D’où viens-tu toi le « Calcio » ?

On prête souvent au football des origines diverses et variées selon les pays. Au Brésil par exemple on estime que le jeu dansant et aérien des attaquants vient de la capoeira elle-même née de l’imagination des esclaves d’origine africaine déportés au Brésil. Le style de Neymar, Ronaldinho, ou encore autrefois Pelé et Garrincha a un nom, la Ginga. La Ginga est la retranscription de la gestuelle propre à la capoeira sur un terrain de football. Par ailleurs, historiquement si les sud-américains ont toujours eu l’étiquette de joueurs fantasques, les équipes européennes étaient celles de l’organisation. En Italie, on assimile le football au Calcio, à tel point que l’on ne dit pas le mot football pour qualifier le sport le plus populaire du monde, mais bien Calcio. Et ce mot est issu d’un sport très ancien, le Calcio florentin.

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Qu’est-ce que le Calcio florentin ?  

Le Calcio florentin ou Calcio storico fiorentino (mais aussi calcio in costume) est un sport né, comme son nom l’indique, dans la ville de Firenze (Florence en français ndlr.) et puise ses origines dans l’époque de la Renaissance. S’il a été à une époque abandonné, il est depuis les années 1930 re-pratiqué. Chaque année dans la ville de Firenze se déroule une compétition opposant 4 équipes, les 4 quartiers historiques : Santo Spirito, Santa Croce, Santa Maria Novella et San Giovanni. 

Ce sport oppose deux équipes de 27 joueurs. Ces équipes sont composées de : 4 datori indietro (gardiens de buts), 3 datori innanzi (défenseurs), 5 sconciatori (milieux) et 15 corridori (attaquants). Le principe ? Mettre un ballon, similaire à ceux utilisés dans le football, au fond des filets adverses (mais attention, un tir hors-cadre ou touchant le poteau donne un demi-point à l’adversaire). Pour ce faire, tous les coups ou presque sont permis. Vous trouviez le rugby brutal ? Attendez d’en savoir plus. En effet, durant 50 minutes (le temps réglementaire d’une partie ndlr.) les 15 attaquants s’opposent en face à face tels des combattants se souciant peu du ballon. Coups de pieds et coups de poings fusent, dans le but de défaire les lignes de l’équipe adverse et d’ouvrir une brèche aux joueurs portant le ballon pour leur permettre d’inscrire un point. Cependant, il est interdit d’attaquer un joueur à deux contre un, ainsi que de lui porter un coup dans le dos. Henri III, à la suite d’un match organisé en son honneur à Lyon en 1575, disait même de ce sport

« C’est trop petit pour qu’on l’appelle la guerre, trop cruel pour qu’on l’appelle un jeu. »

Autant dire que même Rino Gattuso et sa légendaire hargne aurait l’air d’un petit joueur dans ce sport des plus violents.

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Le Calcio storico, vraiment l’ancêtre du football ?

