Du cœur et des couilles, le Milan de Gattuso

Le 27 novembre dernier, suite aux nombreuses contre-performances de Vincenzo Montella, le calabrais Gennaro Gattuso pris le contrôle de l’effectif du Milan AC. Nommé par une direction aux abois, l’ancien milanais avait tout d’un pari très risqué, lui n’ayant jamais piloté un projet aussi énorme. Cependant, après une période difficile, la sauce semble enfin prendre.

Des débuts compliqués

Ayant dépensé – à crédit – des sommes mirobolantes pour faire un mercato ronflant avec pour objectif une qualification à la prochaine Ligue des Champions, la direction milanaise s’est retrouvée dans une immense panade lorsque Vicenzo Montella s’est révélé incapable de la tâche qu’on lui avait confié. Après seulement six victoires en quatorze journées de championnat – soit 18 points pris sur 42 possibles – Montella fut remercié et Gennaro Gattuso pris place. L’objectif avait alors tout d’une mission commando suicide, le calabrais devait remobiliser les troupes, créer un groupe fort et relancer le club, afin de lui faire jouer la lucrative Ligue des Champions. Très peu d’observateurs jugeaient la chose possible, et voyaient alors Milan rater une énième fois la Ligue des Champions. Néanmoins, après des débuts laborieux durant laquelle, à peine arrivé, il fut vivement critiqué et failli démissionner avec seulement 4 points pris sur 12 possible durant la période des fêtes, le Milan de Gattuso commença une fantastique remontée ! Ne perdant plus un match depuis le 30 décembre, il empocha 20 points sur les 24 possible depuis lors. Quelle est donc sa recette ?

Du cœur et des couilles

Gennaro Gattuso, à la différence des autres entraîneurs de la nouvelle génération ayant vu le jour ces dernières années en Italie comme Simone Inzaghi ou Marco Giampaolo, n’est pas connu pour être un grand tacticien. Si on devait le décrire, il ressemblerait plus aux entraîneurs « profs de sport » que l’on connaît en France qu’à un génie tactique comme Massimilano Allegri. Cependant, Ringhio n’est pas dépourvu de qualité, et les deux principales lui ayant autorisé cette incroyable série sont tout d’abord son tempérament de meneur naturel qui lui permit de s’imposer durablement dans le vestiaire milanais et son extrême exigence, héritage de sa longue et immense carrière au très haut niveau. Ce dernier point est à soulever, dès son arrivée Gattuso imposa des séances d’entraînements bien plus rudes et exigea de ses joueurs un engagement maximum sur le terrain ! Gattuso est très clair, les joueurs milanais doivent se donner corps et âme à l’entrainement et sur le terrain en ne ménageant aucun effort sous peine de se voir envoyés sur le banc ! Transmettant combativité et discipline, il a su créer un groupe et fédérer des hommes autour d’un but clair comme le dit si bien le capitaine Leonardo Bonucci pour la radio italienne Radio 105

« Nous avons enfin réussi à créer un groupe et c’est grâce à l’entraîneur. On a mis un peu de temps à se connaître. Gattuso a été fondamental là-dessus. Il nous a donné de l’auto-estime et des certitudes. La défaite est quelque chose dont il ne veut pas entendre parler. Sur le terrain, c’est le premier à faire les exercices. C’est impressionnant l’envie et la passion qu’il transmet, je pense que je n’ai jamais vu ça chez un autre entraîneur. »

On pourrait penser que le football selon Gattuso s’arrête à la simple formule « du cœur et des couilles » cependant, une identité de jeu semble être en train de se faire jour actuellement dans le Milan du vieux calabrais.

Le Gattusismo, qu’est-ce que c’est ?

Qu’est-ce que l’identité footballistique milanaise sous l’ère Gattuso ? Toute proportion gardée, on pourrait la rapprocher de ce qui se fait actuellement dans l’Atlético de Diego Simeone. C’est-à-dire tout d’abord un bloc défensif compact et imperméable, en effet, Milan depuis le début de sa série d’invincibilité en soit donc depuis le début de l’année 2018, n’a encaissé que 4 buts en championnat, ce qui en fait la meilleure défense de Serie A derrière la Juventus (1 but) Étant passé à une défense à quatre, cette solidité défensive est visible avec la résurrection de la charnière Romagnoli-Bonucci. Le premier est à 67% de duels gagnés, et Bonucci, 54%, elle semble loin l’époque où ce dernier semblait être devenu une véritable passoire ! Plus que sa rigueur défensive, Leonardo Bonucci a retrouvé sa justesse technique avec 80% de passes réussies en moyenne aujourd’hui. Cette rigidité défensive en acier est la clé de voûte du système Gattuso, et la base de tous ses succès comme en témoigne le dernier match contre l’AS Roma où les joueurs giallorossi eurent toutes les peines du monde à bouger le bloc lombard. L’autre versant du Gattusismo est la rapidité d’exécution lors des transitions défense-attaque et l’intensité mise lors des phases offensives ! Si les milanais ont remporté en moyenne 63% de leurs duels en phases d’attaque, ce n’est pas un hasard ! Le Milan AC version Gattuso est une équipe à la verticalité prononcé en phase d’attaque ressemblant par moment à une équipe anglaise. Derrière cette identité ayant amené ces réussites, se trouvent des hommes qui pour certains reviennent de très loin !

Les hommes forts de Gattusismo

Depuis l’installation de son 4.3.3, Gennaro Gattuso peut compter sur un groupe d’hommes forts ! Tout d’abord en défense, comme on l’a vu, Alessio Romagnoli et Leonardo Bonucci ont retrouvé des couleurs, ensuite sur les côtés, Ricardo Rodriguez est intraitable quant au jeune Davide Calabria, profitant de la grave blessure d’Andrea Conti et du naufrage du vieillissant Ignazio Abate, il s’offre depuis le début de l’année 2018 de très belles performances  et s’affirme comme un élément incontournable de l’effectif milanais. Au milieu, l’entraîneur rossonero a enfin trouvé la formule juste, Lucas Biglia à la relance, Franck Kessié pour savater l’adversaire, briser la construction adverse et récupérer les ballons, ainsi que Giacomo Bonaventura pour la projection vers l’avant, ce milieu est ultra complémentaire, et cela se voit sur le terrain ! Quant à l’attaque, elle retrouve toute sa force avec sur l’aile gauche un Hakan Calhanoglu brillant, qui, ayant enfin arrêté de bouger d’un poste à l’autre a retrouvé l’excellent niveau qui avait fait de lui un joueur à la mode l’été dernier. Enfin, pour clôturer ce chapitre des hommes forts, il est impossible de ne pas faire mention de l’incroyable révélation qu’est Patrick Cutrone ! Profitant en effet des méformes d’André Silva et Nikola Kalinic, il s’est affirmé comme étant LE meneur de l’attaque milanaise alors qu’il sortait tout juste du centre de formation, défiant alors tous les pronostics ! Avec 14 buts inscrits cette saison, il est plus que jamais l’homme fort de Milan.

Après une longue période de déboires, Milan semble enfin retrouver des couleurs grâce à son nouveau maître Gennaro Gattuso, dur et exigeant, il est arrivé à tirer le maximum d’une équipe en laquelle personne ne croyait jusqu’à récemment.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s