Italie-Suède, le procès des vaincus

Lundi 13 novembre 2017 est dorénavant un jour noir dans l’histoire du football italien, ce jour-là, les hommes du désormais honni Giampiero Ventura laissèrent en effet le ticket de qualification pour la Coupe du Monde en Russie entre les mains suédoises au terme de deux matchs assez médiocrement menés. Maintenant, que l’évènement est passé et que l’émotion est retombée, il est temps d’analyser froidement ce qui s’est passé ce soir-là en l’inscrivant dans un temps long.

La FIGC ou l’instabilité chronique    

Les deux grandes sélections du football européen, servant de référence à tous sont de loin l’Espagne et l’Allemagne. En termes de résultats obtenus, de jeu pratiqué et de renouvellement générationnel, elles sont toutes les deux loin de toutes les autres sélections européennes. Mais quel est leur secret ? Tout d’abord, l’incroyable stabilité du banc de touche, le philosophe romain Plutarque disait dans son célèbre ouvrage : Les Vies Parallèles :

« Avoir du temps, c’est posséder le bien le plus précieux pour celui qui aspire à de grandes choses. »

Vicente Del Bosque resta en poste de 2008 à 2016, et son homologue allemand Joachim Low est lui en poste depuis 2006. Le temps, c’est ce qui permis à ces deux hommes d’imprégner leur sélection d’un plan de jeu, d’un cohérence, de faire naître et de développer un groupe, de construire une aventure humaine et plus important que tout : de donner une identité collective à leurs hommes. De 2006 à aujourd’hui, la sélection italienne vit elle passer cinq sélectionneurs (Roberto Donadoni, Marcello Lippi, Cesare Prandelli, Antonio Conte et Giampiero Ventura) dans une impatience causant une instabilité pareille, comment réaliser tout ce que réalisèrent leurs homologues germano-espagnols ? C’est tout bonnement impossible. Ici, la FIGC est la grande responsable de cet état de fait !  Une impatience infantile (Prandelli) et des rapports calamiteux avec le sélectionneur (Conte) jetèrent la sélection dans une restructuration permanente qui ne fut guère bénéfique à la Nazionale. L’immense erreur de la FIGC (Fédération italienne de football ndlr) fut bien de ne pas établir une ligne directrice à laquelle se tenir sur un temps long. Mais c’est surtout une succession de mauvais choix : Donadoni, le retour d’un Lippi vieillissant, Ventura qui furent les plus préjudiciables à la sélection italienne, la FIGC se trompa trop souvent dans le choix des hommes, et ce c’est là son plus grand échec, la Nazionale ayant alors souvent eu un général qui n’était pas au niveau de la bataille qu’il devait mener.

Giampiero Ventura, le vieillard flingueur

Choisi par la FIGC pour faire progresser les jeunes et lancer la nouvelle génération devant prendre la relève des légendes de l’épopée italienne de 2006, Giampiero Ventura avait la tâche ardue d’être le passeur de témoin entre le vieux football italien des années 2000 et la nouvelle génération devant briller dans les années 2020. Il ne s’en montra pas à la hauteur par bien des égards ; tout d’abord par sa folie tactique et son dogmatisme face aux critiques et à l’échec, son 4.2.4 suicidaire lors des éliminatoires est l’une des raisons qui envoya l’Italie en barrages. Dans un second point, ce qui fut le plus criant fut le manque criant de qualités digne d’un chef, preuve en est « son » 3.5.2 plus imposé par les sénateurs (Buffon, Barzagli, Bonucci, Chiellini, De Rossi) que son fruit propre, il ne pouvait pas conduire un plan de bataille auquel lui-même ne croyait pas, mais ayant été désavoué par l’échec de son plan de départ et ne l’ayant pas jamais remis en cause de son propre chef, il était coincé et fut obligé de suivre ses lieutenants qui eux-mêmes ne croyaient plus en leur chef.

