Ligue des Champions 2018, l’ultime défi d’une Juventus en fin de cycle

Ce mardi 3 avril 2018, la Juventus retrouve le Real Madrid pour le compte des quarts de finale de la Ligue des Champions. Alors que le club piémontais doit venir à bout du double vainqueur en titre de la compétition, elle se trouve – bien que les résultats disent le contraire – frappée par une crise structurelle. La machine brillement bâtie par Andrea Agnelli pour retrouver les sommets est en fin de cycle, et cette année marque la fin d’une période qui aura vu la Juve renaître de ses cendres. Explications !

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Le cycle Conte-Allegri

Bien qu’on ait trop souvent tendance à voir leurs périodes successives comme des moments propres à part entiers de l’histoire du club, les années Antonio Conte puis Massimiliano Allegri forment un seul et même cycle dans l’histoire de la Juventus. Ces années furent une période de renaissance progressive du club turinois après le fiasco Calciopoli qui a vu les bianconeri que tout le monde pensaient finis, disparaître dans les limbes du football. Cependant, à force de travail et par une judicieuse sélection des hommes devant mettre le projet sur les rails, la Juventus a pu revenir au sommet au terme de sept années de dur labeur. Le premier temps de ce cycle est marqué par le retour d’une domination nationale, la Juve de Conte écrase ses concurrents nationaux et s’installe durablement au sommet du football italien, l’ossature de l’équipe se construit et se solidifie et les turinois bien installés désormais dans un royaume qu’ils dominent d’une main de maître retrouvent goût à la puissance sans pourtant retrouver la puissance au niveau européen ; chose qui sera faite dans le deuxième temps de cette renaissance. Les années Allegri sont le deuxième moment de ce cycle, elles marquent le retour de la Juventus en tant que puissance européenne, avec deux finales en trois ans et des matchs de prestige comme l’aller-retour contre le Real Madrid de 2015 ou la victoire contre le Barça en 2017, la machine juventina qui se montre alors de nouveau dominatrice sur la scène européenne tout en conservant sa couronne dans son royaume transalpin commence pourtant à l’aube de la saison 2017-2018 à montrer des signes d’essoufflement.

La crise du système

Première au classement avec quatre points d’avance sur Naples à l’heure actuelle et  qualifiée pour les quarts de finale de la Ligue des Champions au terme d’un match homérique contre Tottenham, il paraît étrange de parler ici de fin de cycle, mais pourtant… Poussive, empruntée, en panne d’imagination, les hommes de Max Allegri doivent leurs succès plus au génie tactique de ce dernier et par le talent d’individualités fortes plutôt que par la production d’un jeu leur permettant d’avoir la pleine maîtrise de leur destinée lors des matchs ponctuant cette saison. Les résultats du club zébré sont un arbre cachant une forêt peu reluisante et difficile à admettre pour bien des supporters, le cycle Conte-Allegri touche à sa fin, et les toussotements de cette saison en sont le symptôme le plus visible. Les causes de cette crise de fin de cycle sont multiples, en premier lieu, il y a le fait que l’ossature de l’équipe a énormément changé, du groupe étant allé en finale de la Ligue des Champions en 2015, il ne reste plus que sept joueurs (Sturaro, Chiellini, Barzagli, Lichsteiner, Asamoah, Marchisio et Buffon)  l’ossature forte qui avait refait la gloire de la Juve a été dissoute au fil du temps, et les hommes forts qui la composait n’ont jamais été remplacé, Pirlo n’a aucun successeur digne de ce nom, le profil de Pogba n’existe plus, Arturo Vidal a laissé un trou béant derrière lui et derrière, le rôle de quater back tenu autrefois par Bonucci n’a pas trouvé preneur. Dans un second temps, le milieu turinois, cœur de la création offensive, est un champ de ruine, il accuse un déficit technique assez conséquent comparativement aux concurrents européens de la Juve, la faute à un duo Matuidi-Khedira qui bien qui solide et compact en phase défensive, ne peut apporter la plus-value technique nécessaire à la construction du jeu en phase offensive.

Dans un troisième temps, cette crise se caractérise par un essoufflement des derniers vestiges de la période de renaissance juventina, Buffon, Barzagli et Lichsteiner sont vieillissants, Marchisio, Asamoah et Khedira sont en bout de piste, et même Chiellini commence à accuser le coup physiquement comme en témoigne sa fatigue musculaire des derniers jours. Cette Ligue des Champions a donc une saveur particulière pour ces hommes, ils savent que c’est leur ultime occasion de soulever la coupe aux grandes oreilles avant la nouvelle ère se préparant actuellement à Turin.

Vers quelque chose de nouveau 

Voilà quelques jours que l’on entend des rumeurs insistantes envoyant Massimiliano Allegri tantôt au PSG, tantôt ailleurs en Europe. Ceci est l’un des signaux les plus éminents du grand chambardement qui se prépare cet été, comme on l’a vu, la Juve est en fin de cycle, et les dirigeants le savent parfaitement ! Des sept joueurs nommés précédemment ayant participé à l’épopée de 2015, seul Chiellini est garanti d’être juventino la saison prochaine, une grande partie de l’effectif est à remplacer et des pistes (Emre Can, Anthony Martial) commencent à se faire entendre. L’identité même de l’entraîneur qui officiera la saison prochaine est incertaine, comme on l’a vu, Allegri est annoncé partout ailleurs, et même Lippi a dû sortir du bois pour demander à son compatriote de rester sur le banc de la maison turinoise, mais cela n’empêche pas des noms (Zidane, Inzaghi, Jardim) de se faire entendre avec insistance du côté de la maison noire et blanche. La Juve est donc à un moment charnière de son histoire, la vieille maison rebâtie il y a de cela plusieurs années réclame aujourd’hui de grands travaux,  nous assistons donc en soit au dernier baroud d’honneur de cette génération extraordinaire, la Ligue des Champions pour six des sept joueurs susnommés revêt d’une aura particulière, car étant leur ultime valse sous la tunique bianconera, elle est pour eux le plus beau moyen de conclure cette sublime renaissance turinoise.

En attendant les travaux…

En attendant la grande restructuration de cet été, les défis actuels doivent être relevés, et ce soir s’annonce le plus grand d’entre eux : les compagnons de Gianluigi Buffon vont devoir venir à bout du Real Madrid, un ogre footballistique régnant sans partage sur le football européen depuis maintenant deux ans, et gonflé à bloc pour réitérer la performance cette saison. Face à l’armada offensive de Zidane, les joueurs de Max Allegri vont devoir redoubler d’attention et sortir l’un de ces matchs appliqués et disciplinés où chacun forment un tout compact et uniforme attaquant et défendant comme un seul homme, déjouant ainsi les adversaires les plus forts et les tacticiens les plus rusés.  La légion d’Allegri est face à son ultime défi, peut-elle le faire ? Oui, elle en a les armes et la volonté. En sera-t-elle capable ? Ceci, seul le temps nous le dira. En attendant, la majorité des observateurs donnent la Juventus éliminée, mais si il y a bien une chose que la maison juventina nous a appris, c’est qu’elle n’est jamais aussi solide que lorsque les gens la donnent détruite…

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