Mercato de la Roma : où va-t’on ?

Il n’y a pas d’équipe ayant démarré le mercato aussi vite que la Roma durant cette session de mercato. Certains y voient une impeccable planification du directeur sportif Monchi, d’autres constatent une certaine forme de précipitation. Et si c’était un peu des deux ? Avec la très probable arrivée de Javier Pastore en provenance du PSG qui causerait le départ de Nainggolan à l’Internazionale (départ désormais officialisé) beaucoup remettent en cause les choix du boss espagnol de la Louve. Ici il n’est pas question de se faire l’avocat de Monchi ni de céder lâchement à la passion accusant à tort et à travers les dirigeants des giallorossi de tous les maux. Tentons humblement d’analyser les objectifs du board italien et portons un œil critique sur les choix effectués jusqu’ici. Alors où va la Roma ?

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Divorce Nainggolan, mariage Pastore

Le tube du moment concerne celui qu’on surnomme affectueusement le Ninja, Radja Nainggolan et son « remplaçant » argentin, Javier Pastore souvent appelé « El Flaco » comprenez le maigre. C’est bien là un des points de divergences entre les deux joueurs. Si l’un est plus trapu et combatif, l’autre est élancé et créatif. De ce simple constat il peut donc paraître étonnant de palier le départ d’un gratteur de ballon, certes technique et offensif, par l’arrivée d’un esthète fragile mais terriblement élégant. Ce qui motive sûrement le choix de la Roma concernant le départ de Nainggolan c’est certainement et en premier lieu son hygiène de vie. Il est désormais de notoriété publique que le Belge est un fêtard grand adepte de la cigarette. Une hygiène de vie que n’importe quel club jugerait inadaptée aux exigences du football professionnel. Si longtemps la Roma fermait les yeux sur ce genre de comportement, depuis l’arrivée de Monchi la musique semble avoir changée. Amputée de Nainggolan, l’équipe s’en trouvera amoindrie, le club lui en sortira grandi. C’est ainsi que l’on peut percevoir la nouvelle direction romaine, personne n’est au dessus du club, et quelque soit votre statut, votre place n’est jamais acquise. De Rossi mis à part, il était impossible de faire un choix plus fort que de pousser Radja Nainggolan vers la sortie. Adulé par les tifosi, joueur le plus régulier depuis son arrivée, il était indéboulonnable. Au delà du message à la forte résonance on peut également estimer que le tandem Monchi-Di Francesco (ce dernier ne s’étant pas opposé au départ du Belge) anticipe une forte baisse de régime et un déclin physique en ce qui concerne le milieu de terrain ayant atteint la barre de la trentaine. Autre argument en faveur de la vente de Nainggolan, le club cherche à alléger sa masse salariale. Si le départ du milieu, seul, ne suffit pas, les cessions définitives ou en prêt quasi certaines de Juan Jesus, Gerson, Defrel et Skorupski iraient dans ce sens. Ajoutons à cela les éventualités Strootman, Gonalons ou El-Shaarawy et le club effectuerait de précieuses économies.

Dans le deal passé avec l’Internazionale de Luciano Spalletti, Nainggolan permettrait à la Roma d’empocher 24 millions d’euros ainsi que deux nouveaux joueurs : le jeune Nicolò Zaniolo et le latéral Davide Santon. Soit un footballeur en devenir et un latéral capable de jouer des deux côtés et d’accepter le rôle de doublure (de Karsdorp comme de Kolarov). Présenté comme ceci, la signature de Santon semble être une aubaine, malheureusement entre blessures et performances inquiétantes, l’Italien ne présente pas tant de garanties que son CV, quelque peu arrangé, le laisse entendre.

Qu’en est-il de Pastore ? En ce qui concerne l’international argentin, le cœur me ferait vous dire que c’est une formidable acquisition, la tête, elle, ne peut que déplorer cette arrivée. Mon point de vue se trouve donc à mi-chemin entre mes sentiments et ma réflexion. J’explicite : Depuis le départ de Miralem Pjanic, et j’omets très volontairement Leandro Paredes, la Roma n’a plus connue un joueur si créatif, capable d’orienter le jeu, briser les lignes par une simple passe et apporter la lumière dans les matchs les plus ternes. De plus son expérience n’a que très peu d’égal dans ce groupe si prometteur et c’est sans parler du fait que Pastore a connu ses premiers succès en Serie A sous la tunique rose de Palermo. Le championnat italien est en effet une compétition qui lui sied bien correspondant notamment à ses caractéristiques. Cependant, Javier Pastore est depuis bien trop longtemps désormais, abonné aux blessures. L’Argentin est perpétuellement absent et perçoit un salaire astronomique. S’il envoie un signal positif en faisant un effort considérable afin d’abaisser son salaire il en demeure le second joueur le plus coûteux de l’effectif giallorosso (seul Edin Dzeko toucherait un salaire plus élevé que les 4 millions annuels promis à Pastore). La Roma fait donc le pari de l’esthétisme mais aussi celui de relancer un joueur qui pourrait ne pas servir souvent à Eusebio Di Francesco si les jambes ne suivent pas.

