Edito Nazionale : Rome ne s’est pas faite en un jour

Les mines sont tristes ce matin, au lendemain d’un Portugal-Italie qui s’est soldé par un non-match des hommes de Roberto Mancini, le constat est très dur à accepter. Déjà, la presse et les tifosi s’empressent de réclamer des changements, de critiquer les choix du sélectionneur de diriger leur colère sur certains joueurs. Pourtant il faut prendre son mal en patience et accepter que le retour en grâce prendra du temps, beaucoup de temps.

Portugal v Italy - UEFA Nations League A
Jorginho, à l’image de la Nazionale, impuissant face à un Portugal bien trop supérieur hier soir © Getty Images

Le faux problème des étrangers

Avant le match face à la Pologne, Roberto Mancini s’était empressé de réclamer plus de temps de jeu pour ses protégés, qui selon lui ne sont pas moins méritant que leurs coéquipiers étrangers en club. Ironique de la part de celui qui fut le premier entraîneur à aligner un onze composé à 100% de joueurs étrangers. Cette vieille rengaine sur le supposé favoritisme envers les étrangers, analyse digne d’un habitué du bar PMU après quatre ou cinq pintes, a fait rugir de plaisir le ministre de l’intérieur, Matteo Salvini, toujours à l’affût d’une récupération politique malsaine et malvenue. Pourtant, les deux derniers matchs ont prouvé que ce manque de temps de jeu des joueurs italiens dans les grands clubs était plus que justifié tellement leur niveau a été catastrophique. Certains joueurs comme Mario Balotelli ou Jorginho sont à l’épicentre de la tempête médiatique qui souffle sur la Squadra Azzurra, sans que l’on sache vraiment pourquoi. On reproche au milieu de Chelsea de ne pas être aussi performant en sélection qu’avec son club. Pourtant, lorsque l’on voit la différence abyssale de niveau entre le milieu des Blues de Londres et celui des Azzurri d’Italie, il n’est pas difficile de comprendre les causes de ces contres performances. Mario Balotelli lui est un cas à part, il possède un long passif avec l’équipe d’Italie, fait de gloire et de désamour, de passion et de déception. Mais aujourd’hui les critiques envers lui me semblent être injustifiées ; arrivé hors de forme, il n’a pourtant pas fait pire que son acolyte Ciro Immobile, transparent contre le Portugal.

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Cette fois, on est bien d’accord, ce n’est pas de ta faute Mario

Il est urgent d’attendre

Comme le disait si bien le célèbre diplomate Talleyrand, aujourd’hui, « Il est urgent d’attendre. » Un succès, une équipe nationale, se construit sur des années, voire des dizaines d’années. Le football est tel un iceberg, la partie immergée, visible aux yeux de tous, n’est en réalité qu’une infime partie de sa totalité. Il faut attaquer le problème à la racine, redonner aux jeunes l’envie et la possibilité de jouer au football, de devenir footballeur. Il faut repenser le système de formation, des jeunes comme des entraîneurs, insuffler un vent nouveau aux instances dirigeantes qui vivent encore dans le siècle dernier. En résumé, c’est toute la structure du football italien qu’il faut changer et repenser, une tâche loin d’être facile quand votre fédération est rongée par l’immobilisme depuis plus d’une décennie Pour cela, sortons un peu de la botte et voyons comment, deux de ses voisins, la France et l’Espagne, ont réussis à se réinventer après des années voir des siècles de misères sportives. La France a bâti son succès au mondial 2018 sur un tissu dense de club amateurs et semi-professionnels qui fournissent inlassablement les nombreux talents que compte aujourd’hui le paysage footballistique. Au vu de l’état dramatique dans lequel se trouvent les Serie B et C, entre faillites et mauvaises gestions, on peut dire que l’Italie a encore un long chemin à parcourir avant d’arriver à reformer cette fameuse base, essentielle à l’éclosion de nouveaux talents. L’Espagne, quant à elle, s’est appuyée sur un système d’équipes B, qui vient seulement d’être mis en place en Italie. Mais surtout la RFEF a su construire un vrai système de formation avec des idées de jeu directrices communes, un apprentissage axé plus sur la qualité technique des jeunes joueurs que sur les attributs physiques ou tactiques qui prévalent en Italie.

Il faudra du temps, beaucoup de temps, pour que l’Italie retrouve sa gloire d’antan, alors que le football italien amorce à peine, la longue marche qui le ramènera vers les sommets. Pour patienter, chers supporters italiens, je vous laisse avec quelques mots de Jean de la Fontaine, qui déjà, en son temps, évoquait la Nazionale à travers la métaphore du lion :

« Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde : 
On a souvent besoin d’un plus petit que soi.
De cette vérité deux Fables feront foi,
Tant la chose en preuves abonde.
Entre les pattes d’un Lion
Un Rat sortit de terre assez à l’étourdie.
Le Roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu’il était, et lui donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu.
 

Quelqu’un aurait-il jamais cru 
Qu’un Lion d’un Rat eût affaire ?
Cependant il advint qu’au sortir des forêts
Ce Lion fut pris dans des rets,
Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu’une maille rongée emporta tout l’ouvrage.
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage. »

 

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