Fabio Quagliarella : revenu des enfers

« Il est descendu aux enfers et le troisième jour est ressuscité. » Cette phrase, tirée du catéchisme, aurait très bien pu être prononcée au sujet de Fabio Quagliarella. Mais contrairement au Christ, le passage aux enfers de l’attaquant génois n’a pas duré trois jours mais huit longues années. De l’enfer à la renaissance, du cauchemar à la libération récit de l’une des histoires les plus folles du Calcio.

UC Sampdoria v ACF Fiorentina - Serie A
Don Fabio Quagliarella (© Paolo Rattini/Getty Images)

L’enfant du pays

La vie du jeune Fabio débute à Castellammare di Stabia, ville moyenne de la banlieue de Naples, située à une trentaine de kilomètres du Stadio San Paolo. Comme une prophétie, la destinée. Une destinée qui va pourtant mettre du temps à se réaliser. Parti en exil à Turin pour y faire ses gammes, Fabio Quagliarella monte les échelons progressivement. D’abord à la Fiorentina, alors en Serie C2, puis à Chieti en Serie C1, puis la Serie B avec son club formateur, le Torino et enfin la Serie A avec Ascoli. Il poursuit ensuite sa carrière à la Sampdoria et à l’Udinese, obtenant au passage sa première convocation en équipe nationale à l’occasion d’un match de qualifications pour l’Euro 2008 contre l’Écosse. Le 1er juin 2009 arrive enfin le moment tant attendu, Fabio Qualgiarella, l’enfant chéri de la ville s’engage avec le Napoli pour une somme avoisinant les 18 millions d’euros, qui fait de lui le joueur le plus cher de l’histoire du club à cette époque. Après des années d’attente le gamin de la ville venait enfin de signer, comme une évidence …

Nul n’est prophète en son pays

« Mais, ajouta-t-il, je vous le dis en vérité, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. » (Luc 4, 24). Décidément la vie de Quagliarella a une forte résonance biblique. Cette phrase, prononcée par Jésus au moment de son retour à Nazareth, Quagliarella va en comprendre la signification de la plus cruelle des manières. Son rêve de signer à Naples va se transformer en cauchemar, tout cela à cause d’un certain Raffaele Piccolo … Tout commence avec une simple histoire de messagerie. Le joueur du Napoli, avait alors subi un piratage de sa boite MSN. Un problème promptement résolu par un policier, nommé Raffaele Piccolo, que Quagliarella a rencontré par l’intermédiaire de l’un de ses amis d’enfance, Giulio de Riso.  Suite à cela, une amitié naît entre le joueur et le policier, à qui Quagliarella offre plusieurs maillots dédicacés. Ainsi, lorsque Fabio commence à recevoir des lettres anonymes inquiétantes, il fait naturellement appel à son ami Piccolo qui lui promet de régler le problème. Mais ce que Quagliarella ne sait pas, c’est que c’est Piccolo qui est à l’origine de ces lettres anonymes. La fausse enquête alors lancée par le policier, n’est en fait qu’une opportunité pour se rapprocher encore plus de sa victime. Un scénario digne d’un polar mais bien réel celui-la …

quagliarella-napoli

Après plusieurs semaines, le problème s’intensifie, Quagliarella et son entourage reçoivent des messages de menaces, des accusations de pédophilie ou de sympathie avec la Camorra et même, un cercueil orné d’une photo du joueur. Glaçant. Pendant ce temps, Piccolo continue de faire semblant de chercher le fautif et promet jours après jours, semaines après semaines, que le problème sera bientôt réglé. Avec tout cela, il est bien difficile pour Fabio de se concentrer sur le football et son rendement avec le Napoli est plus que médiocre. Sous le maillot des partenopei il marque seulement 11 petits buts à propos desquels il déclara plus tard « Ces 11 buts en valent 100 pour moi ». Le public du San Paolo prend son mal en patience avec son enfant chéri, qui célèbre religieusement chacun de ses 11 buts en embrassant l’écusson de son club de cœur. Mais en dehors du terrain l’enfer continu pour Fabio qui voit les messages de menaces et les fausses accusations se multiplier mais aussi se propager à sa famille et ses amis. Un supplice que le joueur napolitain a promis de garder secret, même de son président Aurelio De Laurentiis; son ami Raffaele Piccolo lui ayant promis que ce silence permettrait de retrouver plus facilement la cause de ses tourments. Pas de quoi améliorer ses performances sur le terrain. Juste avant un déplacement à Boras, pour un match contre l’IF Elfsborg, il apprend qu’il ne fait pas du voyage en Suède car il est transféré à la Juventus. Une décision brutale et un communiqué lapidaire, impersonnel, pour expliquer son départ : « Je salue tous les tifosi du Napoli, qui comprendront cette décision, prise d’un commun accord et dans l’intérêt de tout le monde ». Raté, les supporters sont furieux du départ de Quagliarella et s’en prenne aussi bien au président De Laurentiis, qu’au joueur lui-même, accusé de trahison et de lâcheté. Ainsi, l’ex capitaine du Napoli devient persona non grata dans sa propre ville, auprès des supporters qui l’ont tant aimé : « À chaque fois que je revenais à Naples, je me camouflais avec une perruque et des lunettes de soleil, par peur que quelqu’un me dise quelque chose, je devais me cacher » racontera-t-il plus tard sur Italia 1.

