’être la garantie d’une exposition médiatique et aussi l’occasion de redorer son image, entachée par les innombrables scandales de ces dix dernières années. De plus le choix du club de Monza,  une ville hautement stratégique dans les campagnes électorales, apparait être tout sauf un hasard … Mesdames et messieurs, attention vos yeux, Berlusconi est de retour !

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