La lutte au scudetto: Les raisons d’un effondrement napolitain presque annoncé ?

Alors que le club campanien semble entrer dans une nouvelle dimension avec la venue de Carlo Ancelotti à la tête de l’équipe, la formation napolitaine sort d’une saison où les objectifs du début de saison n’ont pas été atteints. Le Napoli a réalisé une saison comptablement extraordinaire avec 91 points en 38 journées, elle s’est soldée sur un nouvel échec dans la quête au scudetto, objectif principal et annoncé depuis le début de saison. Malgré un jeu flamboyant salué par toute l’Europe, Naples a réalisé une nouvelle saison blanche. Après les éliminations dans les différentes coupes européennes et en Coppa il ne restait plus que le titre de champion comme trophée a portée des azzurri. Malheureusement pour les partenopei le scudetto a lui aussi filé entre les doigts du club après avoir été longtemps en pôle pour le remporter à la suite de 28 années d’attente. De quoi provoquer l’interrogation de certains spécialistes qui n’avaient pas prévus un tel effondrement. Nous allons tenter d’apporter des éléments de réponse à propos de cette chute.

Un effectif pas au niveau ?

callejon.jpg

Malgré les nombreux points acquis cette saison, nous n’avons pas reconnu le Napoli séduisant des saisons passées. A travers cette équipe, on remarque que certains joueurs ont semblé montrer leurs limites, tandis que d’autres n’ont pas affiché le niveau escompté.

Des joueurs affichant certaines limites

Il y a des joueurs qui ont été sublimé par le collectif créé par Sarri mais l’on a vu dans certaines confrontations en championnat que certains d’entre eux étaient trop tendres et trop limités pour aider le Napoli à atteindre ses objectifs.

C’est le cas notamment de José Manuel Reina, le portier napolitain est très rarement rassurant et décisif sur sa ligne. Il est rare de voir l’espagnol faire gagner des points, au contraire il en a plus souvent fait perdre au long de la saison. Reina donne l’impression que chaque tir cadré est susceptible de se transformer en but. Si la très sous-estimée animation défensive de Maurizio Sarri est excellente, les joueurs qui la composent le sont moins. Hormis Kalidou Koulibaly le taulier de cette défense. Sans cette animation les joueurs sont individuellement tous limités et nous l’avons souvent remarqué cette saison, surtout lorsque Koulibaly était absent. Que ce soit Raul Albiol, Elseid Hysaj ou bien Mario Rui tous bénéficient de ce collectif,  mais l’on a pu constater que lorsque que tout ne se passe pas comme prévu ces joueurs étaient souvent dépassés. C’est aussi le cas en attaque avec José Maria Callejon. L’ailier espagnol cristallise à lui tout seul, le vide technique qu’est le côté droit napolitain, en affichant des faiblesses indéniables. Cela pourra paraître surprenant à première vue, mais Dries Mertens entre aussi dans cette catégorie, mais pour des raisons bien différentes.

Auteur de 17 buts en championnat cette saison, l’attaquant de poche réalise un bon exercice, mais depuis l’année dernière on s’aperçoit que lorsque le niveau s’élève, que le défi imposé par les défenseurs augmente il affiche des limites claires en tant qu’avant-centre d’un club qui souhaite remporter des titres. Le natif de Louvain paraît physiquement trop léger pour être un attaquant de haut niveau. Difficile avec son physique de servir de point d’appui, où de se battre en duel de la tête domaine dans lequel il se fait souvent « manger ».

Des leaders ne répondant pas aux attentes

Si certains joueurs ont montré des limites, d’autres n’ont pas répondu présent et n’ont pas été au niveau auquel les spectateurs attendaient qu’ils soient. C’est le cas de Marek Hamsik qui a longtemps été obnubilé par le fait de battre le légendaire record de Diego Armando Maradona. Il le concède lui-même que cela a énormément joué sur son moral et donc forcément sur son jeu, on n’a pas reconnu le Hamsik flamboyant de la saison passée, décisif que ce soit à la passe ou à la finition. C’est aussi le cas de Lorenzo Insigne qui après avoir réalisé la meilleure saison de sa carrière, a réalisé une saison moins admirable et ce dans tous les compartiments du jeu. Très mauvais dans les zones de vérité, il peut parfois agacer par ses choix souvent illogiques. En tant que napolitain pure souche, il est censé comprendre ce que représentent les enjeux de cette saison, et donc se rendre compte qu’il ne porte pas l’équipe comme il devrait le faire.

Des choix contestables ?

