Blaise Matuidi « Les Français, sauf exception, on n’aime pas trop bosser..»

Blaise Matuidi, international français et vaillant milieu de la Juventus s’est exprimé aux micros de l’Equipe quant à son adaptation et la mentalité de son nouveau club. Matuidi évoque également le cas du racisme dans les stades dont-il a été victime à Cagliari notamment.

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L’arrivée à Turin – Le premier jour, j’ai découvert le J-Medical (le centre médical du club). Là, j’ai été choqué ! Toutes ces machines, tout ce staff médical… Il y a absolument tout ici, c’est extraordinaire. Tout de suite, j’ai compris qu’ils ne laissaient rien au hasard. C’est la marque des grands. J’ai vu plusieurs médecins, chacun spécialisé dans une partie du corps. Si vous avez un problème à la main, pas de souci, ici, il y a le spécialiste de la main. Ils m’ont tout vérifié. Et le suivi est hyper individualisé.

L’intensité des entraînements – On travaille énormément. Et c’est moi qui vous dis ça ! C’est connu, c’est la marque du club. La Juve n’a pas gagné 35 titres pour rien (33, les Scudetti remportés entre 2004 et 2006 ont été annulés à la suite du scandale du Calciopoli). Quand je suis arrivé, je n’avais pas trop l’habitude de travailler en « palestra » , en salle de gym, quoi. Il faut dire la vérité : nous, les Français, sauf exception, on n’aime pas trop bosser en dehors des entraînements. Ici, on m’a appris le goût de ce travail. Bosser la force au niveau des jambes et du haut du corps, la façon dont je peux me positionner… Au bout de quelques mois à peine, je remarque déjà que ça me fait énormément de bien. J’étais déjà endurant, mais là, je sens que je le suis encore plus. J’ai l’impression d’avoir franchi un cap. En match, j’ai moins de difficultés à répéter les efforts à haute intensité, j’arrive à tenir sans problème. Après les matches, je n’ai pas de crampes, ce qui pouvait m’arriver avant. J’avais parfois des difficultés à rester debout dans les duels, j’ai aussi beaucoup progressé à ce niveau-là. Et en très peu de temps. Tout ça, c’est dû au travail que je fais en dehors des entraînements. Allegri en veut toujours plus. Toujours. Quand tu as un coach qui te dit : « C’est bien » , tu restes sur tes acquis. Lui nous répète sans cesse : « Ça, ce n’était pas bien » … Au quotidien, ça nous pousse à progresser. Et puis, on travaille énormément tactiquement. Notre coach, à ce niveau-là, c’est du très haut niveau.

La mentalité juventina – Ici, le slogan c’est « vincere » (vaincre). Avant le match, on entend les tifosi le chanter encore et encore. Je me sens en parfaite adéquation avec ça. On peut prendre du plaisir sans la victoire, mais il est multiplié quand tu gagnes. Ce qui est marquant, ici, c’est que l’institution prime. On sent qu’elle est là depuis très longtemps et que le nouveau doit se mettre à son service. L’institution est plus forte que les joueurs, c’est le lot des très grands clubs.

Son adaptation – Je me souviens d’une phrase que Pat m’avait dite quand il voulait que je le rejoigne. « Blaise, la Juventus, c’est le club qu’il te faut. » Pat a eu raison. C’est le club qu’il me fallait pour continuer à progresser et être performant en club et en sélection nationale. Je ne me suis vraiment pas trompé. À mon âge, j’avais besoin de ça. Je vis une seconde jeunesse. Mon quotidien ne change pas par rapport à Paris. Je vais à l’entraînement, je rentre, je me repose, je regarde mon petit film sur Apple ou Netflix, et voilà (il sourit) ! De temps en temps, je vais manger au restau, et ici, je suis servi. Ma crainte, ce n’était pas mon adaptation, mais celle de ma famille. Nous n’avions jamais changé de pays. À 30 ans, quand tu es marié et que tu as des enfants, c’est ça qui compte. Si ta famille n’est pas bien, tu ne seras pas bien et ça va se ressentir sur le terrain. L’adaptation s’est faite naturellement. Mes enfants sont épanouis à l’école internationale, ils y apprennent l’anglais et l’italien. Quand ils rentrent à la maison, un coup ils me parlent en anglais, un coup en italien. C’est génial. Même le petit de 2 ans me parle en anglais parfois. Il me dit : « Daddy, I want this. » Je suis choqué ! Ma femme aussi est super contente. Ça me rend plus qu’heureux. Je vis la dolce vita, c’est vrai. Enfin, pas forcément sur le terrain (il éclate de rire), mais c’est ça qui fait progresser.

Le racisme dans les stades – Ca n’est pas dans tous les stades. On a joué beaucoup de matches et ça n’est arrivé « que » deux fois (à Vérone le 30 décembre et Cagliari le 6 janvier). Deux fois de trop, mais il ne faut pas généraliser, et même dans ces stades-là, c’est le fait d’une minorité. C’est le point négatif. Clairement, ça m’a fait du mal. Ce sont des choses qu’on ne doit pas voir dans le football. Mais j’ai reçu le soutien d’énormément d’Italiens, sur les réseaux sociaux notamment. Le club m’a beaucoup soutenu, les tifosi aussi… Que faire dans ces cas là ? Je ne sais pas, je ne suis qu’un joueur. Si ça se reproduisait ? Je ne sais pas ce que je ferai. La dernière fois, à Cagliari, j’ai réfléchi à quitter le match. Puis j’ai pensé à mes coéquipiers. Je me suis dit que je ne pouvais pas leur faire ça. Mes coéquipiers et mon club ne veulent que mon bien. Je porte le maillot de la Juve, et mon but, c’est que le club ait des performances et que je puisse aider l’équipe. C’est pour cela que je suis resté sur le terrain. Je crois que je ferais pareil si ça devait se reproduire. Il vaut mieux ne pas faire attention et rester concentré sur le jeu. Ma mère m’a conseillé ça, je vais l’écouter (il sourit).

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