Mohamed Salah : Prince d’Italie devenu Roi d’Angleterre

Mohamed Salah qualifie son pays pour la Coupe du Monde, Mohamed Salah empile les records, Mohamed Salah à l’élection présidentielle égyptienne. Au cas où vous n’aviez pas remarqué Mohamed Salah est omniprésent en ce moment. Auteur d’une saison complètement folle, l’ailier de Liverpool s’est imposé en quelques mois comme l’un des meilleurs joueurs du Royaume.  Mais ce succès Salah le doit en partie à son passage en Italie. Débarqué dans la botte 2015 pour retrouver du temps de jeu, il en est reparti trois ans plus tard avec le statut de joueur international, convoité par les plus grands clubs européens. Les terrains italiens ont servi de centre de post-formation pour le prodige égyptien, qui y a opéré sa mue physique, tactique et technique. Récit.

S’exiler pour mieux régner

Si aujourd’hui Mohamed Salah fait trembler l’Angleterre, au point d’en être candidat au titre de meilleur joueur de Premier League, cela n’a pas toujours été le cas. Il y a trois ans, le rêve anglais ressemblait plus à un cauchemar pour le jeune égyptien. Boudé par son entraineur, José Mourinho, qui le trouvait trop frêle, trop irrégulier, pas assez intelligent tactiquement, le transfuge de Bâle n’a eu que peu l’occasion de fouler les pelouses anglaises avec le maillot des Blues sur le dos. En manque de temps de jeu, il est prêté par Chelsea à la Fiorentina tandis que Juan Cuadrado fait le chemin inverse. En terre toscane, Salah est coaché par Vincenzo Montella qui voit en lui le successeur naturel de Cuadrado, un joueur chargé de créer le déséquilibre dans les défenses. Buteur lors de sa première titularisation (contre Sassuolo), Salah impressionne très vite son petit monde. Auteur d’un doublé contre la Juve en demi-finale de Coppa Italia, Salah inscrit surtout un but mémorable : un sprint supersonique sur une trentaine de mètres qui laisse la défense bianconera sur place. Il n’en faut pas moins à Vincenzo Montella pour déclarer « Je crois que seul Lionel Messi est plus rapide que lui balle au pied. »

Juventus vs Fiorentina - Andata semifinale Tim Cup 2014/2015Muscle ton jeu Mohamed !

La deuxième étape, et de loin la plus cruciale, de cette aventure italienne se passe, plus au Sud, à Rome. En effet, lors de son passage en Toscane, Salah a tapé dans l’œil de Rudi Garcia. Le technicien français, qui apprécie les ailiers rapides et dribbleurs pour animer son 4-3-3 espère bien que sa nouvelle recrue pourra remplir le rôle auquel Juan Manuel Iturbe, acheté à prix d’or un an plus tôt, n’a jamais donné satisfaction. Positionné sur l’aile droite donc, Salah se voit assigné un rôle d’ailier de débordement. Très excentré il est chargé de multiplier les allers-retours sur les côtés et de multiplier les centres, tandis que son pendant sur le côté gauche, Gervinho, se voie confier la tâche de repiquer dans l’axe pour profiter des espaces créés pas Edin Dzeko. Le travail physique imposé par l’actuel coach de Marseille va permettre à Salah de gagner en puissance, une qualité qui lui avait cruellement fait défaut lors de son premier passage en Angleterre. Alors qu’il avait dans un premier temps du mal à finir ses matchs, Salah devient un athlète complet sous l’impulsion du coach français.

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Salah dans le système de Rudi Garcia

Le Roi de Rome

L’éviction de Rudi Garcia, remplacé par Luciano Spalletti, et le départ de Gervinho pour la Chine, lors du mercato hivernal 2016 vont permettre à Salah de changer de dimension. Dans un premier temps, Spalletti conserve le 4-3-3 de son prédécesseur mais les rôles en attaque sont redistribués. Toujours positionné sur son aile droite, Salah possède beaucoup plus de liberté dans le système de Luciano Spalletti. Déchargé d’une partie des tâches défensives, il est aussi beaucoup libre dans ses déplacements et profite des déviations de Dzeko pour repiquer dans le dos des défenseurs adverses. La saison suivante, la nouvelle mue tactique avec l’établissement du 3-5-2 par Luciano Spalletti va achever le recentrement de Salah. Dans ce nouveau système occupe un rôle d’électron libre qui gravite autour du point de fixation Edin Dzeko. Tantôt ailier, tantôt neuf et demi, Salah devient un maitre du positionnement, ce qui lui permet d’échapper au marquage des défenseurs de Serie A, pourtant experts en la matière. De plus le jeu de contre-attaque prôné par Spalletti correspond parfaitement aux qualités de vitesse et de percussion de l’ailier Égyptien. Lancé à pleine vitesse dans le dos des défenseurs de Serie A, la locomotive Mohamed Salah fait des ravages. Davide Santon est encore traumatisé par sa confrontation avec l’actuel numéro 11 de Liverpool, à l’occasion d’un Inter-Roma. Le latéral nerrazzuro avait passé 90 minutes à courir après son adversaire sans jamais pouvoir l’attraper. Pour sa deuxième saison à la Roma, l’ailier égyptien facture 15 buts et 13 passes décisives. Salah est devenu un grand, trop grand même pour la Roma qui doit se résoudre à laisser partit son jeune prodige.

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Salah dans le 4-3-3 de Spalletti
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Salah dans le 3-5-2 de Spalletti

 

You’ll Never Run Alone

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Cet été, Mohamed Salah est donc revenu en Angleterre par la grande porte. Acheté pour 42 millions d’euros par les Reds, Salah a la lourde tâche de combler le vide laissé par le transfert annoncé de Philippe Coutinho vers le FC Barcelone. La suite appartient à l’histoire. 38 buts en 43 matchs, un penalty à la dernière minute qui qualifie l’Égypte pour la troisième Coupe du Monde de son histoire, une prestation XXL en quarts de finale aller de la Ligue des Champions qui a permis à Liverpool de prendre une option sur la qualification. On retrouve dans le système actuel de Liverpool de nombreux éléments qui ont fait la réussite de Salah en Italie. Premièrement, le jeu de projection ultra-rapide, caractéristique des équipes de Jurgen Klopp, lui permet de faire parler ses qualités de vitesse et de dribbles. Deuxièmement, le rôle de Roberto Firmino, est comparable à celui qu’occupait Edin Dzeko à la Roma, avec certes des qualités différentes. L’attaquant brésilien n’hésite pas à décrocher pour organiser le jeu depuis l’arrière ou effectuer des déviations. Ces déplacements libèrent de grands espaces dans le dos des défenses centrales, et permet à Salah, positionné en faux ailier ou en neuf et demi, de repiquer dans l’axe du terrain. Enfin, avec Spalletti, Salah a appris à défendre et surtout à défendre intelligemment. Une caractéristique indispensable pour s’adapter au gegenpressing imposé par Jurgen Klopp. L’expérience de Salah en Italie est donc loin d’être étrangère au succès de l’actuel meilleur buteur de Premier League qui n’a d’ailleurs pas oublié de remercier son ancien mentor. Spalletti avait fait de Salah un dynamiteur de défense, Klopp l’a transformé en arme de destruction massive. Pour notre plus grand bonheur.

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