Retrospective : Diego Milito, du silence et des ondes

José Mourinho entamait sa deuxième année à la tête de l’Internazionale et la fameuse théorie de la date de péremption du technicien portugais au sein d’un club était encore loin d’être érigée en règle. Après quatre titres de champion d’Italie gagnés d’affilée, l’objectif du club se porte désormais sur la Ligue des Champions. Dans cette optique, le Mou ajoute quelques touches de couleurs à son équipe lors du mercato estival de 2009. Après le Brésilien Lúcio et le hollandais Wesley Sneijder, indésirables et bradés respectivement par le Bayern Münich et le Real Madrid (8 millions d’euros pour le défenseur et 15 pour le meneur de jeu), la grande attraction de ce mercato repose sur l’échange effectué avec le FC Barcelone entre Zlatan Ibrahimovic et Samuel Eto’o. De la cité de Gaudí, il en est aussi question avec l’arrivée plus discrète de Thiago Motta, formé au Mès que. Débarqué en provenance du Genoa, l’Italo-Brésilien n’est pas seul à faire les 145 kilomètres qui séparent Genova de Milan. Facturant 24 buts à la pointe de l’attaque d’Il Grifone l’année précédente, le staff de l’Inter se dit que recruter Diego Alberto Milito pour 26 millions d’euros pourrait être une idée. Dans le deal, l’Inter y gagna un prince.

Milito

Coup d’œil dans le retro

Pour se souvenir de Diego Milito chez les nerazzurri nous pourrions commencer par ce qui est probablement sa plus belle soirée. Peut-être l’unique fois où sa partition a primé sur toutes les autres. Une soirée de héros. Le 22 mai 2010 au Stade Santiago Bernabéu de Madrid se déroule la cinquante-cinquième finale de la Ligue des Champions lors de laquelle l’Internazionale affronte ce soir-là le Bayern Münich pour le titre européen. Et c’est le soir choisi par l’enfant de Bernal pour sortir son plus beau costume. On joue alors la trente-cinquième minute de cette finale quand sur un dégagement de Júlio César, Milito, après avoir résisté à son compatriote Demichelis, remise parfaitement le ballon de la tête pour Sneijder. Il entame alors son sprint vers la surface, la passe du meneur hollandais prend la défense à revers, Van Buyten, trop court, est aux premières loges pour admirer le petit ballon piqué du goleador argentin qui se loge juste sous la barre. 1-0. A la soixante-dixième minute, alors que le Rekordmeister tente désespérément d’égaliser, Milito double la mise sur une contre-attaque en trois passes, schéma métaphorique de l’Inter de cette année-là. A l’entrée de la surface, en un-contre-un face à Van Buyten, l’argentin crochète et loge directement le ballon dans le petit filet opposé avec une frappe puissante à mi-hauteur. 2-0, le Bayern ne reviendra plus, et c’est Zanetti qui soulèvera la coupe aux grandes oreilles.

Sur ses deux buts, celui qui est déjà Il Principe dans les cœurs noirs et bleus ne regarde jamais la cage ou le positionnement de Butt. A peine ose-t-il lever la tête juste avant son crochet lors de sa deuxième réalisation de la soirée. Comme pour s’assurer de la sentence. Deux coups d’épée et la bête est à terre. Etre plus froid que le Bayern, pas une petite performance. Pourtant l’acte chirurgical a été opéré par celui qui semblait être aux yeux de tous le plus humain de la bande à Mourinho. Celui-là même qui fondra en larmes dans les bras de Materazzi au moment de quitter son futur stade de résidence. Dans une équipe digne d’un casting de Peckinpah (ajoutez un foulard sur le visage de Samuel, Chivu, Maicon, Cambiasso ou Stankovic), Milito passerait presque pour un gentil voisin de palier quand il en est en fait le tueur froid. Celui que les rois envoient finir le travail : Il Principe.

L’autre Diego

La vie de Diego Alberto Milito semble être tout droit sortie d’un roman, voire d’une fable qu’on raconte aux enfants pour leur faire croire que la féerie peut être approchée par les mortels et que la magie peut opérer à l’ombre, avec la plus grande humilité qui soit. L’histoire commencerait par un duel fraternel entre lui et Gabriel, le petit frère, jouant chacun pour un club rival. Le Racing Club de Avellaneda pour le protagoniste principal, le CA Independiente pour celui qui ralliera plus tard le FC Barcelone. L’un est défenseur, l’autre attaquant. Vous voyez le tableau. Pour une bonne intrigue il faut à notre conte un sommet à gravir. Alors, après cinq saisons au Racing, le championnat argentin serait devenu trop étroit pour Diego. C’est l’heure du départ, le grand, le moment où débute le voyage. La première étape sur la route de l’Europe nous montre Milito qui arrive en Ligurie où déjà le décor change. A Genova, ancienne ville du « Triangle industriel » italien, l’argentin s’engage avec le Genoa, alors en Serie B. Avec 33 buts en 59 matchs, il redonne de sa superbe au Griffon et par la même occasion une accession en Serie A pour la saison 2005-2006. Malheureusement, le club est soupçonné de fraude pour le dernier match de la saison face au Venezia et se retrouve relégué en Serie C1 (troisième division italienne) pour la saison suivante.

