Le plafond de verre napolitain

Éliminés en Ligue des Champions et patinant en championnat, le SSC Napoli semble aller des plus mal et traverser une crise sérieuse. Nombre d’observateurs cherchent dans le jeu, la tactique ou chez les joueurs les défaillances responsables de ces mauvais résultats. Mais il n’en est rien, la « crise » que traverse le Napoli n’existe pas, le club ayant simplement heurté un plafond de verre, explications ici.

 

Un développement rapide et sérieux

Arrivé au club en 2004 suite à la faillite du club, le producteur de cinéma Aurelio Di Laurentiis se retrouve treize années plus tard avec un bilan flatteur ! Le club est revenu en Serie A après sa relégation en Serie C1 (troisième division italienne ndlr) où il a fini par redevenir un acteur majeur, sinon l’une de ses locomotives. La direction napolitaine a réussi son pari, de grands joueurs sont passés par le club (Edinson Cavani, Marek Hamsik, Gonzalo Higuain) le club a retrouvé régulièrement les coupes européennes et se trouve être connu de toute l’Europe pour son jeu aussi élégant que foudroyant ! Grâce à un business plan basé sur les droits TV des compétitions européennes, la recherche de joueurs à bas coûts leur valorisation et leur revente à prix d’or ainsi que sur des partenariats locaux, le club se porte bien du côté finances et arrive à investir correctement sur le marché des transferts. Bien qu’il soit critiqué par une bonne frange des supporters napolitains pour de multiples déclarations malheureuses où il se présenta comme le plus grand dirigeant d’un club dont il aurait selon lui quasiment façonné l’histoire, le bilan de Di Laurentiis n’en reste pas moins élogieux; il a transformé un club quasi détruit en puissante locomotive du football italien. Néanmoins, le club n’arrive toujours pas à franchir un cap, et demeure un simple bel outsider…

Le plafond de verre

Les tumultes que traversent actuellement le Napoli ne sont en rien une crise comme le pensent bon nombre de gens, ce que beaucoup d’observateurs aperçoivent est en réalité un dur heurtement au plafond de verre qui les guette depuis deux, trois saisons déjà. Le club ne parvient pas à transformer sa bonne santé économique et sportive en résultats concrets, et malgré un décollage rapide ainsi qu’une vitesse de croisière fulgurante, les napolitains ne parviennent pas à s’installer durablement chez les grandes puissances du football européen. Depuis l’arrivée de Di Laurentiis, le club n’est parvenu qu’à gagner deux coupes d’Italie et une Supercoupe d’ Italie, n’a jamais dépassé les quarts de finale de la Ligue des Champions, et n’est pas encore parvenu à une finale d’Europa League. Cette absence de trophées ainsi que de finales provoque du remue-ménage, et même un enfant du club comme Lorenzo Insigne se montre agacé de cet état de fait. De plus, le club campanien est très dépendant des droits TV et de la vente de joueurs pour sa survie économique, preuve que l’aspect marketing et le merchandising accusent toujours un retard colossal, retard qui représente plusieurs millions d’euros absents chaque année, ce qui dans une lutte sans merci contre la dominatrice Juventus, un Inter renaissant en Italie ou contre les mastodontes européens est un sérieux handicap.

Tableaux des chiffres d’affaires du Napoli. De haut en bas : Revenus billetterie / Revenus commerciaux (sponsoring) / Revenus venant des droits TV / Revenus des ventes de joueurs / Revenus divers. (Source : www.calcioefinanza.it)

Ces points faibles font que Naples ne parvient pas à conserver ses grands joueurs, en témoigne les ventes d’Ezéquiel Lavezzi, Edinson Cavani ou Gonzalo Higuain, ces derniers voulant alors des salaires plus conséquents tout en garnissant leur armoire à trophées comme n’importe quel joueur de leur calibre. C’est cette incapacité du Napoli a enfin devenir un club-monde qui lui est et continuera à lui être préjudiciable à terme !

