Le livre tactique #1 : la Juventus, le Napoli et la Roma

La Serie A pointe le bout de son nez, l’occasion pour faire le point sur la façon dont les équipes du top 6, renforcées par de nouvelles recrues prestigieuses, évolueront cette saison. Ici nous évoquons le top 3 à savoir la Juventus, le SSC Napoli et l’AS Roma.

La Juventus de Ronaldo

S’étant déjà renforcée avec les arrivées de Perin, Cancelo et Emre Can et avec le retour de Bonucci, la Juventus se présente sur la grille de départ de cette nouvelle saison comme la grande favorite pour le Scudetto, mais aussi pour la tant convoitée Ligue des Champions. Notamment grâce à l’arrivée de Cristiano Ronaldo. Comment évoluera cette Juventus à la lumière de ce mercato estival ? Max Allegri a démontré durant ces années en bianconero de ne pas être lié à des schémas et des systèmes de jeu fixes, favorisant un football fait de principes au sein d’un système très fluide. Ainsi, nous avons vu la Juventus évoluer tantôt en 4-2-3-1, en 4-4-2, en 4-3-3, 3-5-2, et ce même au cours d’un même match, en fonction des phases de jeu.

Durant les dernières saisons, l’attaquant portugais s’est transformé d’ailier offensif à attaquant : d’abord pour des raisons liées à son âge croissant, mais également pour des choix tactiques de son entraîneur madrilène Zinedine Zidane. L’entraîneur français a de cette façon essayé d’allonger la carrière du portugais en le convaincant d’abord à accepter le turn-over mais surtout en le positionnant de manière plus axiale. Une position dans laquelle Cristiano Ronaldo a dû diminuer ses courses le long de la ligne, sans toutefois y renoncer. Ainsi, le portugais a partiellement réduit sa dépense d’énergie et peut arriver en grande forme en fin de saison. Il peut également jouer plus proche du but, ce qui lui a permis d’exploiter ultérieurement ses incroyables capacités de buteur. Il est donc logique de s’attendre à ce que Massimiliano Allegri, au-delà des systèmes de jeu, décide d’utiliser Cristiano Ronaldo dans la même zone qu’il occupait au Real Madrid sous l’ère Zidane. Nous devrions donc voir Cristiano Ronaldo comme attaquant de pointe avec derrière lui Paulo Dybala et les divers Cuadrado, Douglas Costa, Mandzukic et Bernardeschi en rotation en tant qu’ailiers. Si Allegri optait finalement pour un 4-3-3 classique, l’inamovible Ronaldo serait épaulé par Dybala toujours, mais dans une position d’ailier droit.

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Crédits juventus.com

L’argentin, comme à son habitude, partirait de cette position pour aller ensuite occuper l’espace à droite entre le milieu et l’attaque, laissant ainsi l’aile droite libre aux déboulés de l’autre recrue portugaise, Joao Cancelo. Bien que moins médiatisé durant ce mercato, son apport en termes de centres ne sera certainement pas insignifiant. Quelle que soit la solution tactique choisie, l’association offensive entre Ronaldo et Dybala sera importante. Le portugais reste comme énoncé précédemment attiré par le côté gauche, même s’il est placé dans l’axe. Dans cette configuration, ce sera à Paulo Dybala d’occuper l’axe de l’attaque en tant que falso nueve. Cristiano Ronaldo pourrait donc tout simplement trouver en la Joya un partenaire offensif qui favorise son jeu, comme a pu le faire Karim Benzema au Real Madrid et, avec des résultats moins probants, André Silva et Guedes avec le Portugal.

