Nazionale : et si Conte avait eu raison ?

 Samedi 1 septembre, Roberto Mancini a dévoilé la liste des 23 joueurs convoqués pour les matchs contre la Pologne et le Portugal, celle-ci qui marque les débuts du nouveau sélectionneur dans des matchs officiels se caractérise par une volonté manifeste de donner la place aux jeunes pour suivre le modèle français notamment. Mais est-ce la bonne voie à suivre alors que le football italien connaît certainement la pire crise générationnelle de son histoire ?

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Antonio Conte, sélectionneur de l’Italie de 2014 à 2016

Le modèle français

La réussite de la jeune et fringante équipe de France lors de la dernière Coupe du Monde a suscité en Italie bien des songes. Sur le modèle de cette équipe, les Italiens se demandent s’il ne serait pas judicieux à l’instar des français de mettre en place les jeunes talents italiens afin qu’ils grandissent au sein de la sélection pour y briller et la porter. Mais la comparaison est-elle valable ? Tout, porte à croire que non. En effet, aujourd’hui l’équipe de France est composée de jeunes talents très prodigieux, certes, mais ces talents en question évoluent au PSG (Mbappé, Kimpembe), au Barça (Dembélé, Umtiti), au Bayern (Tolisso) au Real Madrid (Varane), dans les deux Manchester (Mendy, Pogba) ou encore à l’Atletico (Hernandez, Lemar) il n’existe pratiquement aucun équivalent en Italie. Les jeunes italiens, lorsqu’ils jouent, le font souvent dans des clubs de seconde zone comme Belotti au Torino, et dans les grands clubs, ils sont soit sur le banc comme Rugani à la Juventus. En plus de cela, les Italiens semblent oublier que l’option consistant à faire jouer les jeunes pour les installer et les faire grandir fut déjà essayée par Giampiero Ventura avec le résultat que l’on connaît. Cette option n’a jamais fonctionné car ces soi-disant talents devant éblouir le monde se révèlent incapable de porter la Mère Italie.

La Nazionale, un corps vidé de ses forces vives

C’est un constat qui n’échappe à aucun italien depuis maintenant plusieurs années, la sélection italienne connaît une crise très grave, ancienne gloire du football mondial, elle peine aujourd’hui à se faire une place dans la cour des grands. Les causes ont déjà été évoquées, parmi celles-ci deux majeures qui ne peuvent être niées par personne : tout d’abord, l’Italie n’a plus que très peu de top players, ces joueurs incontournables capable de faire basculer le cours d’un match par leur intelligence et leurs gestes de génie, le reste du vivier italien est composé de joueurs moyens et de jeunes « talents » n’ayant jamais rien démontré de grand dans leur carrière. Pas de quoi faire une grande équipe en somme. Revenons sur ce dernier point, comme il a été dit précédemment, l’Italie connaît la plus grave crise générationnelle de son histoire, la plupart des jeunes talents qu’on annonçait comme des cracks se sont révélés inapte à la grandeur que nécessite le football international, et, incapable de renouveler la génération dorée de 2006.

La tentation d’utiliser la Nazionale comme un VRP des jeunes « talents » italiens est forte, mais elle est leurre, car le rôle d’une sélection est de puiser les joueurs les plus capables et déterminés afin de performer et briller dans les compétitions internationales. Ce rôle de formateur ne peut pas être joué par une sélection, car le caractère éphémère des compétitions internationales et des qualifications les précédents, rend impossible la progression de jeunes qui par essence demande du temps. Ici, les Italiens confondent sélection nationale et club, car c’est de ces derniers que tout doit partir comme le firent les Allemands à l’aube des années 2000. Il a fallu donc trouver des soins palliatifs en attendant que le problème se résorbe, et c’est Antonio Conte qui en 2016, lors de l’Euro en France trouva la solution.

Et Conte montra la voie

Nous sommes le mardi 31 mai 2016, Antonio Conte alors sélectionneur de la Nazionale annonce sa liste des 23 joueurs convoqués pour participer à l’Euro 2016 qui doit commencer dans deux semaines. C’est la stupeur ! Le sélectionneur italien forme une escouade composée de vieux briscards, de joueurs corrects de championnat et de joueurs tout bonnement moyens. Ces joueurs ont tous les mêmes caractéristiques, ils sont expérimentés (31 ans de moyenne d’âge) connaissent et maîtrisent le système que Conte veut mettre en place à la perfection, sont d’une combativité extrême et, chose la plus importante, voir condition sine qua non pour être de l’aventure : leur individualité propre disparaît littéralement pour se soumettre jusqu’à l’âme à un collectif qui les dépasse très largement. Après une phase de qualification difficile et des matchs de préparation très largement ratés, Antonio Conte décide alors de s’imposer en général de brigade en mission commando, il met une stratégie en place, et ses hommes se mettent à sa pleine et entière disposition. Les observateurs peuvent bien hurler les absents (Insigne, Bonaventura, Jorginho) Conte n’en a que faire, il sait où il va et les joueurs dont il a besoin pour y arriver. En cela, l’ancien capitaine de la Juve suit les conseils de l’immense Arrigo Sacchi qui pour expliquer la construction de son grand Milan dit ceci :

