Antonio Cassano : itinéraire d’un enfant (trop) gâté

Le 10 juillet 2017, l’Hellas Verona fraichement promu en Serie A annonçait la signature d’Antonio Cassano, libre depuis la fin de son contrat. Le 18 juillet, Cassano annonce qu’il prend finalement sa retraite et quitte Vérone … avant de finalement revenir sur cette décision et  de continuer avec l’Hellas. Ce cirque prend finalement fin le 27 juillet, lorsque l’Hellas via un communiqué officiel annonce la rupture du contrat de l’attaquant italien.

De Bari à l’Hellas en passant par le Real Madrid, la trajectoire de Fantantonio a été à l’image de sa fin de carrière : riche en rebondissements et en déceptions. L’histoire avait pourtant parfaitement commencé avec un jeune garçon issu de San Nicola (dans la banlieue de Bari), bourré de talent à en rendre jaloux, titulaire en Serie A à seulement 18 ans, promis à une grande carrière. Seulement, le sort, les blessures mais aussi et surtout le caractère du fantasque italien en ont décidé autrement.

L’enfant de Bari

Mais revenons-en au début, à Bari, la ville natale du jeune Antonio. Agé de 17 ans à peine il fait le bonheur du club local, l’AS Bari. Fantasque, dribbleur, instinctif, il hérite du surnom de « Pibe de Bari » en référence au « Pibe de Oro », Diego Maradona. Il ne faut pas longtemps pour que le public du Stadio Nicola tombe amoureux du petit Antonio, une affection qui perdurera bien après le départ de l’enfant de Bari. D’ailleurs, le 25 mars 2010, Antonio Cassano est de retour sur ses terres mais sous le maillot visiteur, celui de la Sampdoria. Pendant 90 minutes, les tifosi baresi ne cesseront de chanter à la gloire du gamin de la ville, qui inscrit un magnifique but … applaudi pas les supporters de Bari. Le symbole d’un premier amour passionnel entre Cassano et sa ville qui ne se ternira jamais.

À l’été 2001, il rejoint l’AS Roma qui vient juste d’être sacrée championne d’Italie contre 60 milliards de lire (28,5 millions d’euros). Une somme qui fait de lui le deuxième joueur le plus chère de l’histoire de la Roma à seulement 19 ans. Dans la capitale, il lie une amitié et une complicité avec Francesco Totti qui fait d’eux un des duos offensifs les plus redoutés d’Italie. Une admiration et un respect mutuel qui perdure encore aujourd’hui. Cassano déclarait récemment « j’ai eu la chance de joué avec Zidane et Ronaldo, mais celui avec qui je me suis le plus amusé c’est Totti » tandis qu’Il Capitano déclarait l’année dernière « En termes de talent, Cassano fait non seulement partie des meilleurs joueurs d’Italie mais aussi d’Europe, c’est un phénomène ».

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Convoqué pour la première fois avec la Nazionale en 2003, il ouvre son compteur but dès sa première apparition avec le maillot azzurro face à la Pologne. Tout semble alors aller pour le mieux pour le jeune attaquant italien. Mais très vite, les choses se dégradent, les relations entre Cassano et Luigi Del Neri, éphémère entraîneur de la Roma sont catastrophiques. Puis, à l’été 2005, les relations avec le board de la Roma se tendent car le joueur refuse de prolonger son contrat se terminant un an plus tard. Après une demi-saison animée par les multiples polémiques autour de son comportement plus que par ses performances sportives, Cassano signe au Real Madrid dans un relatif anonymat.

À la maison Blanche

Dans un effectif galactique déjà garni en talent (Zidane, Raul, Guti, Roberto Carlos pour ne citer qu’eux), Cassano arrive sur la pointe des pieds. À l’été 2006 il retrouve Fabio Capello qui l’a amené à Rome. Mais Cassano n’est pas prêt physiquement et mentalement pour l’ultra professionnalisme qui règne dans un grand club comme le Real. Pas en forme physiquement, il est progressivement écarté du groupe et ne dispute que 19 rencontres en Liga en une saison et demi. De plus, il est moqué par les supporters de la Maison Blanche pour son surpoids, au point d’hériter du surnom pas très affectueux de « Gordito » (le petit gros en espagnol). Brouillé avec Capello et pris en grippe par les supportes, Cassano voit son expérience madrilène tourner court puisqu’il est prêté à la Sampdoria à l’été 2007, un et demi seulement après son arrivée.