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Objectifs et champs d’action

Amis amoureux de Nainggolan, tout n’est pas si noir. La Roma, grâce notamment à son prodigieux parcours en Ligue des Champions n’est plus surveillée par le Fair-Play Financier (instance de contrôle des budgets et balances budgétaires des clubs européens). Ce qui délie en partie les mains de Monchi et élargit son champs d’action sur le mercato. S’il est réputé pour son flair en ce qui concerne les jeunes joueurs, l’Andalous n’a pas pour autant l’objectif de monter un groupe d’u21. En regroupant les différentes rumeurs ainsi que les actions faites par la Roma sur cette session du marché des transferts, certaines intentions semblent se dessiner. Tout d’abord, comme nous le disions plus haut, la Roma semble vouloir alléger sa masse salariale. Dans quel but ? On peut penser que la récente prolongation et donc augmentation de Manolas ainsi que les probables futures tentatives de prolongation de Florenzi, Pellegrini (afin de supprimer ou ré-hausser sa clause), Cengiz Ünder voire éventuellement Alisson (cas sur lequel nous allons revenir) peuvent motiver ces différentes cessions qui permettraient à la masse salariale de dégager des « fonds ». 

Autre désir de la direction et notamment, encore une fois, du tandem Monchi-Di Francesco : doubler les postes. Le technicien italien est un grand adepte du turn-over. Capable de concerner tous ses hommes il est également bien conscient qu’une saison est longue et que les blessures ne préviennent pas. Tandis que de son côté la fatigue se fait lentement sentir. La profondeur de banc c’est d’ailleurs ce qui faisait défaut à Luciano Spalletti durant l’ère Walter Sabatini. Former deux équipes fortes est l’une des clés de la compétitivité, maintenir une puissante et constante concurrence et être paré aux imprévus est essentiel si l’on veut prétendre gagner quelque chose dans le football moderne. Cependant en ce qui concerne la compétitivité, de larges doutes peuvent légitimement être émis. Avec la cession de Nainggolan ainsi que la possible pour certains, probable pour d’autres, vente d’Alisson Becker, Monchi ne se saborderait-il pas ? L’équipe, bien que fournie en nombreuses arrivées de jeunes talents ne serait-elle pas beaucoup plus faible désormais ? A ce compte là les mois qui viennent nous fourniront de précieuses réponses.

Un mouvement assez nouveau, que ce soit dans les grosses écuries italiennes ou dans la Roma américaine : la volonté d’italianiser l’effectif. Orpheline de Francesco Totti, la Louve est à la recherche d’une nouvelle figure à laquelle s’accrocher. Malheureusement, aucun joueur, pas même Daniele De Rossi, ne peut combler le vide affectif causé par la retraite d’ « Il Capitano ». Monchi n’a cependant pas caché que l’aspect romaniste de l’effectif devait-être préservé. C’est dans cette optique qu’il a d’abord rapatrié Lorenzo Pellegrini, cédé à Sassuolo par Walter Sabatini l’ex-directeur sportif (qui avait tout de même pris le soin de conserver une clause de rachat), a prolongé Luca Pellegrini né à Rome et formé au club  et souhaite désormais prolonger Alessandro Florenzi malgré les demandes que l’on peut considérer comme excessives de l’international italien au vu de son rendement. Au delà de cet aspect romaniste il y a aussi la volonté de refaire de la Roma un club possédant plus de 3 ou 4 italiens sur sa feuille de match. C’est sûrement aussi pour cela que Davide Santon vient récupérer la place de Bruno Peres et/ou Jonathan Silva. Il est également possible que cela explique la venue d’Antonio Mirante et son expérience, comme second gardien en lieu et place du Polonais Łukasz Skorupski. Au milieu de terrain,  c’est l’une des sensations de la saison qui vient rejoindre Daniele De Rossi et Lorenzo Pellegrini : Bryan Cristante en provenance de l’Atalanta. Poussons la logique plus loin en nous intéressant au rumeur. Depuis l’arrivée de Monchi, Matteo Politano (formé au club), Domenico Berardi, Daniele Baselli, Alex Meret et bien d’autres italiens ont été annoncé comme cibles du club. Nous sommes encore loin d’une Roma qui fournirait à la Nazionale sa colonne vertébrale mais l’on peut cependant apprécier cette volonté de mettre en exergue les qualités des joueurs italiens au plus haut niveau.

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Bryan Cristante sous ses nouvelles couleurs

Pour conclure on peut donc être enthousiaste de voir la Roma attirer de jeunes talents tels que Bryan Cristante et Justin Kluivert qui embrassent le projet et offrent des possibilités d’énormes plus-values en cas d’explosion. La diversité des profils offre d’innombrables options à Eusebio Di Francesco mais le niveau réel de l’équipe semble s’abaisser dans l’immédiat (dû à la forte concentration de jeunes joueurs). Un pas en arrière pour deux en avant ? On peut laisser le bénéfice du doute à Monchi car la vérité du terrain aura une valeur certaine que l’on ne peut prêter à nos spéculations et attentes. Les doutes sont justifiés, mais l’enthousiasme que peut procurer ce tournant dans l’ère moderne de la Roma peut également légitimement procurer un certain enthousiasme. Nul doute que beaucoup d’observateurs auront un œil curieux posé sur le parcours de la Roma l’an prochain.

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