Milito genoa

Pour pallier une aussi grande désillusion, quoi de mieux que d’être réconforté par un être aimé ? C’est en rejoignant le Real Saragosse de Gabriel que le buteur séchera ses larmes. Et encore une fois avec la manière. Aux côtés de Pablo Aimar, Sergio Garcia ou encore de Ricardo Oliveira, celui qui n’est pas encore anobli inscrira 49 fois son nom au tableau d’affichage en 107 rencontres toutes compétitions confondues. Mais ici aussi, l’histoire vire plus au cauchemar qu’au rêve éveillé. Après une finale de coupe d’Espagne lors de son premier exercice au club (défaite 4-1 contre l’Espagnol après avoir éliminé le Barça et le Real), une sixième place obtenue en Liga en 2007 et donc une qualification européenne validée pour la campagne suivante, le club aragonais part avec des certitudes pour la saison 2007-2008. Il n’en sera rien, malgré trois entraîneurs différents et 17 buts de Milito le club fini 18ème et relégué à la surprise générale. L’histoire semble encore jouer des tours au sosie du grand Enzo Francescoli.

Only lovers left alive

« Tout au long de ma carrière, j’ai pris les décisions en fonction de ce que dictait mon cœur ». Cette phrase, que Diego Milito prononcera quelques années plus tard lors de son retour en Argentine, semble convenir à merveille à sa décision de revenir en Italie, terre de ses ancêtres, à l’été 2008. Pour son premier match Diego marque l’unique but de la rencontre pour une victoire de prestige 1-0 face à L’AC Milan et déclare « J’ai eu la sensation de ne jamais avoir quitté le club, ce fut comme dans un rêve ». Oui, pendant le séjour espagnol de notre protagoniste le Genoa a gravi les échelons pour retrouver l’élite, et Milito fait le choix du cœur pour venir clore un chapitre de son histoire resté ouvert comme une plaie durant l’exil à La Romareda. La suite de l’histoire est sans embûches jusqu’au soir du 22 mai 2010 : 26 buts en 32 matchs avec les rossoblù, 30 en 52 rencontres disputées pour l’Inter lors de sa première saison, le fameux triplé déposé sur un plateau d’argent dans la salle des trophées de l’Internazionale. Le tout moins de deux ans après son retour dans la botte.

Mais notre conte est d’autant plus beau qu’il ne s’arrête pas après une victoire en Ligue des Champions. Alors comme le football ne laisse pas le temps de savourer, Milito repart et continue de faire trembler les filets. Après une deuxième saison plus difficile au niveau comptable (8 buts en 33 matchs toutes compétitions confondues), Diego relance l’horlogerie pour ses troisièmes et quatrièmes saisons sous le maillot noir et bleu. En 2011-2012 Il Principe inscrira 26 buts en 38 partite jouées. Puis neuf en une demie saison pour l’exercice suivant. Demie car si Milito est un homme d’amour, ce dernier ne le lui rend pas toujours. Pour amorcer ce qui semble être son déclin, à 33 ans, il se rompt les ligaments croisés du genou gauche un 14 février 2013. De retour sur les terrains italiens pour la saison suivante, le buteur argentin n’est que l’ombre de lui-même. Ne se sentant plus d’aider une équipe en reconstruction après les départs de tous les champions avec lesquels il avait soulevé tant de trophées, l’appel du pays se fait de plus en plus pressant.

