Une idée de réforme : la Balance des Transferts

L’été étant de retour, nous voilà donc arrivé à la période de l’année où tous les clubs à travers l’Europe s’arrachent les joueurs de football à la façon des traders de Wall Street face aux actions défilant sous leur nez tous les jours. La comparaison entre le marché des transferts européen et la délirante bourse new-yorkaise ne se perd pas ici dans les hasards des parallèles douteux, car s’il est bien un phénomène qui caractérise le mercato européen, c’est son caractère débridé absolu ! Ce qui pose plusieurs problèmes. Face à cela, voici une idée de réforme vers laquelle on pourrait aller.

Droit-justice-balance

 

Une nécessité de réforme  

Après une longue période de stabilité causée par la règle des quotas, le marché des transferts a été décadenassé, et, désormais débridé pour des raisons déjà expliquées auparavant ici, a laissé apparaître plusieurs problèmes, dont le plus visible est sans aucun doute la course à l’armement que se livrent les grands clubs, pour reprendre la formule de Bernard Caïazzo qui en 2017 disait :

Aujourd’hui pour gagner la Ligue des Champions, il faut être à un niveau de 600 millions d’euros, alors qu’il y deux ans, il fallait être à 450 millions. Dans deux ans, ce sera autour de 750 millions d’euros. On assiste à une course à l’armement impossible à suivre pour les championnats hors du « Big Five ». 

La première nécessité d’une réforme du marché des transferts européen est donc de réinstaurer un certain équilibre des forces afin de préserver la Ligue des Champions d’un carré de plus en plus fermé, ce qui pose un problème éthique et sportif qui pourrait même se traduire par les observateurs de football par l’attitude suivante : à quoi bon regarder cette compétition si ce sont toujours les mêmes qui gagnent ? A quoi bon se tuer la tâche à bien travailler et bien jouer si celui qui a le plus d’argent remporte forcément la mise ? Car cette course à l’armement est surtout le fruit d’une inflation exorbitante du prix des joueurs de football ; car si les transferts moyens se négociaient autour de 20 millions d’euros il y a dix ans, le prix moyen d’un joueur correct est aux alentours de 40 millions d’euros aujourd’hui. Il en va de même pour ces jeunes joueurs à fort potentiel que l’on caractérise par le célèbre terme de « cracks » en effet, le prix moyen de ces jeunes loups ne dépassait que rarement les 25/30 millions d’euros comme le montre les exemples de Fillippo Inzaghi, alors jeune talent de l’Atalanta qui quitta Bergame pour la Juventus contre 14 millions d’euros ou de David Trezeguet, jeune talent de Monaco qui quitta la Principauté pour cette même Juventus contre 150 millions de francs, soit 23 millions d’euros. Aujourd’hui, un crack comme Sergej Milinkovic-Savic est estimé à 100 millions d’euros, et un autre comme Federico Bernardeschi est acheté pour 40 millions.

Si le football continue sa dangereuse et folle course à l’armement, c’est bientôt des clubs historiques comme la Juventus ou le Bayern Munich pourtant très riches et appartenant à ce « Big Five » dont parle Caïazzo qui seront incapables de suivre, ce qui transformera la Ligue des Champions non plus en compétition à gagner, mais en bien achetable. C’est dans cette mesure qu’il convient de présenter cette idée de réforme : la Balance des Transferts.

La Balance des Transferts

En 1748, Montesquieu reprenant alors la philosophie de John Locke publie De l’Esprit des lois. Dans cet essai, il théorise entre autre l’équilibre des pouvoirs, car selon lui « C’est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. » Sa volonté est alors d’éviter la tyrannie – dans le cas qui nous importe ici, celle des clubs riches – et d’arriver à une certaine modération dans l’utilisation de la puissance – de l’argent dans le cas qui nous importe là – nécessaire à toute communauté humaine. Puisant dans ces sources intellectuelles, la Balance des Transferts m’est apparue comme une évidence. Son principe est simple, à partir de 50 millions d’euros, un club affilié à l’UEFA ne pourrait pas acheter un joueur sans vendre pour la somme équivalente auparavant. Ce faisant, la Juventus ne pourrait pas, par exemple acheter un joueur pour 70 millions d’euros sans faire 70 millions d’euros de ventes au préalable. On a donc un équilibre qui se fait, car il serait impossible pour un club d’amasser les joueurs de classe mondiale sans limite comme c’est le cas aujourd’hui (le Real Madrid et Manchester City en sont de parfaits exemples). Cette réforme a pour avantage qu’elle n’a pas l’hypocrisie du Fair Play Financier, et se trouve respecter le droit européen qui avait tué la règle des quotas.