Direction Gênes donc pour le prodige italien avec pour objectif donner un nouvel élan à sa carrière. C’est avec les blucerchiati qu’il va connaître la plus belle période de sa carrière et va enfin trouver un environnement stable. Durant ses trois premières saisons, Cassano affiche la forme de sa vie. Il forme un duo formidable avec Giampaolo Pazzini à partir de janvier 2009, un duo que Riccardo Garrone, alors président de la Samp compare à la mythique association Mancini-Vialli qui avait permis de conquérir le seul Scudetto du club. Finalement, Cassano et la Samp c’est 142 matchs, 42 buts, 42 assists beaucoup de beaux souvenirs, un coup de folie contre le Torino mais surtout une histoire que se termine mal … comme toujours avec Cassano. Après avoir insulté son président de « vieux de merde » il est licencié par la Samp. Une fin tragique qu’il décrit comme « le seul regret de ma carrière », lui qui déclarera en 2016 à propos de Garrone : « Je n’ai pas les mots pour décrire la bonté, l’humanité de cette personne. C’est le père que j’aurais toujours voulu avoir ».

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Cassano et Riccardo Garrone, ancien président de la Sampdoria

D’un Milan à l’autre

Fantantonio pose donc ses valises à l’AC Milan en Janvier 2011 et déclare à son arrivée « Si j’avais su que je finirais au Milan, j’aurais insulté mon président plus tôt ! ». Grande classe … Ses 6 premiers mois sont encourageants et Cassano remporte son premier (et seul) titre de champion d’Italie en mai 2011. Mais sa deuxième saison lombarde est marquée par un grave accident cardio-vasculaire après un match contre la Roma. Sa carrière est alors en suspens et beaucoup doutent que Cassano rejoue un jour au football. Mais après un rétablissement éclair, quasiment miraculeux, il est de retour sur les terrains 6 mois après contre la Fiorentina.

A l’été 2012 direction l’Euro pour Cassano qui forme avec Mario Balotelli le fer de lance de la Nazionale entrainée par Cesare Prandelli. Buteur contre l’Irlande et passeur décisif sur le premier but de Mario Balotelli contre l’Allemagne, Cassano connaît alors la plus belle période de sa carrière sous le maillot azzurro après plusieurs années à l’écart de la sélection.

En août 2012, énervé par les ventes de Zlatan Ibrahimovic et Thiago Silva au PSG, Cassano demande son transfert. Il est finalement vendu au club rival, l’Inter tandis que son ancien coéquipier Giampaolo Pazzini fait le chemin inverse. Il rejoint donc les nerazzurri, le club de ses rêves selon ses dires mais les choses ne se passent pas comme prévu. Dans un Inter en plein déclin, Cassano passe plus de temps à se brouiller avec Andrea Stramaccioni qu’à marquer des buts. Après une énième embrouille avec le nouvel entraîneur Walter Mazzari durant l’été suivant il est transféré à Parme après seulement une seule saison à l’Inter.

Ciao Fantantonio

Il signe donc dans le septième club de sa carrière où il retrouve enfin la forme et un environnement stable avec une première saison lors de laquelle il facture 13 buts et 8 assists en 36 matchs. Mais comme si le sort semblait s’acharner contre lui, Cassano est forcé de quitter Parme en janvier 2015 suite eux graves problèmes financiers rencontrés par le club qui mèneront à sa liquidation. S’en suit alors un retour à la Samp qui ne sera marqué que par ses 3 assists lors du derby della lanterna en Janvier 2016 et quelques escarmouches avec Massimo Ferrero. Devenu indésirable, il est libéré de son contrat en Janvier 2017, cela fait donc plus d’un an que Cassano n’a pas disputé la moindre minute. Son dernier match restera donc surement le derby perdu face au Genoa (3-0 en mai 2016). Un match d’adieux qui n’était pas prévu, sans tour de gloire, sans honneurs pour Cassano qui sera donc parti du football professionnel par la petite porte. Une bien triste sortie pour un footballeur si haut en couleur.

Quelques titres, beaucoup de regrets

Le moment venu d’inscrire le nom d’Antonio Cassano dans les livres d’histoire du football italien on en peut s’empêcher de ressentir un sentiment d’inachevé, de gâchis ou de déception tant il n’a pas su profité de son incroyable talent. Son maigre palmarès (1 Scudetto, 1 championnat d’Espagne et une Supercoppa) ne sera nous consoler d’un tel gâchis. Mais Cassano était un romantique du football, un football sans contrainte physique, sans entrainement, un football d’instinct, un football que l’on pratique dans la rue ou entre amis mais pas un football que l’on pratique dans les plus grands clubs du monde. Cassano restera dans ma mémoire, dans nos mémoires, pour ces quelques actions, ces quelques coups d’éclats, ces moments de pur génie dont seul les plus grands talents sont capables et qui ne cesseront de nous faire regretter une carrière pas à la hauteur. Et puis finalement, celui qui résume le mieux la carrière de Cassano, c’est lui-même : « Je suis un mec problématique, je ne sais jamais avec quelle humeur je vais me réveiller chaque matin. J’aurais très bien pu jouer sur une autre planète, mais mon problème c’est que je n’aimais pas m’entraîner, j’aimais manger ce qui me plaisait. Je me suis cramé tout seul. »

@Louisdebrondeau

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