Fabio outragé, Fabio brisé, Fabio martyrisé mais Fabio libéré !

Enfin le 26 février 2017, le supplice prend fin pour Quagliarella. Suite à la condamnation de Raffaele Piccolo à 4 années et demi de prison (dont 3 fermes), il est enfin libéré. À la fin d’un Sampdoria – Palermo il raconte, en larmes au micro de Sky Sport, le calvaire qu’il a vécu au cours des cinq dernières années et comment il a dû quitter, contre sa volonté, le club de son cœur. La réponse des tifosi napolitains ne se fait pas attendre, lors d’un déplacement à Cagliari, les ultras azzurri déploient une banderole pour demander pardon à leur ancienne idole, qu’ils avaient injustement maltraité (voir ci-dessous). Il racontera plus tard dans un entretien passionnant avec Bleacher Report (à lire absolument pour les anglophones d’entre vous) que c’est son père qui a découvert le stratagème malsain que Piccolo a mis en place pendant cinq longues années. Voulant connaitre les derniers développement de l’enquête, le père de Fabio Quagliarella s’est rendu à la police de Naples pour découvrir  … qu’aucune enquête n’était en cours concernant cette affaire de harcèlement. Dès lors les soupçons du clan Quagliarella s’étaient naturellement dirigés sur Piccolo et après quelques mois d’enquête, la police a découvert comment le policier-harceleur avait mené en bateau tout ce petit monde.

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« Dans l’enfer que tu as vécu … énorme dignité. Nous nous retrouverons Fabio fils de cette ville »

Aujourd’hui Fabio Quagliarella est un joueur épanoui, heureux qui connaît une seconde jeunesse à la Sampdoria. Surtout il peut enfin profiter de sa tranquillité après des années d’enfer. Aux dernières nouvelles il venait d’inscrire un splendide but contre … le Napoli. Décidément, le destin est têtu. Sans rancœur pour l’enfer qu’il a vécu dans la cité napolitaine, il déclare à Sky Sport après le match « C’est sûrement l’un de mes deux trois plus beaux buts. Mon unique regret est de l’avoir inscrit contre le Napoli. Ils savent que je les supporte ». La classe, pas étonnant pour celui que l’on surnomme ‘Don Fabio’ (Seigneur Fabio en Français). Si aujourd’hui Quagliarella tente de tourner la page Piccolo, on ne peut pas vraiment en dire de même de certains napolitains qui ont beaucoup de mal à pardonner à l’ancien policier ce qu’il a fait à leur ex-attaquant. Giulio De Riso, ami proche de Quagliarella, cible lui aussi des folies de Piccolo, raconte dans cet entretien avec Bleacher Report : « Ils (des membres de la mafia napolitaine, ndlr) m’ont demandé : ‘Qui est cette ordure ? Qui est cette merde ? Comment peut-on le retrouver ? Comment peut le reconnaître ?’ Ils m’ont demandé s’il était possible de lui donner une leçon, de lui faire quelque chose ». 

Malgré les épreuves l’amour  de Fabio Quagliarella pour le Napoli perdure encore et toujours, de quoi laisser quelques regrets, à celui qui déclarait dans un entretien à Mediaset peu après la révélation de l’affaire « Je suis sûr que si tout cela n’était pas arrivé, je jouerais encore là-bas ». L’attaquant de Castellammare di Stabia sait qu’aujourd’hui ses chances de revenir dans le club de sa terre natale sont quasi nulles et que son aventure avec le Napoli restera à jamais une énorme déception. Mais après l’enfer qu’il a vécu, l’important n’est pas là.

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