Mauro Icardi va enfin voir les étoiles

« E quindi uscimmo a riveder le stelle » – Et dès lors, nous sortîmes revoir les étoiles – est le dernier vers de l’Enfer, la première des trois parties de la « Divine Comédie » de Dante Alighieri. Après avoir traversé le boyau naturel qui relie l’Enfer à la plage du vestibule de l’Enfer, Dante et Virgile admirent le ciel étoilé de l’autre hémisphère : « Un pur bonheur du regard ». Une phrase ayant inspiré la campagne d’abonnement de la saison de l’Inter au slogan éloquent: A riveder le Stelle. Oui, les Nerazzurri vont revoir les étoiles de la Ligue des Champions ce mardi soir (18h55) à San Siro après six saisons d’attente et une élimination sans gloire en 8e de finale en 2012 contre Marseille.

Une entrée dans la compétition particulièrement attendue par Mauro Icardi. A 25 ans, l’attaquant argentin va enfin se frotter aux sommets européens. L’occasion pour lui de régler un débat lancinant sur sa place dans la hiérarchie des buteurs contemporains.

À ce sujet, le week-end de Serie A a été cruel pour le capitaine interiste. Durant cette trêve internationale de septembre, la presse italienne a pointé une anomalie : Ronaldo, Higuain et Icardi, annoncés comme trois des candidats au titre de meilleur buteur de Serie A, n’avaient toujours pas trouvé le chemin des filets après trois journées. Dimanche, CR7 s’est offert un doublé contre Sassuolo (2-1), Pipita a marqué à Cagliari (1-1). Et Maurito? Muet face à Parme samedi après-midi. Revenu jeudi des États-Unis, il est entré à la pause (remplaçant pour la première fois depuis janvier 2016) alors que les Nerazzurri ne trouvaient pas la solution. Il n’a pas changé le scénario. 9 ballons touchés et une occasion gâchée. Maigre…

L’Inter s’est même inclinée (0-1) sur une frappe de Dimarco, produit de la formation interiste et trimballé chaque été dans un nouveau club. Une deuxième défaite en quatre journées qui fait désordre pour un candidat au podium, surtout juste avant de retrouver la Ligue des Champions…

Le néant en Europe…

Justement, samedi matin, la Gazzetta dello sport, dans son supplément hebdomadaire Sportweek, a comparé le bomber de l’Inter (qui affichait son torse tatoué en Une) avec les références en Europe. Les dix meilleurs en course lors de cette C1, écartant notamment Dzeko et Lukaku de la liste. Et cette question, Icardi est-il un buteur de Champions? A la lecture, outre des profils variés et souvent plus complets que l’Argentin, Suarez, Falcao, Agüero, Lewandoski, Cavani, Costa, Kane, Firmino, Benzema, sans parler de Ronaldo (meilleur buteur de l’histoire), ont tous un bilan positif (voir le tableau en fin d’article). Cette absence en Ligue des Champions est souvent reprochée à Icardi. Cependant, Harry Kane, Roberto Firmino et Romelu Lukaku, de sa génération, étaient aussi inexistants ou presque sur la prestigieuse scène européenne il y a un an. Ils ont inscrit respectivement 7, 10 et 5 buts la saison passée pour vraiment s’installer dans le paysage.

Autre point, le jeu. Icardi est un attaquant à l’ancienne, qui a besoin d’un collectif qui tourne autour de lui, qui travaille pour le servir dans la surface où il est souvent chirurgical. Installé seul en pointe depuis des années, il décroche peu, touche en moyenne une vingtaine de ballons dans le match.

… mais au paradis en Serie A

Seulement, en championnat, les chiffres parlent pour lui : 110 buts en 193 rencontres de Serie A. L’Argentin fait le bonheur des Lombards depuis 2013. Il a été l’artisan majeur de la 4ème place avec 29 buts la saison passée, capocannoniere avec Ciro Immobile. Le Laziale partage d’ailleurs ce manque de reconnaissance hors de la Botte (4 buts en 10 matches de C1 et 7 buts en 33 sélections). Coupes comprises, Icardi a même inscrit 107 buts en 185 parties sous le maillot interiste. Dont 6 en 15 rencontres d’Europa League, son seul vécu continental, sur deux saisons.

Le numéro 9 souffre dans son parcours de la perte de rayonnement de l’Inter. Après six ans de diètes, les Nerazzurri sont donc à nouveau invités à la table des grands. Et le buffet est royal. Barcelone (5 Ligues des champions), PSV Eindovein (1 coupe des champions et 1 coupe de l’UEFA) et Tottenham (1 Coupe des coupes et 2 coupes UEFA).

