Adriano : l’empereur déchu

Adriano Leite Ribeiro, plus communément appelé Adriano, ou l’empereur. Que vous suiviez ou non le football italien, ce nom ne vous est forcément pas étranger. Figure mythique du football des années 2000, il a pourtant connu un destin tragique que j’ai choisi de vous raconter dans ce nouveau portrait.

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Le nouveau Ronaldo

« Nous jouions un match amical contre le Real, et il marque un but magnifique et je me dis « Nous avons trouvé le nouveau Ronaldo ». Il avait tout : la force, la technique, le dribble, la vitesse, la frappe, le jeu de tête. » Ces paroles, signées Javier Zanetti, montrent toute l’ampleur du talent d’Adriano et les espoirs que beaucoup nourrissaient à son arrivée en Europe. Un autre de ses coéquipiers, Zlatan Ibrahimovic, pourtant assez avare en compliment, n’a, lui non plus, pas manqué d’encenser son ancien partenaire brésilien au moment d’évoquer les joueurs les plus forts avec lesquels il a évolué : « J’ai joué avec de grands champions. Mais celui que je sentais vraiment au-dessus c’était Adriano. La première chose que j’ai demandée au président de l’Inter à l’époque, c’est de le garder. C’était impossible de le tacler, de lui prendre le ballon, c’était un vrai animal. »

L’histoire d’Adriano c’est celle d’un talent irrésistible, précoce qui va propulser le très jeune brésilien au rang de star du football mondial, alors qu’il dépasse à peine la vingtaine. Tout s’enchaîne très pour le garçon formé à Flamengo. Un titre de champion du Monde U17 avec le Brésil, un transfert à l’Inter pour 14 millions d’euros (une sacrée somme à l’époque), un titre et un trophée de meilleur buteur lors de la Copa America 2004, puis un  nouveau trophée de meilleur buteur et de meilleur joueur de la Coupe des Confédérations 2005, remportée par le Brésil. Adoubé par tous comme le nouveau Ronaldo, il semble être promis à une carrière remplie de gloire. Adriano est alors une star, et devient la tête d’affiche du jeu Pro Evolution Soccer 6, licence dont il va marquer l’histoire par ses statistiques stratosphériques.

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Monsieur 99 en puissance de frappe

Le téléphone pleure

Pourtant, le 3 août 2004, tout s’écroule dans la vie d’Adriano. Javier Zanetti, spectateur impuissant de ce triste spectacle retrace cette journée : « Un jour il a reçu un appel du Brésil pour l’informer de la mort de son père, il a jeté le téléphone et s’est mis à hurler, vous ne pouvez même pas imaginer ce cri … j’en ai encore des frissons rien que d’y penser. À partir de ce moment le président Moratti et moi-même, l’avons traité comme notre petit frère et il a continué à jouer et à dédicacer ses buts à son père. Mais ce n’était plus le même. Ivan Cordoba (ancien défenseur de l’Inter, ndlr) a passé une nuit entière à essayer de lui faire comprendre qu’il était un mélange entre Ronaldo et Ibrahimovic et qu’il aurait pu devenir le meilleur du monde. Mais il était en dépression et il n’y avait aucun moyen de l’en sortir. C’est probablement le plus grand échec de ma carrière, ça me fait encore mal parce que je voulais l’aider mais il n’y a rien que je pouvais faire. » Un événement tragique qui va progressivement le faire basculer dans la dépression et l’alcoolisme.

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Le ‘grand frère’ Javier Zanetti n’a malheureusement jamais pu enrayer la terrible dépression de son coéquipier brésilien