Mais qu’est-ce qu’un chef ? La meilleure citation que je connaisse ce sujet est sans aucun doute celle de l’historien Marc Bloch qui disait :

« Être un vrai chef, c’est avant tout peut-être savoir serrer les dents ; c’est insuffler aux autres cette confiance que nul ne peut donner s’il ne la possède lui-même ; c’est refuser, jusqu’au bout de désespérer de son propre génie ; c’est accepter, enfin pour ceux que l’on commande en même temps que soi, plutôt que l’inutile honte, le sacrifice fécond. »

Tous les Italiens au monde seront d’accord pour dire que pas une seconde Giampiero Ventura n’a correspondu avec la citation ci-dessus. N’ayant jamais su insuffler cette confiance en ses hommes, désespérant de son propre génie au point de laisser les sénateurs décider du plan de jeu à sa place et préférant la honte au sacrifice fécond : la démission face à l’échec.  L’incapacité du commandement fut la première raison de la débâcle italienne. Cependant, tout grand chef a besoin de soldats – non forcément talentueux – mais au moins motivés et ayant du caractère, malheureusement, ce fut le deuxième manque de cette équipe italienne.

Des joueurs médiocres

La deuxième grande faille de cette équipe d’Italie, fut les joueurs eux-mêmes. Ces derniers ne se sont guère montrés à la hauteur de l’évènement, déboussolés et inoffensifs au match aller, affolés et brouillons au match retour, ils ne montrèrent que peu d’application et furent puni pour cela. Il est aujourd’hui communément compris que dans lors des matchs à haute charge émotionnelle comme ceux-là, une équipe ne peut s’en sortir que de deux façons possible : soit par l’extrême discipline du bloc équipe nourrie par le sacrifice individuel, soit par le talent pur et l’expérience de joueurs cadres capable de transcender la médiocrité collective. Pour le premier exemple, on peut citer le match Italie – Espagne en huitièmes de finale du dernier Euro en France, et pour le second, le match d’Andrea Pirlo lors du Allemagne – Italie de l’Euro 2012 en Ukraine et Pologne. Face à la Suède, cette Nazionale n’eût ni l’un, ni l’autre.

La discipline du bloc équipe, fut la grande absente de ces deux matchs, le milieu de terrain italien fut si disséminé que les Suédois s’installèrent sans le moindre mal dans cette partie du terrain et cadenassèrent le jeu transalpin, ce qui pour le pays d’où sorti le catennaccio est somme toute assez minable. Pour le second point, il est temps désormais d’ouvrir les yeux sur une chose : l’Italie ne compte plus de fuoriclasse dans ses rangs. Ces joueurs capables de renverser le cours d’un match, de sublimer les hommes autours d’eux et de transcender n’importe quel système de jeu, la Nazionale en est totalement dépourvue. Marco Verratti n’a jamais été au niveau durant toute la phase de qualification et fut lamentable durant le match aller de barrage (il fut suspendu pour le retour après un carton jauge stupide), Danièle De Rossi est vieillissant et à des années-lumière de ce qu’il a pu être, Matteo Darmian ne joue pas avec son club, Marco Parolo, Ciro Immobile et Andrea Belotti ne sont de simples joueurs de Serie A, ce qui indique un autre problème sur lequel beaucoup d’Italiens ferment les yeux…

La Serie A n’est plus un géant…

Les grandes sélections nationales sont composées de grands joueurs. Cette formulation pourrait paraître stupide d’évidence à n’importe quel lecteur la lisant. Mais qu’entendre par le terme « grands joueurs » ? En Italie, il est commode après quelques bons matchs ou une saison réussie de qualifier certains joueurs de génies. Mais que sont ces joueurs sinon de simples joueurs de championnat ? On oublie souvent, que désormais, la Serie A ne compte plus qu’un seul mastodonte en son sein : la Juventus, que c’est le seul club jouant régulièrement des matchs de haute volée en allant régulièrement en quart et en demi-finale de la Ligue des Champions. Qu’on le veuille ou non, ce sont ces matchs qui forment les grands joueurs et non les matchs des samedis et dimanches après-midi, par leur intensité tant physique qu’émotionnelle, ils sont les références absolues, celles qui distinguent la noblesse de la populace, les fuoriclasses, des joueurs normaux.

