AC Milan : l’ancien géant lyrique

Comme le ferait un géant désormais vieux, en se regardant le dos plié par le temps, ce dos auquel il a pu faire confiance pendant des milliers de batailles, notamment durant sa joyeuse jeunesse, il en va de même pour l’AC Milan, qui regarde ailleurs, depuis dix ans, pour se revoir plus fort et plus joli.

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Et dans ce dos aux rayures rouges et noires, aussi rouges que le feu et aussi noires que la peur qu’ils incitaient à leurs adversaires, tant de petits harpons rouillés sont coincés, ornant l’histoire de cet immense héros, ainsi que ses nombreux trophées. Mais aujourd’hui, il est vieux et fatigué, et son dos courbé se penche sur la table où il joue aux cartes avec des amis épuisés, ne se rappelant que le bon vieux temps et espérant à chaque coucher de soleil qu’un chevalier ailé lui jette un sort, qui puisse restaurer sa vigueur et son audace, pour redevenir le lion que tout le monde connaissait.

Je cite Melville: « Allez considérer les symboliques harpons qui ornent les grilles de cette hautaine maison là-bas, et vous aurez la réponse à votre question. Oui, toutes ces belles maisons et ces jardins fleuris proviennent des océans Atlantique, Pacifique et Indien. Toutes, jusqu’à la dernière, elles ont été harponnées, extraites du fond de la mer et traînées jusqu’ici. Quel Alexandre pourrait accomplir un pareil exploit? ». Et c’est bien ça pour l’AC Milan. Les océans étant la Coupe d’Europe, la Coupe du Monde et, bien entendu, la Serie A.

L’équipe de Rino Gattuso, après un été rythmé par les retours de certaines icônes, comme Maldini et Leonardo, a repris la compétition samedi, avec un retard d’une semaine, à cause de la terrible tragédie qui a frappé Gênes, avec le match à Naples. Une première mi-temps très inquiétante, qui aurait pu être une défaite, mais qui a finalement été une surprise, et une deuxième mi-temps, qui elle aurait pu être une surprise, mais qui fut finalement une défaite. Le match a basculé sur un coup du sort qui a peut-être bouleversé les équilibres instables qui se basaient, jusque là, sur un coup du sort également, ou plutôt deux, ou plutôt trois, si on considère même la chance de ne pas se retrouver déjà hors du match après dix minutes. J’ai commencé par un texte épique, écrit par un Américain. Je vais recommencer et changer, et que les bardes et les divinités tutélaires de la plus haute, armillaire, littérature qui emplissent de rimes sa fière, lyrique plume, un texte épique et poétique écrit par un français.

Non, merci ! non, merci ! non, merci !

Mais… jouer, Rêver, gagner, passer, être grand, être accort,

Avoir l’œil qui regarde bien, le pied qui frappe fort,

Mettre, quand il vous plaît, votre module de jeu le plus audacieux,

Pour un match, pour un but, se battre, être toujours délicieux !

Travailler sans souci de gloire ou de fortune,

À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !

Ne gagner jamais rien qui de soi ne sortît,

Et modeste d’ailleurs, se dire: mon petit,

Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,

Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles!

Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,

Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,

Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,

Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,

Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,

Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !*

 

*En référence à Cyrano de Bergerac.

@andreabricchi77

 

 

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