Plus juste, car elle évite l’accaparement rapace des meilleurs joueurs par une oligarchie comme on le voit actuellement, elle permettrait une redistribution des cartes en éparpillant les joueurs de classe mondiale plus équitablement, car naturellement, un réajustement européen finirait par s’opérer, sur le modèle suivant : la Juventus pour acheter un joueur à 80 millions, devant faire 80 millions d’euros de ventes, finirait par renforcer des clubs tiers ce qui nous amènerait vers cet équilibre dépeint plus haut, et protéger la Ligue des Champions de l’accaparement, tout en relançant des championnats comme notre chère Serie A de la domination d’un club plus puissant que tous les autres.

De plus, le fait que la Balance des Transferts ne s’active qu’à partir des transferts à 50 millions d’euros, protégerait les petits clubs formateurs, et permettrait aux clubs intermédiaires de pouvoir se constituer des armadas sans être injustement bridés par une Balance des Transferts intégrale. Elle aurait également pour bénéfice de relancer la formation et la post-formation chez les grands, car ayant moins la capacité de pouvoir aligner les chèques pour se constituer des armadas invincibles, ils finiraient par opter pour la solution maison, en allant puiser dans leurs centres de formations et/ou dans les petites équipes, les jeunes joueurs ayant les profils manquant à leur effectif. Pour finir, cette règle freinerait l’inflation à laquelle on assiste aujourd’hui, car limitant la possibilité des transferts à 100/150 millions que l’on voit si souvent aujourd’hui. Mais par quels mécanismes cette Balance des Transferts pourrait-elle fonctionner ?

Les mécanismes de la Balance des Transferts

Comme dit précédemment, son principe de base est simple ; à partir de 50 millions d’euros, il est obligatoire de réaliser en ventes la somme équivalente au transfert que l’on souhaite réaliser. Les transferts entre 0 et 50 millions ne seraient donc pas concernés par la Balance des Transferts, et le Milan AC pourrait par exemple acheter n’importe qui en Europe sans faire de ventes du moment que le transfert se situe en dessous de 50 millions d’euros. Le deuxième principe de cette balance, est que les bénéfices – c’est-à-dire la somme que l’on obtient en soustrayant à la somme des ventes, celle des achats – se cumulent au fil des saisons. Prenons un exemple simple pour illustrer ceci : si l’Inter réalise en année A, 30 millions d’euros de bénéfices, en année B, 20 millions d’euros de bénéfices,  en année C, 30 millions d’euros de bénéfices, et en année D, 25 millions d’euros de bénéfices, l’Inter Milan pourra dépenser 105 millions d’euros sur un joueur s’il le désire, sans être inquiété par la Balance des Transferts, ils retomberont néanmoins à zéro euros sur la Balance et devront réaliser de nouvelles ventes pour acheter un joueur à plus de 50 millions. Maintenant que les deux principes de la Balance des Transferts sont posés, quelles sont les mesures prévues en cas de déséquilibre de la balance d’une équipe ? Ce dernier est simple, ici, pas de stupide exclusion d’une compétition européenne durement acquise, mais l’interdiction pure et simple d’utiliser le joueur acheté dans toutes les compétitions européennes, et l’interdiction de transfert jusqu’à ce que la balance soit à nouveau à l’équilibre. Prenons encore une fois un exemple, si l’AC Milan dépensait 90 millions d’euros pour se payer un joueur sans avoir fait les ventes préalables, ce joueur ne pourrait pas jouer la Ligue des Champions, l’Europa League, et la Supercoupe d’Europe, et Milan se verrait interdit de transferts jusqu’à ce que 90 millions d’euros de ventes soit réalisé.

Voilà à quoi pourrait donc ressembler cette Balance des Transferts, qui, bien sûr ne plaira pas à tout le monde, mais aura le mérite de remettre de l’équité dans ce sport.

@OsxSts

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