Alejandro Gomez, de l’anonymat au statut de bandiera

L’année 2017 fut une année importante pour l’Atalanta Bergame et surtout pour l’un de ses tauliers, le capitaine Alejandro Gomez (29 ans). Après avoir réussi une saison historique avec son club qui s’est soldé par une 4ème place et une qualification en Europa League, l’ailier argentin s’est vu récompensé de sa magnifique saison par une convocation dans le groupe argentin. Plus connu sous le nom de « Papu » (surnom donné par sa mère), le capitaine bergamasque est devenu aujourd’hui un joueur et une personnalité importante du calcio. Un joueur ayant connu différentes étapes dans sa carrière, qui semble maintenant jouer son meilleur football. Un succès qui ne s’est pas fait sans encombre, Gomez a dû cravacher pour réussir à se faire un nom.

Les débuts en Argentine

Né à Buenos Aires le 15 février 1988, Gomez a toujours joué en Argentine dans la ville qui l’a vu naître. Il fait partie des rares Argentins à ne pas admirer la légende du pays Diego Armando Maradona en raison de sa vie extra-sportive incohérente avec le sport selon lui « Il était une banderia sur le terrain, mais il vivait une vie qui n’avait rien à avoir avec le sport. J’ai d’autres modèles : Pablo Aimar, Juan Román Riquelme mais avant tout Juan Sebastián Verón : un vrai joueur, un homme, un leader ». Cela démontre la personnalité de ce joueur, cet homme si spécial.

Une jeunesse compliquée, un désamour dès son enfance

Depuis petit Gomez a toujours eu une personnalité différente des autres, hincha de l’Independiente car admiratif du champion de 2002 Federico Insúa. Papu a failli ne pas devenir un joueur de football, il a reconnu lui-même qu’il aurait pu jouer au tennis quand il s’entraînait avec son oncle Hugo Villaverde. Pourtant c’est vers le football que le jeune Alejandro Gomez s’est tourné. Jorge Burruchaga l’avait convoqué en janvier 2003 pour faire la pré-saison avec l’équipe d’Arsenal, dans les montagnes de Tandil. À cette époque, il avait la coupe Mohican et il se battait avec les vêtements d’entraînement car tout était trop grand pour lui. Ces débuts ont été extrêmement compliqués, il faut dire qu’il ne mesurait que 1m64 ce qui composait un réel désavantage pour lui. Un jour durant un match entre la réserve d’Arsenal Sarandi et Banfield, un supporter aurait même crié dans les tribunes « Petit, qu’est-ce que tu fais ici ? Retourne au collège ! »

Des réactions typiques pouvant créer le désamour entre lui et son propre pays, mais Alejandro n’a jamais cessé de se battre et a démontré une grosse force de caractère, qui lui a permise de faire face à de nombreuses étapes dans sa carrière.

Arsenal Sarandi : Lieu d’émergence du jeune Papu

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En 2003 il intègre l’équipe de jeunes de l’Arsenal de Sarandi, un petit club du sud-est de Buenos Aires. Il y suivra sa formation là-bas pendant 2 ans, et sera lancé en 2005 à 17 ans. Il fera des apparitions régulières, où il marquera 2 buts en 15 apparitions pour Sarandi, qui terminera la saison 5ème du Torneo Apertura (Tournoi d’Ouverture)

Une saison encourageante, qui sera confirmée les années suivantes car en 2007 Gomez prend une autre dimension chez les Celeste y Rojo. Le 30 Novembre 2007 il a certainement marqué les buts les plus importants de sa carrière, un doublé face au Club América futur finaliste lors de la 1ère manche de la Copa Sudamericana, malgré son doublé qui a permis la victoire de son équipe ils se feront quand même éliminer en perdant 2-1 le match le retour. Nul doute que ce doublé eut un impact important sur sa future carrière. Une bonne saison qui sera récompensée par des participations au Championnat de la CONMEBOL des moins de 20 ans et la Coupe du Monde des moins de 20 ans, tout cela la même année.

Le transfert à San Lorenzo : Premier accroc dans sa jeune carrière

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En 2009 Alejandro Gomez fut transféré à San Lorenzo pour 2 millions de dollars, un nouveau défi dans sa carrière. San Lorenzo est considéré comme l’un des plus grands clubs de la capitale, avec des supporters chauds, ce qui constitua énormément de pression pour lui. Avec son caractère téméraire et sa détermination on aurait pu penser que le mariage entre les supporters de San Lorenzo et Papu serait parfait, mais cela ne s’est passé comme prévu. « J’ai pensé à partir de San Lorenzo et à me retirer du foot » Gomez lui-même déclara ceci, mais quel événement provoqua cette réaction chez l’ailier argentin ?

