Il n’y aura pas de grande Serie A sans les deux Milan

En dehors d’être la période des bonnes affaires, le mercato estival est également celui des grandes restructurations, cela se voit en Italie avec le retour progressif de l’Inter et la restructuration complète d’un Milan qui s’est alors empressé – une fois son organigramme fixé – de bâtir une équipe capable d’aller en Ligue des Champions. Est-ce enfin la bonne pour les deux Milan ? En tout cas, une bonne partie de l’Italie l’espère, car bien que ce soit un tabou, il y a une réalité qui n’a échappé à personne ces dernières années : si la Serie A veut revenir au sommet, cela passera par un retour des deux Milan, car il n’y a aucune alternative aux trois grands du Nord.

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Le retour progressif de l’Inter

Juin 2016, le puissant groupe chinois Suning s’empare de l’Inter Milan avec l’objectif d’en refaire un grand club européen après quatre saisons passées loin de la Ligue des Champions, et donc dans l’anonymat le plus total. Plusieurs millions d’euros plus tard, des joueurs comme Gabriel Barbosa, Jovetic, Joao Mario, Banega ou Miranda débarquent au club avec Frank de Boer, ancien homme fort de l’Ajax Amsterdam pour faire gagner cet effectif. Mais la mayonnaise ne prend pas, et la saison de l’Inter tourne au désastre. Le bilan des erreurs est alors fait par la direction, et plusieurs hommes (Frank de Boer, Stefano Pioli, Banega, Jovetic, Gabriel Barbosa) sont jetés hors du navire. C’est alors dans très faible bruit médiatique qu’arrivent Piero Ausilio en avril 2017 et Dario Baccin en juillet de la même année, le premier, connu pour son précédent travail dans la cellule jeune de l’Inter, et le second connu pour son excellent passage à Palerme. Tous deux mettent alors en place un homme fort capable de guider ce genre de projet en la personne de Luciano Spalletti ayant brillé précédemment à la Roma, puis opèrent judicieusement sur le marché des transferts en empochant Matias Vecino, Yann Karamoh, Milan Skriniar, Joao Cancelo et Rafinha en prêt, et enfin Borja Valero et Dalbert. Même si les deux derniers sont pour l’instant des échecs, il n’en demeure pas moins que la nouvelle structure se révéla plus compétitive en finissant à une 4 ème place synonyme de qualification en Ligue des Champions après 4 longues années d’absence dans la compétition.

Le navire ayant trouvé sa vitesse de croisière, Ausilio en capitaine de bord semble diriger son équipage vers des eaux ensoleillées, en effet, depuis le début de l’été, l’Inter a enregistré les venues de Asamoah, de Vrij ainsi que Nainggolan et piste très sérieusement le flamboyant et immense Luka Modric après avoir manqué de peu la signature du tout aussi extraordinaire Arturo Vidal. Même si le transfert venait à ne pas se réaliser, le fait que l’Inter puisse à nouveau pister et intéresser ce type de joueurs est le signe que le club est sur le chemin du retour, un retour qui pourrait se faire en grande pompe au vu de l’effectif que pourrait aligner la maison interiste.

L’effervescence milanaise

Côté Milan, cet été ressemble à un tragi-comique soap opéra. En effet, pris d’assaut par l’UEFA du fait du non-respect du fairplay financier, les investisseurs chinois du groupe Haixia Capital à la tête du club depuis 2016 firent montre de leur incapacité à s’acquitter des dettes contractées auprès du fonds d’investissement américain Eliott. L’UEFA frappe alors le 27 juin en excluant l’AC Milan de l’Europa League qu’il devait disputer cette saison, cette décision est suivie de l’annonce le 6 juillet du non-acquittement des dettes contractées par les chinois menés par Yonghong Li, le fonds Elliot prend alors le contrôle du club milanais. Suite à ce revirement, le TAS (Tribunal arbitral  du sport) autorise de nouveau les Rossoneri à participer à la compétition européenne pour laquelle ils s’étaient qualifiés. S’en suit alors un remaniement complet de l’organigramme qui voit l’éviction de tous les chinois et l’arrivée en grande pompe de Leonardo à la direction sportive du club. Ce dernier active rapidement ses réseaux ; a lieu alors un transfert rocambolesque qui voit le retour de Bonucci à la Juventus et l’arrivée dans les rangs milanais de Gonzalo Higuain et Mattia Caldara, ces deux joueurs apportant alors une plus-value sportive conséquente au club lombard. Quelques jours après seulement c’est Bakayoko qui s’engage en faveur des rossoneri tandis que Castillejo est également pressenti. Milan, mieux équipé à sa direction et dans son effectif amorce donc à l’instar de son frère interiste, son retour sur la scène nationale, ce qui est vital à une Serie A qui est dépendante de ces deux mastodontes.

