Retro : Ces duos d’attaquants des années 2000

Nous avons pour la plupart grandi au temps d’une Serie A qui était le championnat le plus compétitif de la planète. Une époque où le football italien était le must : le plus romantique, le plus riche et le plus prestigieux. Quoi qu’on en dise, et même si notre bien aimé Calcio tend peu à peu à se reconstruire, il est difficile de ne pas être traversé par la nostalgie lorsque nous reviennent en tête les images d’un football italien étincelant. Avec comme points d’orgue les victoires de la Nazionale à la Coupe du Monde 2006, celle du Milan en finale de Ligue des Champions 2007 et le Triplete de l’Inter en 2010. Durant cette décennie, le football italien a eu la chance de connaître des duos d’attaquants absolument incroyables. Des paires offensives qui ont marqué l’histoire du football transalpin et qui ont rendu fou amoureux des milliers de tifosi aux quatre coins du monde. Nous voulons soulever ici un point essentiel : ce qui reste dans les mémoires collectives, ce qui s’imprime dans le temps, ce sont souvent les coups d’éclat offensifs, le souvenir d’une passe décisive lumineuse ou d’un dernier geste réussi. L’individu, le top-player, prime toujours ou presque sur le collectif, du moins dans l’esprit des fans. Nous sommes donc persuadés que vous, lecteurs, n’aurez aucun mal à vous remémorer ces merveilleuses paires d’attaquants qui ont illuminé le football de leur talent. Des joueurs géniaux, parfois lunaires, des talents gâchés, certains incapables de durer dans le temps. Du premier au dernier, des joueurs que l’on aura pris un plaisir fou à voir jouer. Rétrospective.

Antonio Cassano et Francesco Totti : les esthètes

Têtes brûlées oui, mais surtout esthètes. Ce sont probablement deux des joueurs les plus controversés du football italien sur les vingt dernières années. Francesco Totti, capitaine emblématique de la Ville Eternelle et Antonio Cassano, le vilain petit canard du Calcio. C’est paradoxalement ce côté sanguin et bad boy qui a toujours fasciné les foules et a rendu ces deux monstres de talent si attachants aux yeux du grand public. Deux trajectoires diamétralement opposées, l’un ayant été fidèle à un seul club durant toute sa carrière, l’autre vagabondant à travers la Serie A durant de longues saisons. C’est entre 2001 et 2006 que nous avons eu la chance de les voir évoluer ensemble. Fraîchement championne d’Italie, l’AS Roma décide à l’époque d’investir une somme conséquente pour arracher le jeune barese à ses concurrents italiens.

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Le peuple giallorosso s’embrase à l’idée de voir se côtoyer deux talents si purs. Si la relation entre ces deux forts caractères est bonne hors du terrain, la connexion est tout bonnement hallucinante sur le rectangle vert. En soutien de Gabriel Batistuta d’abord et de Vincenzo Montella par la suite, la symbiose est parfaite : jeu en petit périmètre, une-deux, redoublements de passes… Deux joueurs d’une technique folle qui s’intéressent autant à l’esthétique qu’à la finalité même. Le geste juste passe très souvent par le beau geste. Francesco Totti et Antonio Cassano ont guidé l’AS Roma vers les premières places du championnat italien et quatre qualifications successives en Ligue des Champions, avec le seul regret de ne pas avoir pu offrir au peuple romain un nouveau Scudetto. L’histoire se termine lorsque les relations se dégradent entre Cassano et le club, pour des questions financières (refus des termes d’une prolongation) mais aussi techniques, sous la houlette du rigide Fabio Capello. L’enfant terrible est transféré au Real Madrid en janvier 2006, laissant derrière lui un goût amer et une histoire d’amour belle mais inachevée avec la Roma. Restera de ces deux icônes la technique, l’intelligence de jeu, et une entente aussi spectaculaire que théâtrale, d’un romantisme fou, comme nous le rappelleront pour toujours ces 119 buts inscrits à eux deux sur cette période.

Ricardo Kaká, Andriy Schevchenko : bref mais intense

Cette relation n’aura duré que trois saisons. Et c’est possiblement l’un des plus grands regrets pour tous les tifosi rossoneri, notamment au regard de la tournure prise par les carrières des deux idoles de San Siro. Alors que Shevchenko est d’ores et déjà un titulaire indiscutable au sein du Milan, un jeune brésilien pose ses valises en Lombardie à l’été 2003. Milan vient de remporter la Ligue des Champions aux dépens de la Juve et veut asseoir sa domination sur l’Italie et sur l’Europe entière. Peu de personnes auraient cependant imaginé l’impact qu’allait avoir Kaká. Zéro temps d’adaptation pour ce dernier et une première saison pleine dans un championnat pourtant extrêmement relevé. Une complémentarité dans le jeu naît immédiatement entre le brésilien et l’ukrainien : le premier est un joueur mobile positionné derrière l’attaquant, très difficile à suivre et capable aussi bien de faire la dernière passe que de marquer.

