Adem Ljajić : l’insoumis

La Coupe du Monde est une formidable opportunité d’apprécier les joueurs de notre cher championnat italien, même pendant la trêve estivale (si vous voulez savoir quels joueurs de Serie A participe à la coupe du monde, FRSerieA, les a recensé pour vous ici) Parmi eux Adem Ljajić, qui affronte mercredi soir le Brésil avec la Serbie dans un match couperet qui sera décisif pour les deux sélections. L’occasion d’apprécier les dribbles chaloupés de celui qui fût un temps un grand espoir du football serbe et, accessoirement, l’un de nos joueurs préférés. Portrait.

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Adem Ljajić (à gauche) célèbre le but victorieux de Kolarov face au Costa Rica

C’est en décembre 2009 que le grand public (du moins ceux qui ne s’intéressent pas outre mesure au championnat serbe) entend parler d’Adem Ljajić. Manchester United, précédent finaliste de la Ligue des Champions, se penche alors sur le cas du jeune serbe, âgé de seulement 18 ans et son compatriote Zoran Tošić, 21 ans. Les deux espoirs du Partizan s’engagent en faveur des Red Devils pour une somme d’environ 20 millions d’euros, mais seul le second y restera. En effet le club mancunien a activé une clause lui permettant d’annuler le transfert de Ljajić avant le 10 janvier 2010. L’adjoint de Sir Alex Ferguson évoque un problème de visa comme raison officielle de l’échec de ce transfert. Mais certains pensent que le jeune serbe n’aurait tout simplement pas convaincu le board mancunien. Mystère. L’entraîneur du Partizan parle alors d’un « choc psychologique » pour le jeune Ljajić qui se console en s’engageant quelques jours plus tard avec la Fiorentina.

Pourtant malgré la présence sur le banc de son compatriote Siniša Mihajlović, arrivé 6 mois après Ljajić, le transfuge du Partizan n’arrive pas à faire son trou. En mai 2012, il va trouver le moyen de faire parler de lui d’une manière assez … spéciale. Remplacé dès la 32ème minute d’un match contre Novara, après une demi-heure catastrophique sur le terrain, Ljajić sort en applaudissant ironiquement son coach, Delio Rossi … qui se jette sur lui pour le frapper. Une scène tristement célèbre, connue de la plupart des fans de Calcio et qui fera le tour du monde tellement elle semble irréelle. Rossi viré dès le lendemain, Ljajić n’en reste pas moins vu comme le responsable principal de cet incident par les tifosi de la Viola qui lui reprochent son attitude désinvolte et provocatrice.

26 jours plus tard, l’ailier de la Fio est de nouveau en une de la presse pour des problèmes de comportement, avec l’équipe nationale cette fois. Il se trouve qu’il a purement et simplement été exclu de la sélection par son coach, Siniša Mihajlović, pour avoir refusé de chanter l’hymne, alors même qu’il s’y était engagé par écrit. Banni donc de l’équipe nationale jusqu’à nouvel ordre, il fera quelques jours plus tard un commentaire énigmatique : « J’aime la Serbie, mais je dois me respecter moi-même avant tout. » De religion musulmane dans un pays à grande majorité chrétienne orthodoxe, Ljajić expliquera plus tard que des raisons personnelles l’empêchent de chanter l’hymne sans pour autant donner plus de détails. Pas de quoi arranger son cas dans un pays où le sentiment patriotique est très fort.

Heureusement, grâce à sa rencontre avec Vincenzo Montella, Ljajić va avoir l’opportunité de montrer qu’il est plus qu’un jeune adulte insolent et incontrôlable.  Le nouveau coach de la Fiorentina arrive à canaliser le jeune serbe et exploiter son talent. En une petite saison, l’ex-attaquant italien le transforme et le fait passer du statut de paria à celui de chouchou du public de l’Artemio Franchi. Tellement apprécié qu’il commence à attirer les convoitises des plus gros clubs. Au mercato estival 2013, c’est le Roma qui rafle la mise pour 12 millions d’euros. En pleine reconstruction après une saison 2012-2013 catastrophique, le club de la Louve voit dans le profil de Ljajić un potentiel successeur à Erik Lamela qui s’est envolé pour Tottenham.

Son passage dans la capitale se résume en un mot. Inconstance. Capable aussi bien d’actions fantastiques que de matchs fantomatiques, le Serbe donne l’impression qu’il peut faire la différence à tout moment mais seulement quand il en a envie. Et c’est bien là le problème, Ljajić choisit ses matchs et ne brille que par intermittence. Une attitude incompatible avec le plus haut niveau et le renouveau sportif de la Roma. Direction donc l’Inter, en prêt, où il fait une saison anonyme, totalement insuffisante pour convaincre les dirigeants de le conserver. De retour à la Roma, qui a entre-temps enregistré le départ de Rudi Garcia et l’arrivée de Luciano Spalletti sur le banc. Ce changement n’y fait rien, Ljajić n’entre pas dans les plans du nouveau coach romain. Son passage à la Rome se résumera donc à quelques bijoux (comme celui face au Torino ci-dessous) et beaucoup de regrets.

Il trouve malgré tout un point de chute au Torino, qui l’engage contre 9 millions d’euros avec sûrement l’espoir de le relancer. Mais deux saisons plus tard, Adem est toujours le même, il n’en fait qu’à sa tête et ne brille que quand il en a envie. Capable de vous faire enrager par sa nonchalance comme de vous faire halluciner par sa facilité technique. Ljajić ne semble pas avoir envie de changer, pas envie de se forcer. Le voir au Torino, un bon club de milieu de tableau, ne peut m’empêcher d’avoir un profond sentiment de gâchis quand on sait tout le talent dont il est doté et la carrière à laquelle il semblait promis.

En somme, Adem Ljajić est un insoumis du football, un garçon qui n’en fait qu’à sa tête et se fiche des exigences du haut niveau et des critiques sur son inconstance. Il brille quand il veut et personne ne semble pouvoir y faire grand-chose. Des pieds en or et une tête en bois. Mercredi soir gardez donc un œil sur lui, peut-être (sûrement) traversera-t-il le match de manière anonyme, mais s’il est dans un bon jour peut-être décidera-t-il de montrer aux Brésiliens qu’il mérite son surnom de « Kaka serbe ». Après tout avec Adem Ljajić rien n’est jamais prévisible.

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