L’Internazionale, trois Coupes aux Grandes oreilles dans ses vitrines et dernier vainqueur italien de la Champions League, en 2010, la saison du Triplete. Une éternité. Depuis, le club a changé de propriétaire: Moratti a cédé son fauteuil à Thohir en 2013, après 18 années de gestion. L’Indonésien a vendu, en 2016, 70% de ses parts au groupe chinois Suning, tout en gardant (au moins jusqu’à octobre prochain) la présidence. Le club est en restructuration, les déficits sont en réduction, les sanctions du fair-play financier devraient s’arrêter en juin 2019, les recettes ont ainsi doublé en un an sous l’impulsion de la holding de Zhang Jindong.

Mais une chose est stable sur ces derniers exercices : Mauro Icardi est l’étoile intériste. Il culmine en tête des ventes de maillots, même si Radja Nainggolan est venu le concurrencer cet été. Leur relation, à peaufiner, est censée être au cœur du jeu offensif de Spalletti. Le Belge, ardemment désiré par le technicien toscan, est le plus expérimenté de l’effectif en Champions League (24 parties). Un peu de vécu acheté cet été (aussi 21 matches pour Asamoah, 12 pour Vrsaljko, 6 pour Keita).

Au purgatoire en Argentine

Mauro Icardi est-il prêt à passer ce dernier palier cette saison? Son entame discrète intrigue alors que tout semblait réuni pour qu’il soit en forme. Un été à se reposer, une préparation suivie (juste quelques alertes musculaires) et il n’a pas agité le mercato, malgré une clause de départ jusqu’à mi-juillet à 110 millions qui aurait pu ouvrir l’appétit du Real Madrid ou de la Premier League. Son épouse-agent Wanda Nara négocie même une prolongation de contrat (pour passer de 5 à 7 ou 8 millions par saison jusqu’en 2023).

Résultat, on l’a vu, aucun but en 3 matches (225 minutes). Son pire début de championnat depuis qu’il joue en Italie. Il a même manqué le seul succès de la Beanamata à cause d’une fatigue musculaire avant la partie à Bologne (0-3, le 1er septembre).

Dans la foulée, il a aussi été dispensé du premier match de l’Argentine (3-0 contre le Honduras) puis a disputé 85 minutes face à la Colombie (0-0, 12 septembre). Une cinquième sélection en cinq ans et toujours pas de but avec l’Albiceleste, l’autre bémol de sa carrière. Il a carrément été “oublié” de 2013 à 2017, payant notamment sa relation avec l’ex femme de Maxi López, qui a fait polémique. Il s’était même fait tatouer sur le bras les prénoms des trois enfants que Wanda Nara a eu avec Lopez. Les compatriotes qui avaient partagé l’attaque de la Sampdoria en 2012-2013. Chacun a changé de club pendant l’été. Puis un tweet en octobre 2013 où Icardi avait déclaré publiquement sa flamme pour la modèle…

Depuis, ils affichent un parfait amour et ont eu deux enfants. « Ma relation avec Wanda n’est un sujet qu’en Argentine, s’était plaint l’attaquant en 2016. En Italie, il y a déjà trois ans que si on parle de moi, c’est pour ce que je fais sur le terrain. En Argentine, ils cherchent la merde… Ils ne disent pas : « Regarde ce jeune qui met tant de buts ! », ils disent : « Regarde, c’est celui qui est avec Wanda Nara… Celui qui a foutu la merde en volant la fiancée de son ami. » » Pas totalement parano Mauro. Exemple avec Diego Maradona qui n’a cessé de l’attaquer avec des sorties du genre : “ Je ne parle pas des traîtres.”

Ainsi, malgré sa meilleure saison, il n’a pas été retenu pour le Mondial 2018 en Russie par Sampaoli. Cette fois, il aurait surtout payé son style de jeu qui ne conviendrait pas Lionel Messi… Pourtant, Icardi, natif de Rosario comme Leo, a passé une partie de sa formation à Barcelone et grandit en Espagne. Sa famille avait quitté l’Argentine en crise économique pour les Canaries en 2002, alors qu’il avait 9 ans. Maurito a flambé avec les jeunes de Vincidario pendant six ans au point d’être repéré par le Barça et intégré à la Masia. 38 buts en deux saisons avec la canterà blaugrana.

