Gabriele Volpi « Le blanc le plus riche d’Afrique »

Le Spezia Calcio, unique club professionnel de la ville de La Spezia. Une équipe aux allures charmantes venant d’accueillir Pasquale Marino (ex-coach de l’Udinese) et Antonio Di Natale (comme collaborateur technique) dans ses rangs, s’entraînant dans des locaux vétustes de la petite commune de Piano di Follo à 15 minutes de La Spezia jolie ville portuaire et chef-lieu de la province du même nom. Un coin offrant un cadre de vie de rêve à ses joueurs. En effet, si la région est belle, offrant la mer, la plage, la ville mais aussi la montagne à ses habitants et donc aux joueurs, les locaux eux, ne peuvent laisser imaginer une seule seconde que le club appartient à celui que l’on surnomme « le blanc le plus riche d’Afrique ».

Le 4 août 2008, il y a 10 ans déjà, Gabriele Volpi milliardaire italien ou plutôt italo-nigérian rachetait le Spezia Calcio au bord de la faillite (comme de très nombreux clubs en Italie chaque année), en une seule petite heure. A l’époque le club est en Serie C2, soit la quatrième division. Après 4 ans sous l’ère Volpi, le club de Ligurie est plus « sain » que jamais et atteint la Serie B. Sain est évidemment un terme difficilement employable lorsque l’on connaît le personnage en question.

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Gabriele Volpi, multi-milliardaire

Un businessman controversé

Depuis 1976 Volpi a en fait bâti un empire de logistique pétrolière et gazière en Afrique, plus précisément au Nigeria et en Angola du nom de Orlean Invest West African. Il possède un tissu de nombreuses entreprises difficiles à chiffrer (mais estimées à + de 40) tant elles sont toutes implantées dans divers paradis fiscaux. Gabriele Volpi est d’ailleurs associé à Atiku Abubakar, ex vice-président du Nigeria qui en juillet dernier annonçait être candidat à la présidentielle de 2019, une élection qui pourrait très certainement arranger les affaires de l’italo-nigérian dans sa seconde patrie. Notamment car Atiku Abubakar est officiellement un allié du président en fonction :  Muhammadu Bari qui à l’automne dernier avait pourtant la volonté de « mettre fin à un accord de supervision, de pilotage et de suivi des navires que l’Administration portuaire du Nigeria avait conclu en 1999 avec le Intels Nigeria limited. (l’une des sociétés appartenant à Volpi) » selon la Nazione.

Qui plus est d’après la presse locale, la rupture de cet accord pourrait entraîner la perte de plusieurs millions de dollars pour le groupe logistique pétrolier qui détient le monopole des activités portuaires au Nigéria. S’il possède un business en Angola et au Nigeria ce n’est certainement pas par hasard, déjà l’Afrique possède énormément de ressources et ces deux pays sont particulièrement dans le collimateur de Transparency International qui dans son classement annuel des états les plus atteints par la corruption faisait respectivement d’eux les 148 ème et 167 ème sur 180 en 2017. La 180 ème place faisant office de pays le plus corrompu, et la première place de plus « clean » (place occupée par la Nouvelle Zélande). La corruption et les affaires dans lesquelles sont trempées les mains de Volpi sont d’ailleurs très nombreuses. C’est pour cela qu’il est encore difficile aujourd’hui de parler de situation saine lorsque l’on évoque le Spezia Calcio.

Car avant d’investir dans le football, Gabriele Volpi était dans le water-polo avec le Pro Recco (où il évolua comme joueur dans les années 60), club de sa ville natale qui remportait tous les trophées possibles et imaginables sur la scène nationale et européenne. Une domination sans égal à tel point que la Juventus actuelle en serait envieuse. Et bien malgré un statut de meilleure équipe au monde dans le domaine, la justice en 2014 a rattrapé l’homme d’affaires qui était d’accusé d’avoir payé des joueurs au noir ainsi que pour de nombreuses irrégularités dans les documents comptables. Mais ce n’est pas tout  le bureau du procureur de Côme a demandé que des poursuites soient engagées contre le propriétaire de Pro Recco et du Spezia Calcio pour blanchiment d’argent. Le procureurs de Côme  Nicola Piacente et Mariano Fadda ainsi que le Garde des Finances l’accusent en fait d’avoir fait entrer de l’argent en Italie qui sont le fruit de « crimes » tels que la corruption de fonctionnaires nigérians ou le commerce de pierres précieuses. Au delà des activités qu’il entretien hors de la Botte, Volpi est également le deuxième actionnaire de Banca Carige une banque basée à Gênes et promoteur de projets immobiliers en Ligurie.