Le football des clubs-monde

Depuis la mondialisation du football, est apparu ce que l’on pourrait appeler des clubs-monde. C’est-à-dire, des clubs dont la portée (économique, sportive et maketing) dépasse le simple cadre de leurs frontières nationales. Ces clubs, ressemblant bien plus à des firmes internationales qu’aux associations sportives qu’elles furent à leurs débuts sont connus aux quatre coins de la planète, sont reconnaissables de Dakar à Tokyo et assoient leur puissance économique sur une internationalisation de leur capital. Ces clubs-là, qui dominent aujourd’hui le football européen, sont par exemple le Real Madrid, Manchester United, le Bayern Munich ou dans un cas italien, la Juventus. Ils détiennent la quasi-totalité des trophées remportés dans leurs championnats et la très large majorité des Ligue des Champions remportés dans l’histoire du football, leur capital joueur est le meilleur au monde et se sont les seuls à pouvoir investir plus de 50 millions d’euros sur un joueur. Regardés par des spectateurs du monde entier, ces clubs ont, pour finir, des supporters dans tous les recoins de ce monde. C’est ce que le Napoli doit devenir pour enfin rivaliser d’égal à égal avec les plus grands ! Il le peut car il en a les prérequis : il se situe dans un grand pays connecté à la mondialisation, participe à un championnat majeur du continent européen, se trouve dans une grande ville à l’aura internationale et dotée d’un fort bassin de population que l’on peut amener au stade. Le Napoli a même un petit plus : une grande histoire à raconter.

Un SSC Napoli-monde ? Mais pour quoi faire ?

Nous voici au moment précis où les supporters napolitains – légitimement – inquiets pour la survie d’une identité à laquelle ils tiennent plus que tout opposent des objections. Car, oui, si les clubs-monde exercent une suprématie sur le football européen, ils n’en restent pas moins – sauf rare exception – des clubs ayant laissé beaucoup de leur identité en route, car étant devenu, dès lors, des objets de consommation. Cependant des compromis sont à faire, car c’est très certainement la voie à suivre pour le club napolitain. Pourquoi ? Car sans internationalisation du club (élément numéro un de la puissance d’un club) le Napoli est condamné à stagner à son niveau actuel, car il ne pourra alors guère s’offrir les services de l’attaquant qui inscrira entre quarante et cinquante buts par saison, du milieu qui finira ses saisons entre vingt et trente passes décisives ou encore du gardien qui – pour reprendre le célèbre mot de Rolland Courbis – ne fera pas des arrêts mais effacera des buts. En d’autres termes, sans cette manne financière colossale, le Napoli ne pourra pas se payer ces joueurs qui l’on nomme « top players » et quand bien même la direction sportive réussirait à mettre la main sur des joueurs inconnus ou sous-cotés devenant par la suite des tops players, ces derniers finiraient par partir vers les clubs-monde où énormes salaires et surtout trophées les attendent. Le SSC Napoli est à un tournant de son histoire, soit il fait primer l’identité et les valeurs et stagnera au rang de bel outsider, soit il décide au terme d’un long chemin de suivre le modèle de ces clubs-monde et deviendra alors un grand d’Europe.

Un modèle de SSC Napoli-monde

A quoi pourrait ressembler ce compromis entre la volonté farouche des Napolitains de conserver leur identité, et les nécessités d’un club-monde ? Tout d’abord, il faudrait enfin retaper ce bon vieux stade San Paolo (dernière rénovation en 1990 ndlr) et mettre fin à ce système faisant que bien des supporters entrent gratuitement au stade. Bien que ce soit amusant pour le folklore et donne à ce stade une ambiance particulière, ce système coûte chaque année des millions d’euros de perte pour le club. Pour conserver l’ambiance populaire tout en générant des revenus d’entrée, Di Laurentiis pourrait mettre en place un système de places à prix très réduit (20/30€) dans les curva. Ensuite, le club devra développer son merchandising en trouvant des sponsors avec de grandes firmes internationales, j’ai en tête pour exemple le contrat entre l’assureur anglo-américain Aon et Manchester United pour le sponsoring maillot et le naming du camp d’entraînement qui rapportera au club mancunien la bagatelle de 135 millions d’euros sur 8 ans, soit 16 millions d’euros par saison. Pour prendre un exemple italien, les revenus publicitaires générés par les différents sponsors de la Juventus lui ont rapporté 70 millions d’euros lors de l’exercice 2015-2016, revenus qui devraient passer au-dessus de la barre des 100 millions d’euros avec les derniers contrats signés avec Ganten Water (importante firme chinoise dans le secteur des eaux minérales ndlr) et M&M’s. Et enfin, pour soigner son image à l’internationale, le Napoli devra lui aussi se plier aux désormais traditionnels stages à l’étranger (notamment en Chine et aux Etats-Unis) afin d’y faire connaître le club par de nouveaux consommateurs prêt à débourser de folles sommes pour se parer aux couleurs du club campanien. Dans l’univers footballistique actuel, les Napolitains n’ont pas le choix, c’est soit ça… soit la stagnation…

@OsxSts

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