Lors d’un match, Papu simula une faute et fut sanctionné par Javier Collado arbitre du match ce qui provoqua une vive réaction de Gomez. L’ailier argentin pensait qu’il allait recevoir le soutien de ses supporters, au contraire les supporters Ciclón ont applaudi la décision de l’arbitre. « Je n’arrivais pas à croire que mes propres supporters applaudissaient mon expulsion et la décision de l’arbitre. Je n’ai jamais autant pleuré. » Signa l’argentin. Une autre anecdote, lors d’un match face à Vélez ou San Lorenzo était mené 1-0, lui et Alberto Fanesi (à l’époque l’entraîneur par intérim de San Lorenzo) eurent une altercation, car le coach reprochait énormément de choses à Papu ce jour-là et l’ex-joueur d’Arsenal, très sanguin, explosa puis répondit au technicien « Arrête de vendre de la fumette »

Son bilan avec San Lorenzo affiche quelques 47 apparitions pour 8 buts, ce qui vint conclure l’aventure en Argentine, qui provoqua son transfert et un nouveau départ.

L’arrivée en Europe : Un nouveau départ

Après la fin dramatique en Argentine, Papu Gomez arrive en Europe en 2010 et c’est sur le vieux continent que l’ailier de poche va vivre ses plus belles années et la reconnaissance pour laquelle il s’est tant battu.

Catania : Le renouveau de Papu Gomez

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L’arrivée en Italie fut un soulagement pour l’Argentin, et aussi un nouveau défi car non seulement il quitta l’Argentine à seulement 21 ans mais il arriva également en Europe et réalisa l’un de ses rêves. Lors d’une interview pour La Sicilia Alejandro Gomez déclare « Quand je suis arrivé en Italie j’étais content. C’était le rêve d’être en Europe. Je ne connaissais pas Catania, je savais uniquement qu’il y avait Maxi Lopez et d’autres joueurs argentins. Au moment de prendre l’avion, j’ai commencé à avoir peur. Je pensais que je n’allais plus revoir ma famille, mes amis, changer de pays, une autre langue..mais je me sentais tout de même bien car il y avait 10 argentins, je sentais qu’ils allaient m’aider » Un nouveau challenge qui s’est merveilleusement passé pour l’Argentin. Il était encore un enfant lorsqu’il arriva en Italie, de saison en saison il n’a cessé de progresser sur le plan sportif et extra-sportif. À Catania il recevait l’amour des tifosi qu’il attendait des hinchas argentins, il s’y sentait bien en compagnie de la colonie d’Argentins, c’était le début d’une nouvelle idylle entre l’Italie et Alejandro Gomez qui a vu naître Bautista son jeune fils.

Son bilan à Catania : 16 buts, 12 passes décisives, des débuts prometteurs en Europe et très remarqué. En 2013 Papu se retrouve confronté à plusieurs choix, de nombreuses sirènes européennes le désiraient, l’AC Milan, la Fiorentina.. mais surtout l’Atletico et l’Internazionale. Gomez aurait dû vêtir le maillot nerazzurro car le transfert entre Catania et l’Inter était pratiquement bouclé, mais c’était sans compter l’arrivée dAndrea Stramaccioni qui a tout bouleversé car le profil du joueur n’intéressait pas le technicien italien.

L’influence de Diego Simeone

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Henry le Saux disait que « Le soleil ne se lève que pour celui qui va à sa rencontre » S’il y a bien un homme qui a eu de l’influence dans sa carrière c’est Diego Simeone, l’actuel entraîneur de l’Atletico. El Cholo, qu’il a légèrement côtoyé en Argentine mais qui fut surtout son entraîneur à Catania, est connu pour faire progresser ses joueurs sur le plan émotionnel et sur le plan tactique. Papu fut un des nombreux joueurs ayant progressé a ses côtés. Alejandro Gomez est un pur produit Simeonesque peut-on dire, il l’avoue lui-même dans une interview pour La Nacion « El Cholo (Diego Simeone) est celui qui m’a changé de position sur le terrain. Je jouais neuf et demi et lui me positionna sur un côté. Moi je n’aimais pas ce poste, car je n’étais pas habitué a défendre ni à me sacrifier. Je m’ennuyais parce que c’était un rôle qui ne me correspondait pas […] mais au final j’ai réussi en écoutant ses conseils » Cette déclaration est forte, car elle souligne l’apport de Simeone avec qui il passera finalement peu de temps.