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Si Allegri choisit un milieu à trois, la tâche incombera à Matuidi, Emre Can ou encore Khedira de profiter des espaces créés par les déplacements du portugais pour attaquer la surface de réparation. Le transfuge de Liverpool est une autre recrue importante de ce mercato et un élément important pour permettre à Allegri de varier les systèmes au milieu de terrain. Le joueur d’origine turque peut en effet être utilisé dans un milieu à deux accompagné d’un joueur plus offensif – Pjanic – ou encore comme relais dans un milieu à trois. Avec, dans ce dernier cas, la possibilité d’apporter offensivement, ou au contraire de compenser les avancées des joueurs de côté. Une ultérieure solution serait d’utiliser Emre Can devant la défense, ce qui libérerait Pjanic et lui permettrait de jouer en tant que mezzala pour utiliser au mieux ses qualités techniques en phase offensive. Vous pouvez à ce titre relire notre article sur la façon dont Allegri envisage le milieu à 3 en 4-3-3

Comme on peut l’observer, l’éventail de solution à disposition de Massimiliano Allegri est d’une grande largesse. Le retour de Bonucci, en plus de l’arrivée de Joao Cancelo, élève notamment le niveau technique au sein de la défense. Avec Leonardo Bonucci, la Vieille Dame aura de nouveau à disposition un joueur capable d’aider à la construction depuis sa moitié de terrain. Ce qui représentait leur talon d’Achille la saison précédente. L’ancien milanais va permettre de retrouver cette qualité dans le jeu court et long, ce qui permettra aux bianconeri d’avoir avec le numéro 19 et Pjanic deux registi ; ainsi, il sera bien plus compliqué pour les adversaires de récupérer le ballon plus haut sur le terrain et d’empêcher les phases de construction de la Juve.

Où va le Napoli ?

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Kalidou Koulibaly et Carlo Ancelotti

Après la splendeur de l’ère Sarri – sans titres, cependant – le Napoli repart de Carlo Ancelotti. D’un point de vue tactique, le nouvel entraîneur des azzurri a déjà fait comprendre qu’il y aura un changement radical vis-à-vis de ce qui avait été observé sous les ordres de l’actuel entraîneur de Chelsea. Premièrement, Carlo Ancelotti a choisi d’atténuer tant le taux de possession de balle que le pressing ultra-offensif, à la faveur d’une conservation du ballon plus raisonnée et d’une mineure intensité globale. Ce qui ne signifie évidemment pas que le pressing disparaîtra complètement des radars du jeu napolitain, mais plutôt qu’Ancelotti adaptera son plan de jeu en rapport à l’adversaire affronté et aux circonstances, avec la possibilité d’assister notamment à des phases de défense en zone. Pour ce qui est du système de jeu, Carlo Ancelotti oscille entre le 4-3-3 déjà utilisé par Sarri et le 4-3-2-1, marque de fabrique de l’entraîneur au temps de ses succès milanais du début des années 2000.

Dans ce contexte tactique, il sera important de comprendre de quelle façon les ailiers Lorenzo Insigne, José Callejon ou Simone Verdi réussiront à se situer. Il pourrait leur être demandé de partir directement des half-spaces et non pas de s’y déplacer depuis l’aile. La cohabitation entre un Dries Mertens dans un autre rôle que celui d’attaquant de pointe et Arkadiusz Milik sera également testée. Le changement plus évident et intéressant du point de vue du positionnement est très certainement l’utilisation de Marek Hamsik comme relais bas au milieu. Pendant les matches de préparation, le slovaque a logiquement eu quelques difficultés dans cette nouvelle position, où il doit agir plus rapidement dans un espace plus réduit. Ces éléments ont mis en évidence les difficultés du nouveau Napoli à créer du jeu depuis la zone basse. Il s’agira maintenant de comprendre à quel point Carlo Ancelotti insistera sur ce type de construction, qui était un des éléments clés du jeu du Napoli sous Maurizio Sarri.

Fabian Ruiz, recrue la plus importante de ce mercato, est un autre pion du milieu de terrain. L’ancien joueur du Bétis est capable de très bien faire balle au pied et sait se déplacer intelligemment dans son half-space, réussissant à lier le milieu et l’attaque. Carlo Ancelotti est appelé à une tâche difficile : faire mieux que Maurizio Sarri, au niveau du jeu et des résultats, est quasi impossible. Carletto devra cependant au moins amener les siens pour les places qualificatives pour la Ligue des Champions, de façon à en obtenir les primes qualificatives. Dans le cas contraire, le nouveau projet technique pourrait faire naufrage plus tôt que prévu. Pour que cela n’arrive pas, il sera impératif de revoir le Carlo Ancelotti entraîneur de Parme, de la Juventus et du Milan.