5ac88d9e2ff54156e4000001

Si le coach du Napoli prône et propose un football salué par les plus grands, tels que Pep Guardiola, Arrigo Sacchi et tant d’autres, il a dû lui aussi cette saison faire face à ses propres limites. Aucune personne ne pourrait contester l’excellent travail réalisé par Maurizio Sarri, son Napoli n’a sans cesse progressé au fil des mois. A tel point qu’à travers le jeu, Naples a réussi à « se faire un nom » en Europe, en régalant les observateurs et esthètes du football avec ses différents schémas de jeu. En Serie A, le napolitain apparaît comme quasi-unique dans son style. Malheureusement le technicien italien n’est pas étranger à la mauvaise passe qu’a vécu le Napoli en fin de saison. Sa gestion de l’effectif pose énormément de problèmes, on sait qu’une saison est longue, surtout pour les clubs jouant les coupes d’Europe, il est donc essentiel pour ces clubs de posséder un effectif conséquent afin de pouvoir faire tourner et concerner tout le monde. Le problème ici c’est que Sarri ne fait que très peu jouer la concurrence. Les joueurs entrants, en manque de rythme, sont rarement bons et même plutôt décevants lorsqu’on leur donne leur chance, à l’image d’Amadou Diawara qui malgré son but face au Chievo réalise une saison assez terne, loin des promesses que l’on avait entre-aperçues la saison passée. C’est aussi le cas pour Piotr Zielinski qui peine à s’imposer, ou encore Marko Rog qui joue quelques minutes sans plus. Une gestion difficile à comprendre.

On peut également noter un certain dogmatisme chez l’entraîneur napolitain qui est symbolisé par un joueur : José Callejon.

On sait que Sarri a fait de lui un des tauliers de l’équipe grâce à son abattage sur le terrain avec ses allers-retours, mais est-ce réellement nécessaire ? Est-ce le profil dont cette équipe a besoin ? Une formation qui a pour la majorité des matchs, le ballon en sa possession. Avec le ballon l’ailier espagnol est inefficace, incapable de créer des différences balle au pied, incapable de varier son jeu, il est très facile pour ses adversaires de comprendre sa façon de jouer. Est-ce que donner plus de chances et de minutes à Adam Ounas qui a chaque entrée a su se faire remarquer et être dangereux, n’aurait-il pas été plus judicieux ?

Une direction incompétente ?

giuntoli_delaurentiis2.jpg

Il est impossible de dissocier, les résultats sportifs d’un club de sa direction surtout lorsque celle-ci est contestée par ses propres supporters. La direction du Napoli est loin d’être réputée pour être la meilleure d’Italie. En effet celle-ci peut se targuer de posséder un excellent groupe de joueurs qui s’est battu chaque jour pour atteindre l’objectif donné. En revanche que ce soit le président du club Aurelio De Laurentiis ou bien Cristiano Giutoli l’actuel directeur sportif, le board n’a pas permis d’étoffer ce groupe afin de l’aider à atteindre ses objectifs, au contraire il n’a pas semblé s’adapter aux exigences du haut niveau.

Une bonne direction est une direction qui sait voir et prévoir, anticiper les problèmes en avance, et le ressenti est ici que la direction ne prévoit rien, elle donne l’impression à ses tifosi de ne jamais maîtriser son sujet. Regardons le onze titulaire du Napoli, on peut apercevoir uniquement deux italiens (Jorginho et Insigne) et un seul napolitain (Insigne toujours). Est-ce normal ? Nous sommes en droit de penser que non. On sait que la réalité économique veut qu’il soit toujours mieux pour la stabilité d’un club de payer des joueurs moins chers et donc par conséquent payer des jeunes joueurs à l’étranger, mais il est difficile pour un jeune joueur étranger de venir à Naples et de se rendre compte de l’ampleur du club et de ses supporters. Le Napoli n’est pas un club comme les autres, c’est une philosophie différente, des tifosi différents. Le napolitain lui est fier de ce qu’il est par excellence, fier de ses origines, fier d’être napolitain, par conséquent n’aurait-il pas été plus légitime d’avoir un peu plus de napolitains dans son effectif ? Des joueurs comme Armando Izzo (Genoa) Giuseppe Pezzella (Udinese) ou bien l’actuel capocanonniere Ciro Immobile (Lazio) qui rappelons a été refusé par la direction napolitaine car dépenser 11 millions était un investissement trop onéreux selon le board napolitain.

En plus de cela, on peut aussi rappeler que De Laurentiis a refusé de manière fière et arrogante une offre de 8 millions du PSG pour Jose Reina l’été dernier, au vu de sa saison le vendre aurait pu être bénéfique, d’autant plus que l’offre paraissait inespérée pour un gardien de 35 ans. Résultat de cette affaire ? Le Napoli a gardé le portier ibérique, mais celui-ci a vécu sa dernière saison sous le maillot azzurro. En effet ce n’est plus un secret pour personne Reina continuera sa carrière en Italie du côté de la Lombardie où il rejoindra l’AC Milan étant libre de tout contrat. Par conséquent le Napoli n’encaissera rien à la suite de cette opération.

Une pression trop importante ?

145120759-b50c88cb-d1a4-4f27-8692-d3eade8a1788.jpg

Si la baisse de forme peut s’expliquer par des raisons techniques, tactiques etc, le facteur mental n’est en aucun cas à mettre de côté.