En 2013, Diego Simeone a approché Catania dans l’optique de recruter Alejandro Gomez qu’il voulait absolument mais le choix appartenait au joueur de Catania courtisé de toute part à l’époque. Au final Papu choisit une destination exotique comme l’Ukraine mais dans plusieurs interviews Papu révèle que ne pas signer à L’Atletico fut l’un des plus grands regrets de sa carrière, car cela aurait pu être une étape importante dans sa progression.

Le transfert au Metalist Kharkiv, une aventure à oublier

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Le 2 août 2013 Gomez débarque à Kharkiv en Premier League Ukrainienne pour 4 ans avec une clause libératoire de 12 millions, car dans le cadre d’une nouvelle étape dans sa carrière, l’ailier argentin désirait jouer à Ligue des Champions. Le challenge ukrainien était alléchant pour Alejandro mais rien ne s’est passé comme prévu.

Le club du Metalist est en conflit avec l’UEFA suite à l’interdiction donné par celle-ci de participer à la Champions League. Les raisons de la sanction de l’UEFA ? Les tensions politiques en Ukraine, entre les ukrainiens pro-russes et les ukrainiens pro-union européenne. Une guerre civile éclate en Ukraine ce qui effraie Papu Gomez et sa famille. En Décembre lors de la trêve hivernale, Papu prend la décision de partir, et demande donc à la direction un transfert immédiat. L’Argentin privilégie un retour en Italie le plus rapidement possible. L’éventualité d’un transfert fut écartée. L’ailier de poche finira finalement la saison avec un total de 23 matchs et 3 buts au compteur tout en offrant 4 passes décisives. Son club, le Metalist finit au terme de la saison à la 3ème place. À cause de la situation politique ukrainienne, Gomez refuse de retourner en Ukraine la saison suivante et se voit transféré à l’Atalanta dans la ville de Bergamo en Italie. « C’était une expérience différente. Une culture totalement diverse, ils avaient une autre manière de vivre le foot. C’était devenu un pays où l’insécurité régnait. Ce n’était pas un lieu sûr et j’ai demandé un transfert » révélait l’Argentin dans La Nacion

Une expérience traumatisante, un pari raté pour Papu, qui a su rebondir à l’Atalanta.

Le transfert à l’Atalanta : La consécration

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Si l’expérience ukrainienne fut traumatisante pour Papu Gomez, son transfert à l’Atalanta fit oublier cette expérience ratée, en Lombardie l’ailier argentin trouvera un havre de paix où il pratique actuellement son meilleur football.

L’émergence du phénomène Papu Gomez

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L’attaquant argentin vit peut-être actuellement ses meilleures années en tant que footballeur. Papu arrive donc à 26 ans à Bergamo, revanchard de son expérience ratée en Ukraine, Alejandro Gomez souhaite confirmer ses débuts prometteurs effectués à Catania.

La 1ère saison ne fut pas la meilleure, l’attaquant finira avec 3 buts et 3 passes décisives en ne jouant que 18 matchs, mais rien n’arrête l’Argentin. La saison suivante l’ailier de poche réalisera une saison plutôt complète avec 33 matchs au compteur et à la clé 7 buts et 7 passes décisives, ce qui éveillera l’intérêt de certaines écuries. Gomez aurait pu partir de l’Atalanta mais le numéro 10 argentin a préféré rester et confirmer. Le club lombard lui proposait une tranquillité qu’il n’a jamais connue dans sa carrière et surtout pas dans son pays natal, l’Argentine. Le point d’orgue dans sa carrière fut sûrement la saison passée, une saison en double-double comme on pourrait l’appeler en NBA : Un total de 37 matchs, 16 buts et 10 passes décisives. Ces statistiques sont d’autant plus énormes au regard de la saison du club. L’Atalanta petit club italien d’un point de vue historique, a réalisé la meilleure saison de son histoire en finissant 4ème avec à la clé une qualification en Europa League en bonus, et qui fut le capitaine de cette équipe ? Vous l’aurez deviné, il s’agit bien d’Alejandro Gomez. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’aujourd’hui il est l’un des joueurs, sinon le joueur favori de ses tifosi au point même d’en devenir une bandiera, un exemple pour les jeunes supporters. L’argentin lui-même l’avoue il se sent extrêmement bien à La Dea « l’Atalanta est ma deuxième maison. Je me plais énormément ici. »

Le joueur argentin est tellement apprécié et important au club qu’Antonio Percassi président du club s’est empressé de prolonger son contrat jusqu’en 2020. Si en Argentine Papu n’a jamais eu la reconnaissance qu’il souhaitait dans sa ville c’est tout le contraire en Italie où l’attaquant se sent accepté et reçoit la considération qu’il semble mériter. Claudio Caniggia ex-joueur du club et ex-international argentin le décrit comme son successeur « Papu Gomez est mon héritier. On ne se ressemble pas physiquement, mais il est imprévisible, fort un en 1 contre 1. Il peut être ailier, second attaquant, 9 et demi ». Qui aurait pu penser que le petit ailier qui était moqué a ses débuts aurait reçu de tels éloges.

