Il est grand temps que les Italiens arrêtent de snober l’Europa League

Alors que la deuxième grande compétition européenne, à savoir l’Europa League a repris ses droits hier soir et que les clubs de toute l’Europe se sont préparés à y performer, on entend du côté de notre chère Italie la vielle chanson répétée – et usé – depuis tant d’années : « l’Europa League ? On s’en moque ! » Alors posons-nous le temps de quelques lignes, histoire de démontrer à quel point ce discours est une aberration.

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Un mépris financier

Si il y a bien une reproche à faire à l’Europa League, c’est son caractère peu rentable durant la première phase de la compétition, pour tout dire, ce n’est qu’à partir des quarts de finale que la C3 – comme on l’appelle chez les initiés – devient réellement intéressante financièrement,  elle est avant ça soit souvent peu lucrative. De ce fait, la Ligue des Champions fut très tôt considéré par les clubs italiens comme la seule compétition digne d’intérêt ; la révolution économique du football n’ayant pas été embrassée dans la Botte, ses clubs sont extrêmement dépendants des droits TV représentant dans 99% des cas plus de 70% de leurs budgets, on comprend dès lors le peu d’intérêt que portent nos dirigeants transalpin pour l’Europa League. Néanmoins, ayant été réformée l’an passé, la compétition peut offrir de juteuses compensations pour qui la joue sérieusement, en effet, chaque victoire en phase de poule rapporte au club 360 000€ (donc 2 160 000€ pour un club remportant ses six matchs) rajoutons à cela une prime de qualification de 600 000€ pour le premier du groupe, 500 000€ en cas de qualification en seizième de finale, 750 000 pour un huitième de finaliste, un million pour un quart de final, 1,6 millions d’euros pour un demi-finaliste et quant au vainqueur de la compétition, il empoche la coquette somme de 6,5 millions d’euros (3,5 millions pour le finaliste défait) ce qui nous donne 13 110 000€ pour un club remportant tous ses matchs (10 110 000€ pour le même cas avec une défaite en finale) et ce, sans compter les droits télévisuels (160 millions d’euros à se partager tout au long de la compétition) non pris en compte, ces chiffres étant la part fixe versée à tous les clubs. Dans l’état financier actuel des clubs italiens, peuvent-il se permettre de cracher sur cet argent ? Je crois fort bien que la réponse est non. De plus, un beau parcours permet à l’équipe de mettre en valeur ses meilleurs joueurs grâce à une vitrine de standing européen, et donc de les revendre avec de fortes plus-values comme ce fut le cas du FC Séville qui durant ces dernières années réalisa plus de 300 millions d’euros de ventes grâce à la vitrine Europa League (appelée autrefois coupe de l’UEFA). On avait dit peu rentable ?

« L’Europa League est une coupe en bois »

Le second couplet de notre chanson désormais si connue peut se résumer de façon manière suivante : « l’Europa League est une coupe en bois, une compétition de seconde zone » Là encore, difficile de donner tort à nos dirigeants et supporters transalpins ; qui rêve sincèrement d’affronter des FC Bruges, Apoel Nicosie, ou autre Krasnodar comme c’est souvent le cas dans la première phase de la compétition ? Il faut le dire, l’Europa League ne propose que rarement des matchs de gala, et il est difficile de susciter l’engouement des supporters avec des matchs de si faible calibre. Cependant, là encore, nos pourfendeurs de la C3 manquent cruellement de profondeur, et oublient que l’Europa League est comme un moteur diesel, commençant par des matchs médiocres d’un point de vue de l’émotion (et disons le du football), elle prend rapidement du galon après les  phases de poules, les troisièmes des poules de la Ligue des Champions étant reversés en Europa League, ces derniers écrèment alors la compétition en éliminant les derniers faiblards pour laisser place à des matchs d’un tout autre standing footballistique. C’est comme ça qu’après avoir éliminé le Legia Varsovie et le FC Copenhague en seizième et hutième de finale, l’Ajax Amsterdam, dernier finaliste de la C3, joua face à Schalke et l’Olympique Lyonnais avant de se frotter au grand Manchester United en finale. On peut citer également Liverpool, finaliste en 2016 qui après avoir éliminé Augsbourg en seizième, se retrouva face à Manchester United, au Borussia Dortmund, et au Chakthar avant de s’offrir une finale de gala contre le FC Séville. Pas mal pour une compétition de seconde zone ? Rajoutons à cela que cette pédanterie est mal venue pour un championnat italien peinant à envoyer plusieurs clubs au-delà des quarts de finale de la Ligue des Champions ; en dehors de la Juventus, quelle équipe italienne peut sérieusement affirmer sans trembler qu’elle peut battre les six derniers vainqueurs de l’Europa League, à savoir Manchester United, Séville, Chelsea, l’Atlético, Porto, et le Chakthar Donetsk ? On avait dit une coupe en bois ?