Dernier tango à Avellaneda

En 2014, pour une dernière danse, Il Principe choisi de retourner au Racing, chez lui, avant de fermer le livre. Déjà champion d’argentine en 2001 avec son club de cœur, c’est tout une ville qui attend son guide lors de son retour. Depuis ce titre, El primer Grande ne fait plus figure de référence dans le football argentin alternant parfois le bon, souvent le moyen et trop régulièrement le médiocre. Après des débuts à la hauteur des espérances, Milito se blesse. Sans son joueur phare le Racing ne semble plus en mesure de tenir une cadence de champion et lâche des points. Mais après une carrière homérique, aucun défi ne semble trop grand pour Diego, qui fera son retour comme seuls les plus grands de ce monde peuvent se le permettre. Menés 1-0 à la Bombonera lorsque Milito fait son apparition à 30 minutes de la fin, il change le cours du match à lui seul. Il offre le premier but à Bou et ne cesse de peser sur la défense. Bou inscrira un deuxième but synonyme de victoire à Boca Junior. Retourner la Bombonera en une demie-heure, excusez du peu. Milito devient alors irrésistible, décisif à chaque match ou presque. Lors de la dernière journée le Racing a son destin en main : une victoire contre Godoy Cruz et le titre sera pour eux. Ce coup-ci Diego joue de son statut mais laisse le costume de légende locale à un autre enfant du club, prêté par le Genoa : Centurion de la tête marquera le seul but de la rencontre. 1-0 et le Racing est champion 13 ans après son dernier titre. Notre désormais héros est porté en triomphe. Il est prophète en son pays, légende ou tout autre qualificatif que les latins sont capables d’inventer quand ils aiment plus que de raison. Diego est aimé, c’est plus que ce qu’il n’en demandait.

Requiem pour une émotion

Diego Alberto Milito ressemble à un footballeur à part. Unique. Il incarne un sentiment, un frisson. Il semble être le dernier humain avant le ciel, le summum du football mondial. Le Saint-Pierre en contact avec les mortels et ceux dont les noms sont gravés en lettres d’or. A y regarder de plus près du côté des statistiques et résultats (celles sensées clore tous les débats entre fans et détracteurs), on s’aperçoit qu’Il Principe a performé dans chaque club. Et plus encore, chaque fois qu’il s’est engagé pour une équipe, celle-ci a toujours obtenu des résultats supérieurs aux attentes initiales. Racing, Genoa, Real Zaragoza, Internazionale FC, aucune ne fait exception à la règle et ce, à chaque passage de Milito. Les buts ? 212 en 480 matchs de championnat en carrière. Soit une moyenne de 0,44 but par match.

Peut-être alors que les récompenses peuvent être un indice pour percer le mystère de l’attaquant. En 2010, année de la victoire de l’Inter en Ligue des Champions, le buteur est élu meilleur footballeur de l’année et meilleur attaquant de l’année par l’UEFA. Dans la liste des 23 au ballon d’or ? Aucune trace de Diego. Bien sûr, le panthéon des plus grands attaquants auquel nous tentons de le comparer ici passe souvent par des prestations avec la sélection nationale. Avec le fait de n’avoir réellement performé que deux saisons complètes dans un top club européen (2009-2010 et 2011-2012), nous touchons peut-être au talon d’Achille de Milito. Peu d’exposition sur la scène internationale et peut-être même un manque de présence sur la durée en Ligue des Champions peuvent expliquer ce déficit de notoriété.

milito inter

2010, l’année la plus faste de Diego, est une époque proche et à la fois lointaine de nous. Lointaine dans le sens où, au moins en France, ont été développés depuis des outils d’analyse du football qui n’étaient pas accessibles au grand public auparavant. La place qu’ont prise les statistiques dans le regard que nous portons sur un joueur de football professionnel a radicalement changé la perception que nous avons de lui. Certains des concurrents de Milito à l’époque ont pu être observés plus tard au travers de nouvelles focales et critères d’analyses (on pense ici à Lewandowski, Benzema, Suarez, Higuain, Tevez, ect…), dont n’a peut-être pas pu jouir Il Principe. Étions-nous en mesure d’apprécier il y a dix ans comme nous le faisons aujourd’hui, les passes de Jorginho, le jeu sans ballon de Sané, les sorties de balles d’Hummels ou encore la capacité à toujours faire le bon choix de Busquets ?

Pour autant le sentiment d’une étoile filante semble demeurer quand on parle de l’Argentin, de sa carrière au très haut niveau. Celui qui a fait plus que réussir sur l’unique saison où il jouissait d’une grande exposition dans sa carrière, sans pour autant parvenir à confirmer dans les grandes compétitions et se faire un nom auprès du grand public. Idole dans chacun des clubs par lesquels il est passé sans jamais avoir la reconnaissance unanime, globale pour sa carrière. Le Prince n’entre réellement en scène que lorsque les rois l’invoquent, comme sur un dégagement de César pour triompher dans la reine des compétitions.

 

Un commentaire

  1. Magnifique article sur un joueur dont j’ai apprécié la personnalité et le talent sans contexte. Juste énorme sa campagne de league des champions et sa prestation lors des confrontations contre le barça. Pensez aussi à faire un focus sur Goran Pandev, un autre joueur de l’ombre.

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