Bologne, ou monsieur 10/20

Malgré des moyens limités, le Bologna FC réalise un joli début de saison passé la majeure partie du temps dans la première partie du classement et ce, dans l’anonymat le plus total, retour sur une équipe aussi surprenante que fragile.

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Roberto Donadoni, entraîneur du Bologna FC

 

Un mercato réussi

Eté 2017, après deux saisons réussies où le maintien fut assuré, l’objectif du Bologna FC était de se solidifier afin de poursuivre l’aventure en Serie A. Il fallait donc renforcer une défense qui était le grand point faible des bolognesi, pour ce faire, les arrivées de Sebastian de Maio, Filip Helander et de Giancarlo Gonzalez en provenance respectivement d’Anderlecht, du Hellas Vérone et de Palerme firent un bien fou à une défense bolognaise ayant encaissé 103 buts lors des deux dernières saisons, résultat, seulement 23 buts encaissés cette saison, ce qui est dans la moyenne de la Serie A (24,6 buts) rajoutons à ça la signature du très utile Andrea Poli apportant une précieuse propreté technique au milieu de terrain (88% de passes réussies) et capable de jouer aussi bien le meneur de jeu que de donner des coups de savates lorsqu’il le faut. A noter également la venue de l’expérimenté Rodrigo Palacio permettant à Mattia Destro de souffler et immunisant l’effectif bolognais d’un vide en cas de blessure de leur attaquant titulaire. En soit, un mercato rondement bien mené donnant plus de poids à un effectif qu’a parfaitement su mener l’homme fort du club, j’ai nommé : Roberto Donadoni.

Donadoni à la baguette

Nommé en octobre 2015 afin de sauver le club d’une relégation qui lui pendait au nez, Roberto Donadoni est depuis ce moment l’homme fort de cette première partie de saison réussie. Connu auparavant pour ses déboires à la tête de la Nazionale et du Napoli, mais aussi pour ses réussites à la tête du FC Parme et de Cagliari, il apparaît être un entraîneur parfait pour les équipes aux moyens et à l’ambition limitée. Donadoni étant parvenu à maintenir Bologne en Serie A lors des deux précédentes saisons, il fut prolongé jusqu’en 2019 en juillet dernier, avec pour mission de maintenir le club dans le milieu du tableau et de faire progresser les jeunes joueurs, chose qu’il réussit à merveille. Pourtant, il fait partie de cette catégorie d’entraîneurs tant décriés, plus meneurs d’hommes que génies tactique, il n’est en effet pas connu pour faire pratiquer un football chatoyant à la façon d’un Maurizio Sarri ou de faire régner une géniale discipline tactique à la façon d’un Massimiliano Allegri. Son jeu assez rudimentaire est essentiellement basé sur une défense compacte et une grande capacité à contre-attaquer, cependant, la formule marche, et le club stationne au milieu du tableau, loin de la zone rouge et peut même se permettre de rêver d’un braquage qui les enverrait en Europa League…

Les hommes clés de Bologne

Au sein de ce collectif compact que Donadoni mène correctement, se trouvent des individualités sans lequel on peut dire sans trop s’avancer que Bologne ferait une saison bien moins brillante. Parmi, ces joueurs à suivre, nous avons déjà vu la charnière Helander-Gonzalez qui fait oublier les pénibles saisons où Bologne encaissait en une saison ce que la Juve encaissait en trois, à côté d’eux, les latéraux Adam Masina et Ibrahima Mbaye apportant vitesse, verticalité et plus-value technique à une équipe où cette dernière qualité manque cruellement. Plus haut, on a déjà évoqué le cas du couteau suisse Andrea Poli apportant de la rigueur à un milieu parfois trop léger. Et enfin, les deux de devant, avec tout d’abord l’exceptionnelle pépite Simone Verdi ! Évoluant sur le côté droit de l’attaque bolognaise, il apporte à l’équipe son incroyable aisance technique, sa capacité à briser les lignes du fait de son talent à remporter les un contre un, et sa vitesse (qui fait des ravages lors des dédoublements Verdi/Mbaye) permettant à ce bloc souvent trop horizontal de se projeter vers l’avant, le tout ajouté à une capacité à faire le jeu et à un joli sens du but (6 buts et cinq passes décisives) ayant sorti ses coéquipiers de bien des galères. Comme on le voit, les joueurs décisifs de Bologne sont surtout des joueurs de côté, car si l’équipe forme un bloc solide et compact, sa rigidité et son manque de qualité technique dans le cœur du jeu s’avère être bien souvent un problème…