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Dans le jeu de Ricky Kaká, l’efficacité prime : en témoignent ses rushes exceptionnels balle au pied, où seuls son jeu de corps et sa conduite de balle suffisent à éliminer l’adversaire. Tout ce travail ne peut qu’être parfaitement bonifié lorsque l’on possède dans son effectif un attaquant du calibre de Shevchenko : véritable terminal offensif d’une rare vivacité, il est capable de marquer dans n’importe quelle situation. Une science du placement parfaite, un pied gauche quasiment aussi redoutable que le droit, en plus d’un jeu de tête surprenant pour un attaquant de sa taille. Autant dire que cela matche tout de suite et que l’on s’aperçoit rapidement qu’un duo hors du commun est en train de naître sous les ordres de Carlo Ancelotti. Dans une équipe parfaitement rodée et constellée de joueurs exceptionnels, les deux génies offensifs remportent ensemble le Scudetto et la Supercoppa en 2004, avant d’atteindre en 2005 la finale de la Ligue des Champions, perdue tragiquement face à Liverpool. Trois saisons agrémentées de 147 buts et de quelques regrets. Ricardo Kaká et Andriy Shevchenko voient leur chemin se séparer lorsque l’ukrainien rejoint l’Angleterre en signant en 2006 à Chelsea. Ricky aura pour sa part le temps d’entrer un peu plus dans la légende à Milan, en remportant en 2007 la Ligue des Champions et le Ballon d’Or.

Alessandro Del Piero, David Trezeguet : Paradis, enfer et renaissance

Difficile de trouver suffisamment de mots pour décrire les deux immenses joueurs qu’ont été Del Piero et Trezeguet, difficile également de faire comprendre tout ce qu’ils ont représenté pour les supporters de la Juve. Le numéro 10 historique de la Juve et son compère d’attaque ont tout connu avec la Vieille Dame : les sommets et les titres, une finale de Ligue des Champions, une domination sans partage en Italie. Ensuite, l’Enfer avec la relégation administrative en Serie B. Tous deux sont restés, tous deux ont permis à la Juve de revenir en Serie A après une saison seulement, tous deux ont facilité le retour des bianconeri en Ligue des Champions dès la saison suivante. Et si le poids des années a fini par se faire sentir et que la Juventus a connu une fin de décennie difficile, c’est tout de même avec les honneurs qu’ils ont quitté le club.

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Quelques chiffres : au gré des huit titres collectifs remportés (deux Supercoppe, quatre scudetti dont deux révoqués, le titre en Serie B ainsi qu’une Coupe d’Italie) les deux ont évolué ensemble durant dix saisons sous les couleurs de la Vieille Dame. Pour l’italien, pas moins de 183 buts inscrits. Le franco-argentin en aura lui inscrit 171 sur la même période. Un partage quasi-parfait, représentatif de l’entente des deux partenaires sur le terrain et de leur complémentarité. David Trezeguet était le joueur
de surface par excellence. Habile dos au but, intéressant en pivot, il était par-dessus tout remarquable dans les seize-mètres. Sa coordination et son toucher de balle lui permettaient d’être constamment dangereux en première intention. Des ballons, il en touchait d’ailleurs très peu dans un match, les laissant bien souvent à son partenaire offensif : Pinturicchio. Véritable homme à tout faire offensif, Alessandro Del Piero était sûrement durant les années 2000 le joueur le plus représentatif du rôle de neuf et demi. Ce qui signifie : marquer, faire marquer, participer au jeu, occuper et étirer la défense adverse. Une palette d’une rare largesse qui lui a permis de rentrer dans l’histoire de la Juve et du football mondial. Ce qui nous semble incroyable lorsque l’on repense à ce duo, c’est justement qu’il nous paraît indissociable. Il est rare de trouver dans l’histoire de la Juve deux joueurs dont l’entente sur le terrain a été aussi nette. Dans ce duo, tout était question de complémentarité, de coordination des mouvements, de symbiose footballistique. Voir ces deux joueurs évoluer ensemble, c’était admirer une mécanique incroyablement rodée, la finesse couplée au sens du but.

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