Mattia Destro : le bomber perdu

En 2014, Angelo Di Livio, ancien joueur de la Juventus et de la Fiorentina, déclarait au sujet de Mattia Destro : « Il me rappelle Bobo Vieri. Il attaque les espaces de la même manière et a le même type d’attributs physiques ». Aujourd’hui, il est très probable que l’international italien ne se risquerait pas à une telle comparaison. Pourtant il y a 3 ans, les propos de Di Livio n’étaient pas considérés comme pure folie. Nombreux étaient ceux qui voyaient en Mattia Destro le successeur des grands numéro 9 italiens comme Paolo Rossi ou Bobo Vieri. Giovanni Trapattoni en personne avait plaidé pour la convocation du jeune italien au mondial 2014 : « C’est un très bon attaquant, jeune, qui possède un énorme potentiel ». Mais alors que s’est-il passé ? Comment se fait-il que cet ex-futur grand attaquant végète aujourd’hui dans un club de milieu de tableau ? Pourquoi le successeur désigné des grands buteurs italiens ne compte aujourd’hui que 8 sélections ? Récit de l’une des plus grosses déceptions du football italien.

L’histoire de Destro c’est d’abord celle d’une irrésistible ascension de la Primavera de l’Inter jusqu’à son arrivée à Rome, au sommet de sa carrière. Formé par les nerrazzuri, Destro n’a jamais eu sa chance en Lombardie et a dû se résoudre comme la plupart des jeunes italiens à partir dans un club de rang inférieur pour trouver du temps de jeu. À l’été 2010 il est prêté au Genoa, puis transféré définitivement 6 mois plus tard. Après seulement une saison durant laquelle il a passé la majeure partie de son temps sur le banc ou à l’infirmerie, il poursuit sa quête de temps de jeu, en Toscane cette fois, à l’AC Siena.  Enfin titulaire, il explose et montre toute l’étendue de son talent. Une chose est sûre, Mattia Destro appartient à la race des « bomber », des attaquants à l’ancienne. Puissant physiquement, doté d’une frappe de buffle (Cf. son but face à l’Hellas ci-dessous, sûrement le plus beau de sa carrière) et surtout redoutablement efficace devant le but.

L’été suivant il est transféré à la Roma pour 16 millions d’euros (plus la vente de Valerio Verre et Giammario Piscitella) et débarque dans la capitale avec le statut de grand espoir. En août 2012, Destro obtient sa première convocation avec la Nazionale de Cesare Prandelli contre l’Angleterre et inscrit son premier et unique but sous le maillot azzurro contre Malte un mois plus tard. Avec la Roma, les choses se passent plus lentement. Il faut attendre un novembre avant de voir le numéro 22 inscrire son premier but en championnat. Puis en janvier il se blesse au ménisque ce qui le tient à l’écart des terrains pendant près de deux mois. Malgré une première saison conclue avec seulement 6 buts en championnats, les performances de Destro sont encourageantes. Surtout ses 5 buts en 5 matchs de Coppa Italia permettent à la formation romaine de se hisser jusqu’en finale. Enfin, Destro est devenu la coqueluche du public romain : sa détermination, sa combativité et sa bonne humeur ont redonné le sourire au public du Stadio Olimpico qui vit pourtant une saison cauchemardesque.

Malgré cela, l’actuel joueur de Bologne entretient relations ambigües avec son entraîneur  de l’époque, Rudi Garcia. D’une part, des éloges incessants à l’égard de son attaquant italien, comme au soir de son triplé face à Cagliari : « Il a montré qu’il n’était pas seulement bon dans la surface, mais qu’il était un attaquant complet. Il a été très bon sur la seconde contre-attaque. Il doit garder cette envie de gagner et d’être efficace devant le but ». Mais d’autre part Destro ne semble jamais avoir totalement convaincu Garcia. L’actuel entraîneur de l’OM préfère utiliser Francesco Totti dans un rôle de faux numéro 9 et Destro en sortie de banc ou comme ailier. Un statut qui coûte au natif d’Ascoli une convocation à la Coupe du Monde 2014. D’autant plus frustrant que l’attaquant italien affiche des statistiques impressionnantes avec un ratio d’environ un but toute les 90 minutes.  Malgré les sollicitations d’Arsenal et de Chelsea, Destro persiste à Rome où il espère avoir sa chance en tant que titulaire. Mais en novembre 2014 alors que sa situation n’a toujours pas évolué, il ne cache qu’à moitié son envie ses envies d’ailleurs dans les colonnes de la Gazzetta Dello Sport : « L’entraîneur fait ses choix. Moi, je ferai les miens à la fin de la saison ». Ambiance. Après un mois de janvier 2015 durant lequel Rudi Garcia ne cesse de répéter qu’il restera dans la capitale, Destro est finalement prêté au Milan AC ou on lui garantit une place de titulaire. À Rome il est remplacé par l’ivoirien Seydou Doumbia, jugé plus compatible avec le plan de jeu de Garcia (avec le succès que l’on connaît). Mais le Milan de cette époque n’est pas forcément la meilleure destination pour un attaquant en manque de confiance. En effet, les rossoneri, dirigé par Pipo Inzaghi, réalisent l’une des pires saisons de la récente histoire du club conclue à une piteuse dixième place. Destro à l’image de son club semble avoir perdu de sa superbe passée. Il marque seulement 3 petits buts en 15 matchs et encore plus inquiétant il semble avoir perdu la grinta et l’efficacité qui faisait de lui un attaquant redoutable.

destro-milan

De retour à Rome, l’été suivant, il est débarrassé de la concurrence de Seydou Doumbia retourné au CSKA Moscou seulement 6 mois après son arrivée. Mais les performances de Destro au Milan sont loin d’avoir convaincues Rudi Garcia de lui redonner une chance. La Roma s’attache les services d’Edin Dzeko et Destro doit de nouveau s’exiler pour jouer. Il élit domicile à Bologna qui transfère le joueur pour seulement 8,5 millions, un club loin du standing des cadors anglais qui étaient évoqués seulement un an plus tôt. La Roma réalise donc une perte de 8 millions sur un attaquant qui affiche pourtant des statistiques plus qu’honorables sous le maillot romain avec 29 buts en 63 matchs et un ratio de 0,65 buts par 90 minutes.

Depuis son arrivée à Bologna, Destro n’est plus que l’ombre de lui-même. Il a perdu l’élément crucial de tout joueur de foot : la confiance. La redoutable efficacité devant le but qui faisait sa force n’est plus qu’un vague souvenir. Il a enchaîné deux saisons moyennes (8 buts en 2015-2016 et 11 en 2016-2017) mais rien qui ne laisse espérer un retour au plus haut niveau. Il a aussi perdu la régularité nécessaire à tout grand joueur, capable aussi bien de gestes de grande classe que de traverser des rencontres comme un fantôme.  Au final, l’histoire de Mattia Destro est celle d’un joueur qui n’a pas eu la carrière qu’il méritait. C’est l’histoire d’un joueur miné par les blessures et le manque de confiance qui ont eu raison de ce talent brut. L’histoire de Mattia Destro est celle d’un talent précoce qui n’a jamais su passer le cap nécessaire pour devenir un grand joueur. C’est l’histoire d’une carrière qui à 26 ans semble déjà être sur le déclin, là où elles atteignent leur sommet pour la plupart des joueurs. Mais, c’est aussi l’histoire, d’un attaquant talentueux, respectueux, professionnel, travailleur, sympathique. C’est l’histoire d’un joueur que l’on aime et que l’on continuera d’aimer peu importe ses statistiques ou son nombre de sélections.

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