Et bien à vrai dire, non. Le football pratiqué aujourd’hui en Italie et dans le monde entier a vu le jour en Angleterre. Si l’on retrouve des jeux de balle à toute époque et dans énormément de pays différents tant en Asie qu’en Europe, tous n’ont pas perduré, et tous n’ont pas pu devenir le prestigieux football moderne. Cependant ces très nombreux sports de balle ont tous à leur façon inspiré certains aspects du football moderne. Le Calcio, est donc un sport, bien différent du football. Mais pourquoi appelle-t-on ça le « Calcio » aujourd’hui dans la Botte ? C’est simple, nous pouvons parler d’un « héritage fasciste ». Dans les années 1920, Mussolini et le parti fasciste vont commencer à porter un certain intérêt pour le football (ainsi que pour l’art, l’architecture…) et son fort potentiel pour unir le peuple, doper le patriotisme et comme outil de propagande. Leandro Arpinati grand ami de Benito Mussolini sera nommé directeur de la FIGC (Fédération italienne de football)  en 1926 où il instaurera la charte de Viareggio. Cette charte vise à supprimer les nombreuses anglicisations telles que le mot « football » désormais officiellement remplacé par le terme « Calcio ». Cela permet par la même occasion d’ancrer dans la pensée collective que le football, ou Calcio, est un sport italien. Mais que l’on soit clair, l’appellation « calcio » existait avant cette charte, cependant depuis l’instauration de cette dernière elle est en quelque sorte devenue l’appellation officielle. De la même manière qu’il renomme un sport, Arpinati fait également changer les noms de clubs tels que l’Internazionale (club milanais voulant permettre aux non-italiens de jouer au football, chose qui leur est refusée par l’AC Milan à l’époque ndlr.) en Ambrosiana faisant référence à l’évêque Saint-Ambroise. En 1935 à son tour le Torino Football Club se mue en Associazione Calcio Torino. Le choix du mot Calcio n’est d’ailleurs pas adopté au hasard. Désireux de présenter l’Italie comme une nation forte, quoi de mieux que de choisir l’appellation d’un sport viril, voire très violent ? Cependant la charte de Viareggio n’avait pas pour seul but de remplacer les termes anglais par des équivalents italiens. Le recrutement des étrangers est désormais interdit par cette charte. Cette appellation est désormais ancrée dans la culture à tel point que de très nombreuses décennies après nous parlons encore de Calcio. Cette insertion du fascisme dans le monde du football aura d’ailleurs un impact sur le développement du football italien d’un point de vue culturel.

Intervention fasciste, un impact sur le jeu italien ?

C’est sous l’égide de Mussolini durant le mondial 1934 ainsi que celui de 1938 que l’équipe nationale italienne, ou Nazionale, développera un jeu organisé mais rugueux démontrant la force du régime fasciste en place en Italie. En 1982, l’Italie réitère cet « exploit » en remportant son troisième mondial. Cette fois, et depuis déjà environ 30 ans, le style de jeu prôné par la Nazionale est communément appelé le catenaccio.

«Le catenaccio, ce n’est pas seulement l’aspect défensif. C’est avant tout l’idée de la discipline, de la tactique avec, avant tous les autres pays, un rôle précis assigné au capitaine et à l’entraîneur. Le catenaccio est une réponse du faible au fort. Comme cela permet de gagner, cela va devenir consubstantiel à l’idée de l’Italie. » Fabien Archambault auteur de Le contrôle du ballon dans Libération le 26 juin 2016

A cette époque, l’Italie est déjà réputée pour sa rigueur tactique et son jeu défensif. En 2006 rebelote, l’Italie remporte un mondial tout en étant toujours aussi critiquée et estampillée d’équipe « trop défensive ». Si aujourd’hui beaucoup élèvent cette réputation au rang de cliché, à l’époque le caractère défensif du football italien est un fait des plus avérés. Par exemple en 1966 lors de la Coupe du monde, Edmondo Fabbri, alors sélectionneur de la Nazionale va mener l’Italie à une honteuse élimination face à une Corée bien inférieure. La raison de cette élimination ? Fabbri essayait de faire évoluer les italiens de manière plus offensive. Résultat, l’entraîneur est accusé d’avoir trahi la tradition italienne et le Parlement va prendre une décision des plus extrêmes en fermant ses frontières footballistiques. En effet, plus aucun joueur étranger n’aura le droit d’évoluer dans le championnat de football italien et ce jusqu’en 1980.

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La Nazionale en 1966

Au delà d’une décision injuste et soulignant une certaine idéologie, cette dite trahison prouve bien à quel point il y avait une corrélation entre le principe de catenaccio et les valeurs d’un régime autoritaire qui a profondément bouleversé la culture italienne au point d’ancrer cette idée de bloc équipe solidaire, viril, défensif, travailleur dans le football transalpin et l’inconscient collectif italien à différentes époques. 

Si aujourd’hui le football transalpin tente de se défaire de cette image de catenaccio, trop souvent synonyme de jeu peu divertissant, il existe malgré tout un héritage bel et bien visible dans le travail de coachs tels que Massimiliano Allegri et Antonio Conte par exemple, cependant, cela ne peut désormais être réellement lié à une idéologie politique.

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