Une telle reconnaissance acquise en Italie fait qu’Alejandro Gomez se sent presque plus comme Italien.

La Squadra Azzurra : un rêve impossible

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Gomez a trouvé un équilibre en Italie, d’un point de vue sportif et familial à tel point qu’il aurait pu jouer pour la Nazionale. Lorsque Conte et Ventura ont à leur tour déclarés leur intérêt pour l’Argentin (éligible selon la FIFA pour la sélection italienne) cela a fait rêver Papu qui concède lui-même d’avoir rêvé de porter le maillot Azzurro « Lorsque Conte est venu me voir et m’a dit qu’il me voulait, j’ai hésité car en ayant passé beaucoup de temps en Italie, j’ai évidemment pensé à porter le maillot de la sélection ». Finalement Alejandro Gomez jouera pour l’Albiceleste avec laquelle il a participé au mondial des moins de 20 ans. Malgré son amour pour l’Italie, son rêve a toujours été de porter le maillot argentin, un rêve qui se concrétisera en 2017 grâce à Jorge Sampaoli.

La vie de Papu Gomez

L’effet de Papu ne se limite pas qu’au terrain. Papu est un phénomène sur et en dehors du champs. Tous les suiveurs du championnat italien ont certainement entendu parler de « Baila como el Papu »

Baila como el Papu : Un succès inattendu

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La Papu dance était au départ inconnue du grand public. Elle était très enfantine mais cette danse a eu un succès auquel ne s’attendait pas l’Argentin « Dans le vestiaire, avant ou après l’entrainement, on met toujours de la musique. Un jour une musique m’a poussé a dansé ainsi et Marco Boriello m’a filmé et a mis une vidéo sur Instagram. En un rien de temps elle est devenue virale ». Ce qui a d’ailleurs inspiré Gli Autogol (un trio comique italien) le hit « Baila como el Papu » où l’on y voit le protagoniste danser. Un clip vidéo ayant permis d’étendre le phénomène Alejandro Gomez, à travers le monde et surtout dans son pays natal. La chanson a d’ailleurs eue un tel succès qu’elle s’est vue couronnée d’un disque d’or.

Un citadin tranquille

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À 29 ans l’ailier argentin semble enfin avoir trouvé la maturité et le calme qu’il cherchait depuis tant d’années.

Gomez est heureux à Bergamo, à 40 minutes de Milan ainsi qu’à une heure de Verona, avec les Alpes en vue le cadre de vie est idéal pour n’importe quel footballeur. Cette ville lui correspond tellement qu’il a pris l’initiative d’inaugurer un centre médical de sport. D’ailleurs Papu envisage aussi, avec son épouse Linda, de lancer une collection de serviette de bain. Pendant qu’il ne s’entraîne pas il emmène également  ses enfants Bautista et Constantina à l’école. Comme dit précédemment Papu Gomez est tombé amoureux de Bergamo et il déclare son amour pour la ville dans de nombreuses entrevues « Bergamo est une oasis de paix […] ici les gens nous chouchoutent, nous aiment, nous respectent » Un argentin et avant tout un homme comblé n’étant pas  prêt de retourner en Argentine tant il se bien en Italie. « Il n’y a pas de délinquance, aucun problème, Bergamo est ma maison. Je dois vivre sereinement avec mes 2 enfants Bautista et Constantina. Être à Bergamo pour nous sud-américains c’est comme vivre au paradis »

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À bientôt 30 ans Alejandro «Papu» Gomez semble vivre les meilleures années de sa carrière sur tous les plans, nul doute que l’ailier argentin continuera de faire parler de sa personne. Lui qui fut moqué par ses frères argentins au balbutiements de sa carrière est désormais, grâce à son travail et à son mental, respecté en Italie et fait même figure de taulier du championnat, de quoi servir de modèle pour les plus jeunes fans de ce sport toujours plus enclin à nous raconter de belles histoires.

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