La Triade du Nord, incontournables locomotive du foot italien

C’est un constat qui ne risque pas de plaire aux supporters napolitains, romains ou florentins, mais il est une réalité que le football italien ne pourra ignorer plus longtemps : Il n’y aura pas de grande Serie A sans la Juventus, l’Inter et l’AC Milan. En effet, la triade – comme ce petit club de trois est surnommé en Italie – comptabilise à lui seul 70 Scudetti, 25 finales de Ligue des Champions (dont 12 gagnés). Rajoutons à cela que la Triade a compté dans ses rangs 21 détenteurs du Ballon d’Or sur les 43 lauréats depuis la création du trophée, dont 18 ont gagné leur Ballon d’Or au sein du club même. De plus, depuis la saison 2000-2001, le Scudetto a été gagné par l’un des trois grands, et pour finir, les deux dernières fois que l’Italie a été championne du monde, elle comptait dans ses rangs en 1982 14 joueurs sur les 23 qui évoluaient dans un club de la Triade, et en 2006 11 sur les 23.

Une fois ce constat fait, il est difficile de soutenir que remplacer les deux mastodontes que sont les Milan est chose aisée. Pour preuve, Naples et la Roma – les deux concurrents les plus sérieux – n’y sont jamais parvenus ! En effet, depuis 2013, date de la disparition des deux Milan de la scène nationale et européenne, Naples n’est jamais parvenu en demi-finale de Ligue des Champions et n’a jamais compté dans ses rangs un vainqueur de Ballon d’Or ni même un finaliste. La Roma quant à elle n’y est parvenu qu’une seule fois lors de la saison 2017-2018 et tout comme Naples, n’est jamais parvenue à obtenir la signature d’un très grand joueur. Il n’y a pas d’alternatives comme disait Margaret Thatcher, les clubs de la Triade sont les mieux structurés, ceux ayant la plus grande aura, et les plus riches d’Italie, sans eux, le championnat italien est au mieux un très bon championnat de seconde zone comme il l’a été au cours de ces cinq dernières années, tout comme un vivier italien ayant cruellement besoin de son incontournable Triade.

Le Hollywood du football italien

S’il est une réalité qui n’échappe à aucun observateur du football italien, c’est la baisse de qualité du vivier de joueurs transalpins. Si la Botte a connu des périodes fastes avec des Rossi, Scirea, Maldini, Pirlo et autre Totti, elle traverse depuis six ans une crise générationnelle de grande ampleur. Si parmi les causes, on peut citer la culture mammoni, les déficits de la formation et l’absence de réelle politique de développer des jeunes, il y en a une autre qui ne peut être ignorée plus longtemps : l’absence des deux Milan. Ceci paraîtra sûrement exagéré aux supporters des clubs non-membres des clubs du Nord, mais c’est pourtant une réalité. Lorsque les trois du Nord étaient à leur pic, ils agissaient à la façon d’un grand moulin triant le bon grain de l’ivraie. Sorte de Hollywood du football italien dans lequel les jeunes talentueux plein de rêves et d’espoir devenaient des phénomènes au contact des grands coachs, des grands joueurs – car comme le disait George Sand, la jeunesse est une gâchette qui doit obéir au grand ressort de l’âge mûr –  et des matchs de haut niveau – notamment en Ligue des Champions – ainsi, la disparition de la Triade a mis un terme à ce rôle vital pour le football italien, les jeunes talents comme Belotti, Chiesa, Masina ou Baselli végétant désormais dans des clubs de seconde zone où choisissant le départ à l’étranger. Chose périlleuse lorsqu’on sait que le joueur italien s’exporte très mal, pour preuve, hormis Cannavaro, est-ce qu’il est possible de citer le nom d’un seul joueur italien ayant fait une immense carrière à l’extérieur des frontières de la Botte ? Les joueurs italiens réussissent mieux en Italie, c’est un fait, mais encore faut-il les mettre dans de bonnes conditions, et en l’absence de ces deux machines à faire des champions, toute une jeunesse est gâchée, et cela s’en ressent grandement dans les médiocres performances d’une Nazionale ultra dépendante de ses trois clubs-monde.

Le cercle des clubs-monde 

Les deux Milan – et la Juve – partagent une particularité qui a fait et fait encore d’eux des clubs à part dans le football italien, ce sont ce que j’ai appelé par le passé des clubs-monde, c’est-à-dire que leur portée économique, marketing et sportive dépasse le simple cadre italien. Semblables à de grandes firmes internationales, ils siègent dans une grande métropole connectée à la mondialisation, ce qui fait que leur capital économique est largement internationalisé, leur permettant ainsi de lever des fonds sans commune pareille avec le reste de l’Italie à l’exception de la Juventus. Cette situation fait d’eux des mastodontes économiques capables d’investissements lourds (Higuain acheté pour 54 millions d’euros par Milan) et rend donc la compétitivité de la Serie A tributaire de la bonne santé financière des frères milanais. Pour preuve, il suffit aujourd’hui de comparer le mercato des deux Milan à celui de Naples. Seul la Roma tient la corde, et encore, il s’agit d’un mercato largement fait de jeunes talentueux (Kluivert, Cristante ou Coric) mais non de joueurs confirmés.

Le football actuel ne laisse de place qu’aux clubs-monde, ainsi, le plafond de verre napolitain, et une Roma en chantier ne peuvent prétendre à exercer un rôle de locomotive. Seuls peuvent le faire les réels clubs-monde que sont les deux Milan avec la Juventus, ce qui rend un constat dur à admettre pour toute une partie des autres supporters italiens : sans les deux Milan, il n’y aura pas de grande Serie A.

 

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