La suite, personne ne la raconte mieux qu’Adriano lui même : « Sa mort m’a détruit. Je me sentais seul. Je ne trouvais le bonheur qu’en buvant. Je le faisais tous les soirs. J’ai énormément souffert à cette période. J’étais triste et déprimé en Italie. J’ai donc commencé à boire. C’était la seule chose qui me rendait heureux. Je buvais de tout : du whisky, du vin, de la vodka, de la bière… Surtout de la bière, beaucoup de bière. Je ne pouvais plus m’arrêter.  Aux entraînements j’arrivais toujours ivre.  L’Inter m’a couvert en disant à la presse que j’étais blessé et que j’avais des problèmes physiques. Et j’ai réalisé aussi que c’était mon entourage qui posait problème. Mes amis ne m’ont jamais aidé. Ils m’ont toujours emmené dans des fêtes avec des femmes et de l’alcool. De retour au Brésil, j’ai abandonné des millions mais j’ai retrouvé le bonheur. » En mai 2009, il demande à être libéré de son contrat, qui court jusqu’en juin 2010 afin de retourner au Brésil. Les dirigeants de l’Inter, conscients que leur star brésilienne n’est plus que l’ombre de lui même acceptent. Ce premier retour dans sa terre natale s’avère plutôt fructueux pour Adriano qui remporte le championnat brésilien et le titre de meilleur buteur avec son club formateur de Flamengo. Mais après un retour en grâce, l’Imperatore fait l’erreur de revenir en Europe, et plus précisément à la Roma, où son expérience va s’avérer désastreuse.

La chute de l’empereur

Ses highlights avec la Roma se résument à huit matchs, zéro but, un retrait de permis pour conduite en état d’ébriété et trois blessures. Assez pour venir à bout de la patience des dirigeants romains qui licencient l’attaquant après seulement 10 mois passés dans la capitale. S’ensuivent, un passage aux Corinthians, où il ne joue que 4 matchs, puis un retour raté à Flamengo avec qui il ne dispute pas la moindre minute. Ensuite quelques mois avec l’Atletico Paranense, où il prend part à ses 3 derniers matchs professionnels. Et enfin Miami United, en 4ème division américaine, où il dispute quelques matchs avant d’être libéré au bout de 6 mois. Lui qui était convoité par les plus grands clubs se voit maintenant obligé de proposer ses services à des clubs de rang secondaire, dans l’espoir de décrocher un nouveau contrat. Dernier en date, le club de Sao Bento, situé dans la banlieue de Sao Paulo, et évolue en division 2 brésilienne. Adriano avait contacté les dirigeants via son agent avant que l’entraîneur du club n’oppose son veto à sa venue. Finalement, Adriano semble avoir abandonné le football et est retourné d’où il venait, dans les favelas de Rio. Lui, qui a connu les fastes du football professionnel, des salaires à 7 chiffres est retourné dans la rue, dans les quartiers qui l’ont vu grandir. Des photos de lui dans les favelas de Rio ou arme à la main aux côtés de mafieux sont sorties dans les médias et certaines rumeurs (plus ou moins crédibles) avancent que l’ex-star du football brésilien travaillerait maintenant pour un gang carioca, afin d’assurer sa sécurité et celle de sa famille.

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Pas exactement le genre de photos qu’on est habitué à voir de la part d’un footballeur 

Éternels regrets

Au final, que nous restera-t-il d’Adriano ? Quelques buts mémorables (voir la vidéo ci-dessous) et beaucoup de regrets, ceux d’une carrière et d’un destin brisé par des évènements extérieurs, un mauvais entourage et des mauvais choix. Ces regrets, sont unanimement partagés par les supporters nerazzurri, conscients qu’ils sont passés à côté de l’un des plus grands talents de sa génération, comme nous l’explique Quentin, supporter belge de l’Inter, abonné à San Siro : « Quand je pense à Adriano il y a deux choses qui me viennent en tête, dans un premier temps le talent, c’est un des joueurs les plus incroyables qu’on ait vu passer, il était capable de tout avec son pied gauche. L’autre chose à laquelle je pense c’est le gâchis, parce que la carrière qu’il a eue et ce qu’il nous a apporté est très faible proportionnellement à son talent. » Même discours du côté de Cédric Canale, journaliste et rédacteur pour FrSerieA, qui résume parfaitement : « Un attaquant de classe qui a fait 30% de la carrière que son talent lui permettait… ». 

L’empereur est éternel …

Remerciements : un grand merci à Quentin (@qs009 ) et Cédric (@CedricCanale ) pour leurs précieux témoignages 

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