Mais en janvier 2011 Guardiola, qui ne lui avait pas donné sa chance, a accepté sa cession à la Sampdoria. L’Argentin, aux origines piémontaise, ne fera qu’un bref passage dans la Primavera génoise. Il finira la saison en première. Deux matches de Serie B puis la révélation en Serie A en 2012-2013 avec 10 buts, à tout juste 20 ans. L’Inter aura du flair (ce qui n’a pas souvent été le cas à cette époque) et déboursera 13 millions d’euros pour l’acquérir. Un premier but en nerazzurro lord du derby d’Italia pour marquer les esprits (1-1 à Mezzza le 14/09/2013).

Surtout 22 réalisations la saison suivante (meilleur buteur avec Luca Toni) et le brassard lors de l’été 2015, à 22 ans. Une jolie prolongation lors de l’été 2016 et cette déclaration : “Mon désir est de faire une carrière à l’image de celle de Javier Zanetti, Francesco Totti ou Paolo Maldini. Mais je ne peux rien promettre… » Habile.

L’enfer en 2016 avec les tifosi nerazzurri

S’il est aujourd’hui le joueur le plus applaudi au Meazza, tout n’a pourtant pas été rose entre Icardi et les supporters. En octobre 2016, le divorce semblait même consommé. Dans son autobiographie, “Toujours de l’avant”, sortie à… 23 ans, l’avant centre a raconté un incident qui l’aurait opposé à l’un des chefs de la curva nord de San Siro, le 1er février 2015 après une défaite contre Sassuolo. « J’enlève mon maillot et mon short pour l’offrir à un enfant. Un homme lui arrache des mains et me le relance avec dégoût. J’avais envie de le frapper pour son geste de bâtard. Je l’ai insulté. » Plus explicite, il poursuivait : « J’étais prêt à affronter les supporters un par un. Ils ne savent pas que j’ai grandi dans un des quartiers avec le plus fort taux de criminalité en Argentine. Ces supporters sont 50 ? 100 ? 200 ? Pas grave, je leur ramène une centaine de criminels argentins pour les tuer ici à Milan. »

Réponse de la Curva Nord : « En ce qui nous concerne, sa mission ici est finie. (…) Ce livre est ridicule, mensonger et horrifiant. Il nous décrit comme des gens menaçants gravitant autour du club, ce qui prouve que quelque chose ne va pas dans sa tête. Pour nous, Icardi est un jeune idiot, comme beaucoup de joueurs de son âge, mais un bon gars au fond. Simplement, un individu de la sorte ne mérite pas d’être capitaine de l’Inter.« 

Les tifosi avaient enchainé avec une une banderole d’insulte lors du match contre Cagliari (1-2), puis avaient attendu l’Argentin devant son domicile avec un nouveau message : « On est là. Quand tes amis argentins arrivent, tu nous préviens ou tu nous la fais en traître ? » Même Javier Zanetti, légende intériste désormais vice-président, n’était pas venu au secours du Capitano: « Pour nous, les tifosi sont ce qu’il y a de plus important et tout le monde doit les respecter. » Au purgatoire, le joueur avait tenté de déminer le terrain sur Instagram : « Être capitaine est un rêve d’enfant et ce que je cherche, c’est vos accolades après que j’ai marqué un but.»

Si cet épisode est une cicatrice indélébile pour certains membres de la Curva Nord, le temps et les buts ont pansé les plaies auprès du peuple nerazzurro. Il lui reste donc à briller en Ligue des Champions et permette à l’Internazionale d’aller au paradis en sortant indemne de ce groupe de la mort. Certains promettent l’enfer à Mauro Icardi, qui est très discret médiatiquement. Il évite les interviews. Exemple encore ce lundi : Vecino et Skriniar ont accompagné Spalletti au point presse. Comme si son parcours l’avait convaincu que « l’enfer, c’est les autres » pour reprendre l’écrit de Jean-Paul Sartre dans la pièce de théâtre « huit clos ».

La Scala du calcio ne sera pas à huit clos ce mardi soir. 70 000 personnes sont attendues à San Siro pour encourager Icardi et ses partenaires face aux Spurs. A lui de jouer et de marquer pour enfin mettre (presque) tout le monde d’accord.

Un commentaire

  1. Elo,

    Mauro Icardi est le joueur qui m’impressionne le plus en Serie A. Par ailleurs, j’ai eu l’occasion de voir le but qu’il a inscrit face à Tottenham en Ligue des champions.

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