Des fragilités…

Au-delà du rêve, des fragilités existent, le 4.3.3 de Donadoni notamment, qui ne semble pas adapté à son jeu de contre, et c’est souvent un beau bazar lorsque l’équipe passe d’une phase défensive à une phase offensive, dans les matchs face à des adversaires à sa portée, un 4.4.2 à plat serait plus pertinent à mon sens que ce rigide 4.3.3. Avec ceci, il faudrait ajouter le problème de la première relance. Dans un jeu de contre, c’est ce qu’il y a de plus basique, car sans relance propre, il est très difficile de se projeter correctement vers l’avant pour porter l’attaque, et malheureusement, ceci fait défaut aux joueurs bolognais qui très souvent doivent compter sur leurs talentueux joueurs de côté (Adam Masina, Ibrahima Mbaye et Simone Verdi) pour réaliser cette tâche de projection vers l’avant, au milieu on a un bloc dur et compact où la qualité technique d’Andrea Poli est souvent très seule. En soit, Bologne est à sa place au milieu du tableau, suffisamment cohérente et solide pour battre les équipes à sa portée et plus faibles de Serie A, elle demeure en revanche très faible face aux cadors, (huit défaites, deux nuls et seulement une victoire face aux dix premiers) on clairement face à une équipe sabre de bois, c’est-à-dire forte contre les faibles mais cependant faible contre les forts.

Viser plus haut ?

Solidement arrimés au milieu du tableau depuis maintenant trois saisons, le club d’Emilie-Romagne se doit de grandir pour enfin retrouver son lustre d’antan, du moins c’est l’objectif des hommes d’affaires à la tête du club incarnés par le businessman italo-américain Joey Saputo. Arrivé à la tête du club en 2014, ce dernier a immédiatement mis en place un projet sur cinq ans visant à enfin refaire de Bologne – sept fois championne d’Italie – une place forte du championnat transalpin. Bologne en a les capacités, cependant, des fragilités existent, et ces dernières ne peuvent être compensés sans un appel à un mercato un peu plus ambitieux. « Avec quel argent ? » répondrons les détracteurs, ce face à quoi on peut répondre en pointant l’insolente réussite de l’Atalanta Bergame qui sans avoir un budget mirobolant parvient à accrocher les places européennes. Il faudra simplement que Riccardo Bigon, actuel directeur sportif du club fasse preuve d’un peu plus de créativité ! La probable vente de la pépite Simone Verdi devrait doter Bigon d’une somme rondelette qu’il pourrait réinvestir. Les cibles idéales étant les petites pépites en mal de temps de jeu dans les grosses écuries européennes (Lorenzo Callegari, Rolando Mandragora, Marko Rog par exemple) et les joueurs revanchards à la recherche d’un ultime défi ou d’un club pour se relancer (Riccardo Montolivo, Emanuele Giaccherini, Joshua Guilavogui)

Solidement ancrée dans le ventre mou de la Serie A, Bologne est à la fois une équipe cohérente et solide, capable de belles choses, mais aussi une équipe qui, malgré des qualités indéniables, demeure fragile et incapable de se transcender lors des grands rendez-vous. En soit, Bologne est cet élève ayant toujours 10/20 à qui le professeur dit : « correct, mais peut mieux faire. »

@OsxSts

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