La course aux points UEFA

Longtemps divisée dans son histoire, l’Italie est souvent victime de l’esprit de clocher de ses habitants ; incapables de voir plus loin que le bout de leur petit pré carré, ils condamnent souvent la Botte à un retard chronique alors qu’elle a les moyens d’un brillant leadership. Là encore, dans le football, on retrouve ce fameux esprit de clocher faisant que bon nombre de supporters italiens semblent ne pas comprendre qu’une baisse du coefficient UEFA de l’Italie affectera l’ensemble des équipes de Serie A. Si la Lazio ou Milan se cassent la gueule, plus que le club lui-même, c’est toute l’Italie qui est secouée. Et, à force de snober l’Europa League, le championnat italien se fera rattraper par une Ligue 1 en pleine résilience, et distancée par les Anglais, les Espagnols et les Allemands toujours solides et sérieux dans les compétitions européennes. N’ayant qu’une seule locomotive crédible en Ligue des Champions (la Juve) et prenant l’Europa League par-dessus la jambe, il est parfaitement dans l’ordre du possible de voir les Français menés par un PSG galactique, un Monaco brillant, un Olympique Lyonnais jamais simple à prendre (en témoigne la trempe collée à la Roma la saison passée) et un Nice courageux et intelligent passer devant la mythique Serie A, les Français depuis deux saisons se donnent les moyens de réussir et jouent cette compétition à fond, elle peut très bien leur permettre de rattraper leur retard comme l’avaient fait les Espagnols au milieu des années 2000 avant de dominer le continent. De plus, le retour des deux Milan risque de renvoyer les outsiders à leur place historique, c’est-à-dire derrière les trois grands du Nord.

La triade du Nord bientôt de retour

L’été passé et ce début de saison marquent un période importante dans la vie du football italien, en effet, depuis maintenant trois mois nous sommes en train d’assister au retour du Milan AC et de l’Inter Milan ; ayant tous deux opérés à une refonte de leur effectif et de leur équipe dirigeante, ils témoignent de leur retour par un excellent début de saison, et ce malgré la gifle infligée par la Lazio aux hommes de Vincenzo Montella ; tous deux ont de nouveau un effectif leur permettant de jouer les premiers rôles et de faire ainsi rentrer tous les outsiders dans le rang. Ce faisant, les années à venir vont sûrement voir le retour de l’historique triade du Nord (Juventus, Milan, Inter) ce qui ne laissera que les miettes aux autres ; en effet, les trois premières places seront à coup sûr verrouillées par les trois du Nord, laissant un seul ticket pour la prestigieuse Ligue des Champions aux Naples, Roma, Lazio et autres, ce qui rendra l’Europa League d’autant plus vitale car elle sera alors la seule compétition européenne que pourront jouer à coup sûr ces outsiders, et par-là le seul moyen pour eux de briller à l’échelle du continent. N’ayant point voulu jouer sérieusement une compétition qu’ils jugeaient inférieure à leur valeur et non-lucrative, ils pourraient y être ramenés par la violence de l’histoire, en effet, privés de la sucrerie Ligue des Champions, ces clubs seront, à terme, contraints de jouer sérieusement l’Europa League car n’ayant dès lors plus d’autre vitrine, performer dans cette compétition leur sera l’unique moyen de mettre en valeur ou de conserver leurs pépites, ces dernières étant avides de trophées tout comme les supporters qui sevrés de la douce musique de la « coupe aux grandes oreilles » se verront contraints de revoir leurs avis sur la C3, parce qu’après tout une coupe d’Europe… reste une coupe d’Europe, et ce ne sont pas les milanais – engagés en Europa League cette saison – et sevrés d’une victoire en coupe d’Europe depuis 2007 qui diront le contraire !

@OsxSts

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