Or, la dernière fois qu’un autre club que la Juve est allé en quart de finale de la Ligue des Champions, c’était en 2013, c’est-à-dire, il y a quatre ans, et la dernière fois qu’on a vu deux clubs italiens en quart de finale de la Ligue des Champions, c’était en 2007, c’est-à-dire, il y a dix ans En 2006, 2005 et 2003, ils étaient trois. Même chose pour l’Europa League, de 2007 à 2017, c’est-à-dire en dix ans, nous n’avons vus qu’une seule fois deux clubs italiens en quart de finale de l’Europa League (2015). En d’autres termes, la grande génération italienne des années 2000 vieillissante mais toujours au top à la fin de cette décennie et au début de la suivante a jeté les Italiens dans l’illusion qu’ils étaient encore une grande sélection, alors qu’en réalité ils étaient sur le déclin. La réalité est brutale, mais la voilà, la Serie A, n’est plus un géant. Alors que durant les phases de qualifications, l’Allemagne comptait quinze joueurs évoluant dans des clubs jouant régulièrement les quarts de finale, que l’Espagne en comptait 17, ou que la grande Nazionale de 2006 en comptait également quinze, celle-ci, n’en compte que sept. Épuisée par une longue décennie de (très) bons et loyaux services, l’Italie ne pouvait plus se reposer sur la génération des années 2000, et dut se reposer sur la génération d’après qui, mal formée et peu confrontée au très haut niveau, s’en révéla incapable. C’est ici qu’il est temps d’aborder la faille générationnelle qui connaît actuellement l’Italie.

Générations sacrifiées ?

Dans les championnats européens, on appelle communément les équipes situées entre la sixième et la douzième place « le ventre mou », souvent moquées pour leurs faiblesses chroniques et leurs résultats en dent de scie, elles n’en ont pas moins un rôle vital : le renouvellement des générations. Là où les grands clubs ne peuvent se permettre de mettre de jeunes loups inexpérimentés dans leur onze de départ, car devant privilégier les meilleurs, ce ventre mou, lui, n’ayant pas d’autre ambition que de bien figurer peut lancer et donner du temps de jeu à ces jeunes pousses qui une fois aguerrie s’en vont vers les clubs plus prestigieux du championnat ou à l’étranger. En Italie, un vieux mythe nous dit que si la nouvelle génération est mauvaise, c’est parce que ce ventre mou ne fait plus jouer ces jeunes qui sont sacrifiés au profit des étrangers comme nous le dit par exemple un Paolo Cannavaro.

Regardons ça de plus près. Prenons quatre équipes emblématiques de ce ventre mou dans trois grands championnats que les Italiens jugent supérieur à la Botte pour ce qui est de la présence de jeunes (18 à 25 ans inclus) dans les effectifs et comparons ça à l’Italie. Commençons par quatre cas espagnols : Villareal, 3 jeunes. Real Sociedad, 8 jeunes. Athletic Bilbao, 12 jeunes. Celta Vigo, 4 jeunes. Ce qui nous donne une moyenne de 6 jeunes. Maintenant, le cas français : Bordeaux, 9 jeunes. Caen, 5 jeunes. Saint-Etienne 7 jeunes. Montpellier, 10 jeunes. Ce qui nous donne une moyenne de 7. Ensuite, le cas allemand : Hoffeinheim, 9 jeunes. Hannovre, 7 jeunes. Franckfort, 8 jeunes. Mayence, 7 jeunes. Ce qui nous donne une moyenne de 7. Désormais, comparons ça à quatre équipes du ventre mou italien : Torino, 6 jeunes. Fiorentina, 7 jeunes. Atalanta, 11 jeunes. Genoa, 5 jeunes. Ce qui nous donne une moyenne de 7. Comme on le voit, les clubs du ventre mou italien ne comptent pas moins de jeunes que leurs voisins européens, ils sont même dans la moyenne, ce qui nous laisse conclure que le problème des jeunes joueurs italiens n’est pas leur présence ou non dans les clubs, mais leur niveau intrinsèque. Le niveau des jeunes joueurs italiens est inférieur à celui des jeunes européens, pour étayer ce propos, une question simple : Qui sont les équivalents italiens de Joshua Kimmich, Samuel Umtiti, Raphael Varane, Julian Weigl, Marco Asensio, Saul Niguez, Kylian MBappé, Ousmane Dembélé, Thomas Lemar ?

Pour toutes ces défaillances, vous êtes, messieurs, déclarés coupables !

@OsxSts

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