Les Italiens à la recherche de leur âme

 Le vendredi 10 novembre dernier, la Squadra Azzurra s’inclinait 1-0 en Suède dans les barrages pour la prochaine Coupe du Monde lors d’un match rocambolesque où tout aura été raté. Aujourd’hui, trois jours après, les hommes de Giampiero Ventura sont aux pieds du mur, et vont devoir retrouver ce qui a fait la grande force de la sélection italienne à travers le temps : une âme.

Un match historique…

Est-ce que les Italiens peuvent le faire ? Peuvent-ils renverser le revers du match aller et aller en Coupe du Monde ? Seul l’avenir nous le dira, mais une chose est sûre, en cas d’échec, la portée de ce match serait historique, car la dernière fois que les Italiens furent absents d’un Mondial, nous étions en 1958, la télé était alors en noir et blanc, on payait sa pizza avec des lires, Internet était un rêve fou de science-fiction, Michael Jackson venait à peine de voir le jour, le Real Madrid n’avait gagné que trois Ligue des Champions, Diego Maradona n’était même pas dans le ventre de sa mère et le meilleur joueur de l’époque s’appelait Raymond Kopa. Autant dire que ça fait un bail. Si non-qualification il y a, ce serait de loin le plus grand désastre de l’histoire du football italien, une claque violente après le doux rêve que fut l’Euro 2016 des hommes d’Antonio Conte. Certains espèrent ce bain d’eau froide pour qu’il y ait une remise en question globale du foot italien, ce qui serait une grave erreur. Car ce n’est pas du talent qu’il manque aux Italiens, mais très clairement des idées…

Un échec cuisant

Vendredi dernier, nous avons assisté à ce qui est peut-être l’un des pires matchs de la sélection italienne. Face à des Suédois organisés et surtout très combatifs, les azzurri furent parfaitement incapable de répondre, et ce fut même le déficit de personnalité et d’ardeur qui se fit le plus criant, pas une seule seconde nous n’avons senti le moindre sentiment de révolte, la moindre hargne, la moindre volonté de se battre chez les joueurs de la Nazionale, ce qui révoltât beaucoup les Italiens, le caractère étant chez la Nazionale une de ses plus grandes forces à travers les générations.

Le duel physique étant perdu on espérait alors que l’Italie s’en sorte mieux grâce à la supériorité technique évidente des compagnons de Gianluigi Buffon, mais il n’en fut rien, déroutés sinon perdus et sans idées, la Nazionale, fut incapabe de développer le moindre jeu et construire la moindre action, elle dut alors se reposer sur un exploit personnel qui manqua d’arriver par deux fois avec les frappes de Matteo Darmian sur le poteau et d’Antonio Candreva claquée par le gardien. Malheureusement pour eux ce soir-là, ce n’est pas dans l’esprit italien que de remettre son destin à l’individu, dans la Botte, celui-ci doit toujours s’effacer pour faire briller le collectif, et c’est ce que ne semble pas avoir compris la FIGC (Fédération italienne de football ndlr) qui avait nommé Giampiero Ventura afin que celui-ci fasse briller les jeunes talents du vivier italien comme il l’avait auparavant fait à Bari et au Torino.

La légion romaine…

S’il y a bien une image que l’Italie véhicule en termes footballistiques, c’est d’être le royaume de la tactique. Nous imaginons tous l’entraîneur italien comme une sorte de génie complétement fou passant des heures à disséquer chaque mouvement de son équipe et de ses adversaires devant sa télé afin de construire la meilleure stratégie possible. Stratégie, c’est le mot qui définirait le mieux la façon de voir le football chez les Italiens, en effet, la très large majorité des Transalpins conçoivent le football comme une partie d’échecs où il faut vaincre l’adversaire en le lisant pour élaborer la meilleure stratégie possible. Arrigo Sacchi théorisait la chose à peu près de la sorte : « Les Allemands [des années 70 qui étaient ultra dominateurs durant ses jeunes années ; période où le foot italien se théorise] étaient plus forts que nous, ils mangeaient du steak alors que nous étions plutôt pauvres, du coup, il a fallu que nous soyons plus organisés comme les légionnaires romains pendant l’Antiquité. » Même très offensif et produisant un football spectaculaire, son Milan était une équipe très organisée et donnait l’impression d’un bloc compact marchant d’un seul homme, et c’est justement ce qu’il manque à cette Nazionale : un plan de jeu cohérent. Depuis les débuts de Giampiero Ventura, on ne sent guère de script, de stratégie de départ que suivraient les joueurs comme les légionnaires suivraient les instructions du centurion. Comme le disait Sacchi pour So Foot :

On croit toujours que le jeu naît des pieds des joueurs. Mais non, le football doit naître de l’idée ! Un bon film n’est jamais né d’un acteur. Il grandit dans la tête d’un réalisateur, d’un scénariste, dans leurs idées. Après, cette idée doit être reportée sur le terrain et mise en phase avec les capacités de l’entraîneur à travers la disponibilité et l’habilité du joueur.

En effet, si le talent individuel peut donner des ailes sur un match, c’est la force collectif mise en marche par des idées qui permet à une équipe de remporter des compétitions.

Le collectif prime sur l’individu

Face à ce déficit collectif, beaucoup d’observateurs pensent que l’individualité doit faire la différence pour tirer le collectif vers le haut. Encore une fois, citons ici Arrigo Sacchi qui parlait alors de sa façon de voir le foot durant ses années milanaises :

Nous nous sommes mis à travailler ensemble. Je n’arrêtais pas de répéter : Le collectif est meilleur que l’individu. L’individu peut te faire gagner un match, mais les exploits se font avec une équipe. Le football est un sport collectif avec des moments individuels, pas le contraire.

De quoi remettre en cause les critiques autour de certains joueurs comme Verratti ou Insigne, ou du déficit général de talent dans le vivier italien (en partie réel) ce qu’il manque avant tout à cette sélection, c’est un plan de jeu de départ ! C’est par le sacrifice personnel au profit du collectif et la confiance dans une idée claire que les Italiens se sortiront du trou, et ce, même avec une équipe où les talents manquent, l’Italie que dirigeait Antonio Conte lors du dernier Euro n’avait pas Verratti, pas Insigne et le même Danièle De Rossi vieillissant, elle comptait dans ses rangs des joueurs de seconde zone comme Graziano Pellè, Eder ou Giaccherini et pourtant elle a vaincu des adversaires bien supérieurs techniquement comme la Belgique ou l’Espagne d’un Iniesta qui marchait sur l’eau, dans le même entretien, Sacchi disait plus loin :

Dans le football, c’est vrai que l’essentiel se résume à la capacité de savoir profiter du travail de tout le monde, de trouver une synergie. Ainsi, on trouve le bon placement et on réussit à donner une impression de bloc-équipe compact. Là, la connexion s’améliore, la synergie intervient, qu’elle soit petite, moyenne ou grande, et enfin les possibilités de succès d’une équipe se multiplient, tout comme les capacités personnelles des joueurs.

C’est par ces mots que l’on pourrait décrire le mieux cette âme que les Italiens vont devoir retrouver pour réussir l’exploit ce soir.

@OsxSts

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