Le réseau sportif

Pour en revenir au football, Volpi a massivement investi dans le Spezia Calcio afin de permettre à ceux que l’on nomme les Aquile de monter en Serie A. Ce qui est pour l’instant un échec tant le club bianconero bute souvent dans le sprint final des plays-off. En effet, il manque encore ce petit plus au club Ligure qui lui permettra de monter dans l’élite. Pour l’instant, malgré les années qui défilent, le club se maintient globalement dans le haut de tableau de Serie B. L’homme d’affaires a multiplié les investissements, que ce soit dans le club italien ainsi que dans la constitution d’un réseau footballistique. En effet le Spezia Calcio n’est pas le seul club sous l’emprise de Gabriele Volpi.

Ce dernier a en fait, via une fondation néerlandaise lui appartenant du nom de Social Sport, mis sur pied l’Académie de football de Abuja, capitale fédérale du Nigeria. D’où proviennent notamment plusieurs joueurs nigérians tels que Suleiman Abdullahi (à La Spezia aujourd’hui) ainsi que Abdullahi Nura et Umar Sadiq, tout deux désormais propriétés de la Roma qui a déboursé 5 millions d’euros pour les voir débarquer dans la capitale. En plus de ça en 2012, l’homme d’affaires a ajouté un autre pôle à son réseau. Il a en effet racheté, en compagnie de Damir Mišković, le HNK Rijeka alors lourdement endetté. Un achat qui n’est pas sans rappeler celui qu’ambitionne de faire Aurelio De Laurentiis, président du Napoli, ayant déjà publiquement déclaré son intérêt pour l’Hajduk Split.

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Abdullahi Nura et Umar Sadiq peu avant de signer pour la Roma

Depuis les transactions entre les deux clubs sont devenues monnaie courante. En 2014-2015 par exemple : Zoran Kvržić, Antonini Čulina, Niko Datković, Mato Miloš, Josip Brezovec, Dario Čanađija furent tous prêtés par Rijeka au Spezia Calcio pour le plus grand bonheur du coach de l’époque Nenad Bjelica.. lui aussi Croate. Des mouvements dont se souvient Ivan Žeželj, journaliste sportif croate :

« Ce n’était pas mal perçu par les fans, car aucun des joueurs n’étaient importants pour l’équipe première. Seul Josip Brezovec était éventuellement destiné à devenir un joueur de l’équipe première, mais les autres étaient des remplaçants. Ce n’était pas dérangeant, les fans ne s’en préoccupaient pas du tout. » 

Depuis, ces cadeaux amicaux se sont un peu raréfiés entre les deux clubs mais existent toujours. Par exemple, Damjan Djokovic qui fût acheté à Greuther Fürth en janvier 2017 par le Spezia Calcio fut transféré « librement » 6 mois plus tard à.. Rijeka ! Toutes les transactions entre les deux clubs sont, ou gratuites ou peu coûteuses. Le but évident étant de mettre les joueurs en valeur afin d’effectuer quelques avantageuses plus-values.

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Damir Mišković

En décembre 2017, Damir Mišković annonçait avoir racheté les parts du HNK Rijeka que détenait Gabriele Volpi. Le prix n’a étrangement jamais fuité, officiellement pour cause de confidentialité mais nul doute que l’italien a toujours ses intérêts au club car Damir Mišković travaille depuis des années avec Volpi et est actuellement directeur exécutif de la holding Orlean Invest appartenant à ce dernier. Cependant le club n’est pas en grande santé financière à cette heure-ci, c’est en tout cas ce que nous confirme Ivan Žeželj « Rijeka qui appartient désormais à Mišković n’est pas en bon état. Le club doit gagner 12 millions d’euros par an pour survivre.  Ce qui signifie vendre au moins un grand joueur par été/hiver. Le club vend pour survivre et achète des joueurs bons marchés, talentueux si possible. »

En fait, tout le réseau sportif est contrôlé par la fondation Social Sport à laquelle Volpi verse par le biais de la holding Orlean Invest 2% de ses revenus annuels (estimés à plus ou moins 5 milliards d’euros selon Il Giornale). Dans ce réseau footballistique, Gabriele Volpi est également accusé de détenir l’Hellas Verona, chose qu’il a toujours fermement démenti. En tout cas une chose est certaine, sa proximité avec le club de Verona est réelle. Tout d’abord avec le patron officiel Maurizio Setti avec qui il est lié contractuellement.

