Arbitrage vidéo en Serie A : un premier bilan

« Il est hélas devenu évident aujourd’hui que notre technologie a dépassé notre humanité. » Comme le disait justement Albert Einstein, les progrès technologiques rendent de moins en moins acceptable les erreurs humaines. La FIGC a donc décidé cet été d’installer l’arbitrage vidéo en Serie A, devenant ainsi le premier championnat majeur à implémenter cette technologie. Censée apporter sérénité et objectivité dans un championnat où l’arbitrage est particulièrement sujet à polémique depuis le Calciopoli, la VAR ou Video Assistant Referee est très loin de faire l’unanimité six mois après son implantation.

Pour commencer, il semble juste de parler des aspects positifs de l’arbitrage vidéo. Il est clair qu’il a permis d’éviter des grosses erreurs d’arbitrages. Exemple récent, le penalty accordé à la Roma face à Cagliari. Après une sortie d’Alessio Cragno sur Dzeko, l’attaquant bosnien s’écroule dans la surface. L’arbitre de la rencontre l’avertit alors pour simulation … avant de demander l’aide la VAR et d’accorder justement un penalty à la Roma pour une faute du portier sarde sur le numéro 9 romain. Autre exemple le penalty accordé au Genoa face au Milan pour une faute de main imaginaire, puis annulé grâce à l’arbitrage vidéo. De plus, le corps arbitral se dit très satisfait de ce nouvel outil technologique. Nicola Rizzoli notamment constatait dans la Gazzetta Dello Sport que la VAR permettait de réduire les protestations des joueurs suite aux décisions arbitrales. Selon un sondage réalisé en septembre par cette même Gazzetta Dello Sport sur la VAR, 79% des tifosi italiens se disaient favorables à son utilisation dont 37% de très favorables. Seul 13% d’entre eux ont exprimés une opinion négative quant à ce nouvel outil.

Banti var
L’arbitre Luca Banti consultant la VAR lors de Genoa-Juventus

Mais ce bilan en apparence positif est aussi entaché par beaucoup de polémiques qui font que ce nouvel outil est loin d’avoir convaincu tout le monde. Premièrement, la VAR n’est utilisée qu’à la demande de l’arbitre qui reste donc (heureusement) le principal preneur de décision. L’arbitre peut donc décider ou non d’utiliser la VAR selon son propre jugement et sa propre analyse des situations de jeu. Un exemple récent est celui de Sampdoria-Sassuolo. Après un penalty raté par les neroverdi, cafouillage dans la surface, Lucas Torreira, joueur de la Samp, arrête une frappe de la main, les joueurs de Sassuolo réclament un penalty. Mais l’arbitre, Claudio Gavilucci laisse le jeu se poursuivre. Pourtant sur les images ont voit très clairement que le milieu uruguayen arrête volontairement la balle avec ses mains.

Mais, plus important encore, même lorsqu’elle est utilisée, la VAR ne permet pas d’éviter les erreurs. Dernier exemple en date, le but victorieux de Federico Fazio face à Cagliari. Dans les ultimes minutes du temps additionnel le défenseur argentin inscrit un but suite à un coup-franc. Supporters, staff et joueurs romains exultent mais monsieur Damato demande à consulter la VAR.  L’Olimpico retient son souffle avant d’exulter de nouveau, le but est validé ! Pourtant à y regarder de plus près le but de Fazio est entaché d’une main et d’une position de hors-jeu.

Autre exemple grotesque, le carton rouge attribué à Ciro Immobile lors de la rencontre face à la Lazio après une embrouille avec Nicolas Burdisso. Sur les images, on voit que le contact est en réalité très léger et que le défenseur argentin en rajoute énormément. Pourtant, après consultation de la vidéo, l’arbitre de la rencontre, Piero Giacomelli décide d’exclure l’attaquant italien. S’en suivent les déclarations consternées de Simone Inzaghi qui déclare après le match « Je peux analyser la première mi-temps mais la deuxième a été décidée par l’arbitre et la VAR ». Son président, Claudio Lotito, va même évoquer le forfait de la Lazio en championnat, s’estimant lésé par le corps arbitral. Beaucoup de polémiques donc pour un outil qui était supposé éviter de genre de coup d’éclats. Enfin, Gianluigi Buffon critiquait, après la rencontre contre le Genoa, le temps perdu par l’utilisation de la VAR et les longues interruptions qui tuent le rythme de la partie. « Cet outil est utilisé excessivement. Ce n’est plus du football mais du water-polo ». En vérité, la VAR n’a nullement éliminé les polémiques, elle les a déplacés. Au lieu de critiquer le corps arbitral, joueurs, staffs et présidents s’en prennent maintenant à l’arbitrage vidéo qui est mal, trop, pas assez utilisé selon la situation et les intérêts de chacun.

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Les joueurs de la Lazio furieux après l’expulsion de Ciro Immobile contre le Torino

Pour conclure, le football reste un sport résolument et irrémédiablement humain, et donc faillible. La VAR aide surement les décisions prises par le corps arbitrale, mais elle n’a pas éliminé et ne pourra jamais éliminer la part d’interprétation qui réside dans chaque décision. Comme le notait très justement Nicola Rizzoli dans une interview à la Gazzetta Dello Sport : « C’est toujours l’arbitre qui décidera ». L’arbitrage parfait est une utopie, et restera une utopie aussi longtemps que le football sera joué et jugé par des hommes. Ainsi, je laisserai le dernier mot à Marcelo Bielsa qui, alors entraîneur de Marseille, déclarait après une décision arbitral polémique face à Lyon : « Je crois que les arbitres et les assistants peuvent avoir raison ou se tromper. Ce sont des instruments pour que le championnat puisse se dérouler. Nous qui y participons, nous devons accepter les possibles erreurs que peuvent faire les gens qui arbitrent le jeu. » 

 @louisdebrondeau

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