Roma : retour vers le futur ?

Après avoir approché la nouvelle saison en cherchant à reproduire tactiquement ce qu’il avait su développer à Sassuolo, l’entraîneur giallorosso a partiellement accepté de faire des compromis par rapport à l’idée du football qu’il avait apportée au moment de son arrivée à Rome. En effet, bien qu’il n’ait pas abandonné son idée d’une ligne défensive haute, d’un pressing ultra-offensif et la recherche de la verticalité, Eusebio Di Francesco a peu à peu présenté une Roma plus proche de celle héritée de Luciano Spalletti : un jeu de position et plus patient auquel les joueurs romains étaient plus habitués. A quelle Roma faut-il s’attendre pour la saison 2018/2019 ? Il est probable que l’identité tactique de l’équipe romaine se rapprochera de nouveau d’un football plus proche des idées de son entraîneur actuel. Le mercato estival, avec les arrivées de Kluivert et de deux milieux habiles dans la verticalisation comme le sont Pastore et Cristante, semble confirmer ce retour d’une recherche spasmodique de la profondeur.

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Equipe resserrée et défense haute

Il s’agira toutefois de comprendre si cette verticalité sera utilisée pour attaquer depuis les ailes ou si une utilisation plus importante de la zone centrale du terrain se fera, au travers notamment des nouvelles recrues au milieu. Ceux évoluant en 8 dans les milieux de terrain de Di Francesco ont depuis toujours un rôle particulier : souvent peu concernés par la surface adverse (un élément sur lequel l’entraîneur romain devra d’ailleurs travailler), ces joueurs sont souvent appelés à se déplacer latéralement pour créer des espaces vers la surface adverse pour les ailiers et leurs mouvements vers l’axe. Nous pourrions donc continuer de voir une Roma dans laquelle il sera demandé aux 8 de se déplacer verticalement, laissant aux ailiers la possibilité de jouer des un contre un et de centrer pour Edin Dzeko. Une accentuation de l’utilisation des ailes comme voie d’accès à la surface adverse. D’autre part, la Roma a été la saison passée la deuxième équipe en termes de centres effectués par match : 25. Ce qu’elle devra améliorer au travers de ses joueurs au milieu de terrain sera la capacité de défendre les espaces laissés ouverts proche de De Rossi, souvent abandonné face au milieux adverses la saison passée.

Avec l’arrivée de Steven N’Zonzi, 8 jouant également 6 devant la défense, Di Francesco a à disposition un joueur très certainement plus mobile que le capitaine giallorosso et donc plus apte à se déplacer latéralement pour couvrir les espaces. Cela étant dit, Di Francesco pourrait choisir de muer son 4-3-3 en un 4-2-3-1 déjà observé la saison passée, avec deux pistons tels que De Rossi et N’Zonzi (ou encore Strootman) en protection de la défense et avec un numéro dix (Pastore ou Cristante) pour épauler Edin Dzeko.

Di Francesco a donc très certainement une équipe qui, même si elle n’a pas été nécessairement améliorée en termes de qualités techniques dans le onze titulaire, est très clairement plus complète au niveau de la profondeur de banc. Ce qui garantit de meilleures possibilités dans les rotations ainsi que dans les changements en cours de matches. Les doutes sont plutôt liés au nouveau gardien Olsen, qui devra démontrer qu’il est capable de remplacer Alisson. Notamment dans ce qui est des sorties loin de sa surface pour couvrir les espaces laissés dans le dos de la défense haute romaine. L’attaque est également un point d’interrogation : outre la nécessité d’amener plus de joueurs dans la surface adverse, la Roma attend également de Patrick Schick qu’il réussisse à apporter bien plus. Auteur de seulement deux buts en 23 rencontres, avec un ratio de 3.7 en termes d’expected goals. L’amélioration hypothétique de ce compartiment offensif romain permettrait possiblement à l’équipe d’effectuer un ultérieur pas en avant au niveau des résultats.

Michele Tossani via son site lagabbiadiorrico.com

Article traduit par Gabriel Cazzato

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