Il existe effectivement un document daté du 19 octobre 2015 qui concerne un emprunt obligataire de 10 millions d’euros entre HV7, la société avec laquelle Setti détient l’Hellas, et San Rocco Immobiliare, l’une des nombreuses sociétés de Volpi. L’hypothèse a toujours été démentie par les deux intéressés qui évoquent un prêt ne concernant qu’eux et non le club de Verona. Cependant le média L’Espresso qui a obtenu l’accès au dit document, prétend que les termes du contrats démentent ces propos. Le document dit précisément que « Les ressources financières provenant de l’emprunt obligataire en question devront être allouées au soutien financier de l’Hellas Verona » selon le média italien. Ce qui prouve que Volpi a bel et bien aidé financièrement l’Hellas Verona en ayant pleinement conscience de son geste.

Vous souvenez-vous de Juan Manuel Iturbe ? Cet ailier argentino-paraguayen qui avait fait le bonheur de l’Hellas et ses tifosi aux côtés de Luca Toni en 2013-2014 ? Ce même ailier qui appartenait à Porto et que l’Hellas, suite à cette fantastique saison, avait acheté au prix d’or de 15 millions d’euros pour s’attacher les services du joueur juste avant de le revendre 22 millions quelques semaines plus tard  à l’AS Roma. Là aussi, Gabriele Volpi est trempé. En fait à l’époque, toujours selon l’Espresso, le joueur appartenait à 3 entreprises différentes. Tout d’abord le FC Porto, le club dans lequel il évoluait, mais également au Lusitan Fund Soccer Invest et le groupe anglais Pencilhill qui lui était l’actionnaire majoritaire et dont Gustavo Mascardi était représentant.

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Juan Manuel Iturbe aux côtés de Rudi Garcia

Dans cette affaire, Gabriele Volpi a également touché une somme comme le dévoile l’Espresso. Car le média italien était en possession de documents d’une société offshore panaméenne (Delta Limited) qui démontrait que l’homme d’affaires italien était finalement détenteur d’une option sur l’international paraguayen. En fait la société Delta Limited a reçu le droit d’obtenir 20% de la somme que touchera la Roma lorsqu’elle vendra ou prêtera le joueur de la part de Lastcard une autre société représentée par Gustavo Mascardi.  Un petit jeu vicieux qui nous permet de mieux comprendre l’intérêt de Gabriele Volpi dans le football. Le jeu des plus-values est en fait un nouveau moyen pour l’Italien de 75 ans de s’enrichir encore un peu plus.

Gabriele Volpi toujours à flots

Dans le cadre de l’affaire Iturbe qui a vu Gustavo Mascardi et Gabriele Volpi travailler ensemble, l’Italien a même effectué un petit présent à Lionel Messi, ami proche de Mascardi qui fut auparavant également l’agent de Dybala. Ce petit présent c’est en fait un yacht. Trois fois rien.

Ce n’est d’ailleurs pas la seule histoire qui voit le nom de Volpi associé à un yacht. En 2014 Bernard Tapie, le célèbre homme d’affaires français au moins aussi controversé que l’Italien, mettait son yacht le Reborn en vente pour 44 millions d’euros afin d’éponger ses dettes (deux emprunts lui permettant de racheter 80% de La Provence). Qui était l’acheteur ? Evidemment, c’était l’italo-nigerian. Cependant l’achat à l’époque était proche de capoter. Car l’acheteur n’était pas exactement Volpi mais l’une de ses sociétés offshores. Gabriele Volpi bien connu pour ses nombreuses actions illégales aurait fait douter la banque qui aurait simplement craint d’être complice de blanchiment d’argent selon les mots de Libération qui émettait une hypothèse mais ne l’affirmait pas. Finalement la vente s’est bien conclue et Volpi peut profiter de son yacht lorsqu’il ne le loue pas au prix de 500.000 euros la semaine.

Autant dire que Volpi a de beaux jours devant lui, mais que ces nombreuses histoires nous obligent à rester méfiants quant à la situation du Spezia Calcio car si le club est actuellement sain, son propriétaire lui, qui prétend pourtant investir dans le football par pure charité n’est visiblement pas un saint.

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