C’était l’objectif depuis le début de saison, tous les efforts consentis, comme celui de reprendre plus tôt l’entraînement, ont été réalisé afin de finir champion. Par exemple, le club n’a pas joué à 100% la Champion’s League, a balancé l’Europa League ainsi que la Coupe d’Italie pour être frais en championnat et ne pas perdre de points. « Je veux le scudetto. On va tout faire pour le gagner, on va donner 200% pour donner de la joie à nos tifosi et aussi pour nous-même » déclarait même Lorenzo Insigne lors d’une conférence de presse d’avant-match de Champion’s League, sans même prononcer un mot sur le match face au Shakhtar. On est en droit de se demander si tout abandonner n’était pas un pari trop risqué.

Il est impossible de dissocier Naples et ses tifosi, les partenopei sont partis prenantes du club. Lorsque l’on voit les scènes de liasse après la victoire contre la Juve, les feux d’artifices et tout ce bonheur procuré par cette tête rageuse de Koulibaly, on se rend compte que cette ville n’est pas comme les autres, elle est unique. La pression était immense sur les joueurs et cela peut se comprendre. Il faudrait des heures pour expliquer la portée du SSC Napoli, qui à Naples, dépasse juste le statut de club de football. Depuis le dernier scudetto 28 ans se sont écoulés et les azzurri ont connu différentes étapes entre les désillusions provoquées par les descentes dans les divisions inférieures, les remontées successives en Serie B puis en Serie A. Malgré toutes ces étapes les supporters ont toujours fait part de leur soutien inconditionnel pour leur club. Ce scudetto représente plus qu’un simple titre pour les supporters, c’est 28 années d’attente pour tout un peuple, c’est surtout le rêve pour la nouvelle génération de napolitains de vivre ce que leurs prédécesseurs ont vécu durant l’ère Maradona. Ce soutien populaire, s’est possiblement transformé en pression négative sur certains joueurs qui ne la supportent peut-être pas.

Est-ce que jeter toutes les autres coupes était la solution ? En niant l’importance des autres compétitions, et en ne remportant pas le championnat, que restera-t-il de positif à retenir pour les tifosi ? S’en remettront-ils ? Cela pourrait-il avoir des conséquences à l’avenir ?

Une Juve tout simplement trop forte ?

GettyImages-883835934-1-780x439

Il existe un adage bien connu dans le football disant que le plus important pour les grandes équipes c’est d’être prêt au printemps.

Cela n’a pas été le cas de la troupe de Maurizio Sarri, puisqu’en en effet elle a connue une baisse de régime pendant le printemps. Des résultats irréguliers dont des matchs nuls (Inter, Sassuolo, Milan, Torino) quelques défaites et quelques victoires dont notamment une face à la Juventus qui a surpris le monde du football. Malheureusement, certaines défaites ont fait mal aux napolitains, c’est le cas face à la Roma à domicile où le Napoli s’était incliné sur le score de 4 buts à 2 et la dernière en date face à la Fiorentina où réduit à 10 après dix minutes de jeu le Napoli s’est écroulé et a perdu 3 buts à 0. Un bilan assez irrégulier mais pas si catastrophique néanmoins lorsque l’on regarde la forme de la Vecchia Signora en 2018, c’est simple depuis le premier janvier 2018 elle a remporté 14 matchs sur 18.

Pourtant le Napoli tenait toujours la dragée haute à cette impressionnante Juve, mais nous avons pu observer que la troupe d’Allegri a réussi à prendre l’ascendant psychologique dans des moments clés. L’impression que le momentum a tourné une première fois lors de la 27ème journée, lors de la double confrontation Lazio – Juventus et Napoli – Roma.

587798-4c8298bdb7978a573a9041bc8ae91f1c.jpg

Pour ceux qui ne le savent peut-être pas, lors de cette journée Paulo Dybala a permis aux bianconeri, à la 93ème minute, de remporter la victoire. A ce moment là, les observateurs et les médias se sont demandés, comment la Juventus pourrait-elle tomber ? D’autant plus que le lendemain la Roma est partie créer la surprise en mettant une claque au Napoli et ce au San Paolo. Le Napoli s’est lamentablement incliné sur le score de 2 buts à 4. Ce même momentum semble avoir asséné le coup de grâce durant la 35ème journée, lors de la victoire au forceps des bianconeri face à l’Inter et la défaite de Naples à Florence.

hgiaunjuventusQuatre matchs qui ont certainement changé une saison, et si la phrase « A la fin c’est toujours la Juventus qui gagne » était réelle ? Au final il est normal que les bianconeri soient leaders, cela n’a rien de surprenant, avec le plus gros budget et les meilleurs joueurs, ils sont à leur place. Ce qui rend la saison napolitaine dramatique, c’est que Naples est devenu le premier club dans l’histoire du calcio à ne pas finir champion avec plus de 90 points engrangés. De quoi être déçu, mais cela rend surtout la performance des rivaux du Nord remarquable.

Cet échec ne devra néanmoins pas effacer la belle saison en championnat du Napoli, qui à défaut de laisser sa trace dans l’histoire par des succès récompensés de titres dépose modestement son empreinte par son jeu unique et envié de tous. Cependant et bien malheureusement la beauté est éphémère tandis que les titres, eux, sont éternels.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s