« J’ai toujours pensé que le moteur du football était le jeu. Et partant de cette idée de jeu, j’allais chercher des personnes de confiance, et puis des joueurs fonctionnels avec ce système. Et nous nous sommes mis à travailler ensemble. Je n’arrêtais pas de répéter : Le collectif est meilleur que l’individu. L’individu peut te faire gagner un match, mais les exploits se font avec une équipe. Le football est un sport collectif avec des moments individuels, pas le contraire. »

Arrêtons-nous sur un passage « Et partant de cette idée de jeu, j’allais chercher des personnes de confiance, et puis des joueurs fonctionnels avec ce système. » C’est exactement ce que fit Conte ! Partant d’une idée, d’une stratégie, il opéra à un choix d’hommes correspondant à cette idée qu’il s’était fixée, comme une réalisateur choisi ses acteurs avant de tourner son film. Conte n’est pas là pour faire progresser et briller des jeunes, ce n’est pas son rôle ! Il tire le maximum d’un groupe dans le but de l’emmener vers la victoire. Conte, mène alors avec brio sa mission commando en venant à bout de la Belgique, de l’Espagne pourtant annoncées comme largement meilleures ! Son film se déroule comme prévu, ses hommes répondent parfaitement à son système et appliquent ses idées à la lettre, les Italiens disparaissent, l’Italie apparaît, Eder, Pellè, Parolo et tous leurs semblables critiqués pour leurs faibles qualités sont comme aspirés dans un collectif qui les transcende, leur existence n’est plus et l’Italie devient un bloc invulnérable qui ne sera brisé qu’au cours d’une tragique séance de tirs au but, soit l’exercice individuel par excellence, où  l’individualité des Italiens, et ses limites se heurtent brutalement à la supériorité individuelle allemande, le légionnaire, seul, hors de légion est vulnérable, et les Italiens le comprirent à leurs dépens.

La mission commando, un destin de Sisyphe ?

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Dans la mythologie grecque, il existe un personnage nommé Sisyphe, ce dernier, fils d’Eole fut condamné par Zeus à faire éternellement rouler un énorme rocher jusqu’au sommet d’une colline dont il tomberait avant que Sisyphe ait pu en atteindre le sommet. Il semble que du fait de la faiblesse de ses prétendus talents, la Nazionale soit condamnée à un destin similaire dans le tragique. En effet, trop limitée pour tenter la prise du jeu, il ne lui reste plus que la mission commando dont l’épopée de Conte était l’exemple le plus flamboyant comme seule possibilité. Car il est une erreur que le football italien – pourtant si prompt à sortir des hommes de la sorte – a commise à ses dépens : confondre le travail d’un sélectionneur et celui d’un entraîneur. C’est une erreur très courante et commise par bon nombre d’observateurs et de dirigeants de football qui parfois eurent des résultats dramatiques.

Car, la vie d’un sélectionneur et celle d’un entraîneur sont très différentes du fait d’une donnée que trop peu de gens prennent en compte : le temps. Un sélectionneur ne travaille avec son groupe que cinq ou six fois dans l’année sur des périodes très courte, son travail est donc de maximiser les individualités de chacun dans une harmonie commune pour réussir un objectif bien déterminé comme le fit brillamment un sélectionneur comme Didier Deschamps à la dernière Coupe du Monde. Son travail se rapporte donc plus à celui d’un stratège devant penser en terme de coups, à la différence de l’entraîneur, qui, lui est  ayant son groupe de joueurs toute l’année, pense en terme de temps long, et se rapporte plus à un tacticien préparant des plans s’étalant sur un temps plus étendu. Ce temps si précieux, lui donne la possibilité de faire progresser ses joueurs, d’imprimer une identité de jeu, et de définir des objectifs de long terme. Il est donc impensable de prendre une sélection pour un outil de progression du football italien, cette progression devra obligatoirement passer par les clubs, car c’est eux qui ont ce fameux temps pour imprimer un style aux joueurs italiens et en faire de grands joueurs, en attendant cet aggiornamento, la FIGC (fédération de football italienne) devra confier sa précieuse Nazionale à l’un de ces stratèges comme seules l’Italie sait les faire pour remplir des missions commandos qui éviteront le ridicule le temps qu’une génération dorée apparaisse, car, si le vivier de joueurs n’est pas extraordinaire, celui des entraîneurs reste – Italiens oblige – de très haut niveau.

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